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La Malédiction serait-elle un sort promis à l'Algérie?

Clair obscur Par Adil Zaari Jabiri


En 1993, l’écrivain algérien Rachid Mimouni avait sorti un roman sous le titre évocateur “La Malédiction”. Avant la lecture de ce chef-d’œuvre qui décrit avec maestria le mal vivre des Algériens durant la décennie noire, j'avais assisté à un débat avec l’auteur organisé par l’Institut français de Rabat.

Je me souviens d’un Rachid Mimouni amer, profondément déçu de voir son pays sombrer dans l’abîme, la discorde et les luttes fratricides. 

C’est cette Algérie décrite il y a une trentaine d’années par l’auteur des “Chroniques de Tanger”, phagocytée, appauvrie et gangrenée par la corruption du pouvoir et la prédation de ses dirigeants que l’on retrouve aujourd’hui sans la moindre ride.

Prise en otage par une gérontocratie militaire qui règne sans partage, l’Algérie suffoque sous l’emprise d’un pouvoir en calcification avancée, qui depuis de longues décennies, entretient l’illusion d’une "démocratie en devenir" et brasse du vent face à un volcan larvé de revendications et d’attentes sociales énormes.   

Après les années “chaise roulante” d’Abdelaziz Bouteflika, les Algériens assistent aujourd’hui avec la maladie mystérieuse de leur président Abdelmajid Tebboune qui l’oblige à faire les va-et-vient en Allemagne, à la même mascarade scénarisée par les généraux qui profitent de cette vacance de pouvoir pour occuper dangereusement la place publique.

Les images de la télévision algérienne montrant à longueur de journée des militaires en parade inaugurant des projets civils ou plastronnant avec leurs uniformes vert kaki le long des frontières avec le Maroc, renseignent sur le degré de désespoir dans lequel le pays s’enfonce et l’absence de perspective.

A cette succession de déboires qui rappelle la loi des séries pour un pays pourtant membre de l’OPEP, s’ajoute un triste bilan en matière des droits de l’homme. En moins de deux ans, l’Algérie a battu tous les records des arrestations arbitraires, des procès iniques et des restrictions des libertés individuelles et collectives qui lui ont valu deux résolutions au Parlement européen et de sérieuses mises en garde internationales.

Sur le plan diplomatique, le voisin de l’Est n’a jamais été aussi isolé face aux mutations profondes que connaît la géopolitique mondiale et surtout devant l’entrisme ingénieux du Maroc en Afrique et les derniers coups d’éclat de sa diplomatie.

Outre le dossier du Sahara dans lequel elle compte désormais très peu d’amis, l’Algérie a également perdu la face en Libye, au Mali et dans le combat contre le terrorisme au Sahel. L’Union africaine échappe à son emprise et les pays arabes lui tournent le dos.

Après tout, que peuvent-ils espérer d’un pays où la présidence est en vacance permanente? Une Algérie transformée par ses propres rejetons en bauge de gloutons insatiables. Un pays où les clans au pouvoir se livrent à des règlements de comptes et des guerres de positions et d’intérêts depuis des décennies et où le peuple assiste désarmé à une gabegie sans fin.