Lâché de toute part, Trump lâche du lest

Par Farouq El Alami
 Le multilatéralisme à l’épreuve ©EPA
Le multilatéralisme à l’épreuve ©EPA
Mieux vaut tard que jamais! Débouté par la justice et désavoué par son propre parti pour lequel il est devenu une source d’embarras, Trump s’est enfin résigné au verdict des urnes. Deux semaines après le scrutin, le processus de passation du pouvoir à l’équipe de Biden a pu être entamé. La page Trump étant désormais du passé, le 46ème président des Etats-Unis et les Américains avec lui peuvent se recentrer sur les défis, nombreux et complexes, de l’avenir.

Après plus de deux semaines à dénoncer, envers et contre tous, une fraude électorale massive dans les médias et les tribunaux, Donald Trump a enfin reconnu lundi 23 novembre, à contrecœur, sa défaite à la présidentielle du 03 novembre.
A demi-mot car, contrairement à ses prédécesseurs, Trump n’a pas officiellement reconnu la victoire de Joe Biden. Mais en autorisant l’Administration des services généraux (GSA) à entamer le processus de transition formelle du pouvoir en faveur du président élu Biden, Trump a trouvé un moyen de calmer à la fois les démocrates et les républicains irrités par son entêtement à crier victoire, sans perdre la face devant ses fervents supporters.  
Lâché de toute part, il faut dire que le locataire de la Maison Blanche n’avait pas trop le choix. D’abord, ses avocats ont subi des revers cinglants dans les tribunaux où ils ont intenté une vingtaine d’actions en justice pour dénoncer une fraude électorale massive. Ces actions en justice sont rapidement devenues une source d’embarras pour les partisans du président Trump après que plusieurs juges ont décrié le manque flagrant de preuves pour alimenter les accusations de fraude électorale.

“Une source d’embarras national”
Certains des alliés les plus fidèles du président, comme l'ancien gouverneur du New Jersey Chris Christie, sont de plus en plus frustrés par ce qu'ils considèrent comme une stratégie juridique qui fait des revendications massives à la télévision mais ne les étaye pas devant les tribunaux. Au cours du week-end, Christie a même qualifié l'équipe juridique de Trump de “source d’embarras nationale”. Même son de cloche chez le PDG de fonds d’investissement Blackstone, Steve Schwarzman, l’un des plus grands partisans du président dans la communauté des affaires, qui a déclaré à Axios qu’il était clair que Biden était le gagnant. “Le résultat est très certain aujourd'hui, et le pays devrait aller de l’avant”, a affirmé Schwarzman.
De même, de nombreuses voix se sont élevées du côté des chefs de file du parti républicain pour réclamer une transition du pouvoir normale au président élu Biden, invoquant les intérêts supérieurs de la nation.
Ce fut le cas notamment du sénateur républicain Rob Portman de l’Ohio, un ancien membre du cabinet de George W. Bush, qui a écrit, dans une tribune au Cincinnati Enquirer, “il est maintenant temps de résoudre rapidement toutes les questions en suspens et d'aller de l’avant”.
De son côté, depuis l’annonce de sa victoire il y a deux semaines, le président élu Biden est resté fidèle à sa stratégie face aux gesticulations de son adversaire. Le candidat démocrate a minimisé à de nombreuses reprises les risques que Trump s’accroche au pouvoir, préférant se concentrer sur l’annonce des membres de son futur cabinet.

L’administration Biden prend forme
Dès lundi 23 novembre, plusieurs noms ont été confirmés par le clan Biden. Ainsi, Antony Blinken, un proche collaborateur de Biden, a été choisi pour le prestigieux poste de Secrétaire d’Etat. De son côté, Jake Sullivan, un membre de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton en 2016, a été choisi par Biden pour le poste stratégique de Conseiller à la sécurité nationale. Le portefeuille de directeur du renseignement national revient à Avril Haines, 51 ans, qui avait auparavant occupé des postes clés dans le renseignement américain sous l'ancien président démocrate.
Le poste de secrétaire du Département de la sécurité intérieure revient à Alejandro Mayorkas. Né à La Havane, cet américain d'origine cubaine et ancien procureur fédéral de Californie, deviendra, une fois confirmé par le Sénat, le premier Latino à occuper ce poste au sein du gouvernement américain. “Nous n'avons pas de temps à perdre en ce qui concerne notre sécurité nationale et notre politique étrangère”, a déclaré Biden lundi. “J'ai besoin d'une équipe prête dès le premier jour pour m'aider à reprendre la place des États-Unis à la tête de la table, à rallier le monde pour relever les plus grands défis auxquels nous sommes confrontés et à faire progresser notre sécurité, notre prospérité et nos valeurs”.
Confortés par la certification des votes au Michigan et le recomptage des voix en Géorgie, le président élu et les Américains peuvent désormais se concentrer, plus sereinement, sur la priorité du 46ème président des Etats-Unis, à savoir sortir le pays d’une crise économique et sanitaire sans précédent.

Quatre priorités pour “faire oublier” Trump
Dès son premier jour dans le bureau ovale, après son investiture le 20 janvier prochain, Biden promet de démanteler l'agenda de son prédécesseur au niveau national et faire valoir son approche diamétralement opposée en politique étrangère.
Sur sa plateforme, “build back better” (Mieux reconstruire), Biden et la vice-présidente élue, Kamala Harris, ont défini quatre grands axes prioritaires: la lutte contre le Covid-19, la relance économique, l'équité raciale et le changement climatique. Concernant la lutte anti-Covid, le président démocrate élu a promis que, dès le premier jour, il agirait rapidement pour installer un “commandant de la chaîne d'approvisionnement au niveau national” pour la fabrication des équipements médicaux. Pour relancer une économie pénalisée par la crise sanitaire, le futur président promet de hâter l'adoption d'un nouveau plan de relance par le Congrès et créer de nouvelles opportunités économiques pour résorber le chômage.
A l'adresse de la minorité afro-américaine, un des piliers de son programme est de favoriser le soutien aux entreprises pour les minorités grâce à un fonds d'investissement de 30 milliards de dollars.
Dans le domaine social, Biden s’engage à mettre fin aux interdictions de voyager en provenance de plusieurs pays à majorité musulmane et à élargir le régime public d'assurance maladie. Dans le domaine de politique étrangère, il s’attellera à revitaliser les liens entre Washington et ses alliés et à réintégrer les Etats-Unis à l'Accord de Paris sur le climat en annulant le retrait acté par Trump.