Lagarde, zen face à une Europe en peine

Par Afaf Razouki
Présidente de la Banque centrale européenne (BCE) ©MAP/EPA
Présidente de la Banque centrale européenne (BCE) ©MAP/EPA
Première femme à présider aux destinées de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde arrive au moment où la zone euro traverse une mauvaise pente, avec une croissance au ralenti, une inflation qui va crescendo et la récession qui pointe le bout de son nez.

Croissance économique au ralenti, tensions commerciales et géopolitiques croissantes, incertitudes autour du Brexit... C'est dans un contexte économique particulièrement délicat que Mario Draghi a passé récemment le flambeau à Christine Lagarde pour lui succéder à la tête de la Banque centrale européenne (BCE).
Et le moins que l'on puisse dire c'est que des défis de taille attendent Mme Lagarde qui est la première femme à diriger la principale institution financière de l'Union européenne.
La tâche de la Française est d'autant plus difficile qu'elle a pris les rênes de la BCE après “Super Mario” Draghi, comme on le surnomme, unanimement reconnu comme celui qui a sauvé la zone euro lorsqu'elle était au bord de
l'implosion.
Armée de huit ans d'expérience comme directrice du Fonds monétaire international (FMI), Mme Lagarde, 63 ans, est amenée à trouver les bons remèdes aux maux qui assombrissent les perspectives économiques de la zone euro.

Banques centrales: à la recherche du consensus

Affirmant qu'elle suivra les traces de son prédécesseur, Mme Lagarde qui conduira la politique monétaire européenne lors des huit prochaines années, devra d'abord œuvrer à chasser le spectre de la récession qui plane sur la zone euro à cause d'une multitude de facteurs. Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez la banque ING-Belgique, dans le contexte économique actuel, marqué par une faible croissance et une inflation bien loin de l'objectif de 2% de la BCE, Christine Lagarde, qui devra veiller à la stabilité financière de la zone euro, se retrouve face à de nombreux défis.
Le premier défi pour la nouvelle présidente de la BCE sera de rétablir l'unité et la cohésion au sein du conseil des gouverneurs des banques centrales européennes qui rassemble les membres du directoire et les gouverneurs des 19 banques centrales nationales de la zone euro, estime Mme De Montpellier, rappelant que plusieurs gouverneurs, notamment ceux des Banques centrales allemande et néerlandaise, ont exprimé leur opposition à la dernière décision de la BCE sur la relance du programme d'assouplissement quantitatif des achats d'actifs.
“Il y a clairement des dissidences et une absence de consensus au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, d'où la nécessité pour Mme Lagarde de mettre tout le monde autour de la table et de rétablir un climat de paix sociale”, précise-t-elle dans une déclaration à BAB.

Plus d’investissements pour relancer la machine

Selon l'économiste, Mme Lagarde est également appelée à trancher sur la politique monétaire à suivre et à décider quels instruments pourraient être mis en place si le contexte économique actuel devait perdurer, afin de stimuler la croissance et redonner des couleurs à l'économie européenne.

Cérémonie de passation de pouvoirs entre Christine Lagarde  et Mario Draghi ©MAP/EPA
Cérémonie de passation de pouvoirs entre Christine Lagarde  et Mario Draghi ©MAP/EPA


Si la situation se détériore, ajoute-t-elle, la question sera de savoir ce que peut faire encore la Banque centrale européenne en cas de “choc défavorable”, sachant qu'elle est déjà allée “très loin” en termes de mesures monétaires avec l'application “des taux négatifs depuis très longtemps”. Outre la politique monétaire, Mme De Montpellier estime que la nouvelle cheffe de la BCE doit insister sur la nécessité de stimuler les politiques budgétaire, fiscale et d'investissement afin de relancer l'économie européenne.
“En tant qu'ancienne directrice du Fonds monétaire international et eu égard à sa carrière politique, Christine Lagarde va devoir insister auprès des dirigeants européens sur la nécessité de booster ces aspects et de faire plus de dépenses publiques et d'investissements”, souligne-t-elle.

Lagarde pour une politique monétaire verte et plus accessible

Mme Lagarde fera également face à des challenges en termes de communication et devra s'atteler à rendre la BCE plus accessible pour les citoyens européens afin de leur permettre de mieux cerner l'importance de ses décisions.
Lors d'une audition en septembre dernier devant les députés européens, Mme Lagarde avait, en effet, souligné l'impératif de “dépoussiérer le langage et s'épargner un excès de jargon technocratique pour permettre aux citoyens, aux consommateurs, à des gens qui ne sont pas forcément des experts en politique monétaire de comprendre à quoi sert la Banque centrale européenne”.
Elle avait également mis l'accent sur la nécessité de réviser le cadre monétaire de la BCE pour faire face aux défis ayant trait notamment aux prêts non bancaires, aux technologies financières et aux cryptomonnaies.
L'autre engagement fort pris par la Française: “ verdir” l'action de la Banque centrale européenne, en faisant part de sa volonté de faire du changement climatique un “sujet prioritaire” pour la Banque européenne, compte tenu du fait qu'il pourrait poser des “risques macro-critiques”.
Christine Lagarde est, en outre, appelée à convaincre les chefs d'État européens d’achever l'Union économique et monétaire, indispensable pour prévenir une nouvelle crise financière, accélérer l'intégration de la zone euro qui réunit des économies hétérogènes, et améliorer le fonctionnement de la monnaie unique.

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