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Le choc brésilien

La Marche de l'empreur par Rachid Mamouni


Le triomphe haut, la main de Jair Bolsonaro aux élections présidentielles du Brésil a provoqué une onde de choc en Amérique latine et bien au-delà.

C’est la première fois qu’un tribun sud- américain, qui plus est impliqué dans un coup de force et intimement lié à l’extrême droite de son pays, revient au pouvoir par les urnes. Ses promesses de pacifier ce mastodonte économique, démographique et géographique de l’hémisphère sud sont prises avec des pincettes par ses détracteurs, tellement les méthodes martiales et franchement bellicistes mises en avant pour y parvenir sont loin d’apaiser les esprits et calmer les ardeurs.

Le maccarthysme assumé qui a marqué sa première sortie dans les médias après sa victoire a donné le ton et fini par convaincre les plus optimistes qu’une tempête extrémiste s’est bel et bien abattue sur le pays, que des jours “sombres” sont à l’horizon et que la vague pourrait bientôt toucher d’autres pays de la région. D’emblée, Bolsonaro annonce la couleur : “Nous ne pouvons pas continuer à flirter avec le communisme”, en allusion au rejet viscéral exprimé par ses compatriotes au Parti travailliste, dont le fondateur et ex- Chef de l’État Lula Da Silva est en prison.

Ce rejet intervient dans le contexte de la pire crise économique dans l’histoire récente du pays, conjuguée à une série de scandales de corruption impliquant les apparatchiks du parti qui a tenu les rênes du Brésil pendant plus de 13 ans. Pourquoi le Brésil en est arrivé là ? Pourquoi un pays membre des BRIC’S, connu pour sa diversité ethnique, son ouverture, sa culture, sa musique et son dynamisme économique a basculé dans les bras de l’extrême droite ?

Quelques pistes pourraient aider à comprendre ce qui était impensable il y a encore quelques mois. D’abord, il y a la profonde crise économique qui secoue le Brésil avec son lot de malaise social, de pauvreté, des inégalités croissantes et de la criminalité galopante dans les favelas, les quartiers périphériques et jusque dans les centres d’affaires des métropoles.

Ensuite, les scandales de corruption impliquant une caste d’hommes politiques de tous bords et sans scrupules, ont fourni l’eau nécessaire au moulin qui nourrit le discours tendancieux et bien intéressé de Bolsonaro pour caresser dans le sens du poil les sentiments populistes qui se sont emparés de pans entiers de la société brésilienne. Avec son discours agressif contre la corruption, les minorités sociales et la violence qui mine le pays, le président élu se présente comme un messie aux allures de sauveur du pays face aux appétits voraces du grand capital et aux affres de la délinquance.

Au soir de cette victoire-choc, les rues de Rio de Janeiro, de Brazilia ou de Salvador de Bahia, habituellement remplies de sonorités Samba et de danses lascives exécutées par des créatures hors normes, dégageaient des effluves teintées d’un populisme “tropical” qui risque de déteindre sur toute la région