Aller au contenu principal

Le Conseil de l’avenir et de la discorde !

Coins et recoins par Mohammed Rida Braïm


Les journalistes marocains, et les professionnels du métier en général, s’apprêtent à prendre leur destin en main et gérer par eux-mêmes leur profession dans le cadre d’un conseil élu, que le législateur a baptisé le Conseil national de la presse (CNP).
La création de ce Conseil vient ainsi satisfaire un vœu tant exprimé par les professionnels, qui pourront désormais s’investir de larges prérogatives en termes de décision, de gestion, de régulation et d’arbitrage dans le secteur de la presse.
Une belle initiative qui n’a rien à envier aux pays les plus démocratiques de la planète. Sauf que cette naissance s’annonce difficile et douloureuse, voire compliquée. Elle a réveillé les vieux démons de la profession, qui semblent être déterminés à user de tous les moyens, qui vont assez souvent à l’encontre du bon sens et des pratiques démocratiques, pour mettre la main sur le jeune Conseil et donc sur une profession et un corps de métier, qui souffre déjà de plusieurs maux (problèmes de déontologie, diffamation, corruption…etc).
Le but ultime reste donc d’accéder au Conseil, peu importe les méthodes -la fin justifierait les moyens-, pour ainsi changer de siège et de décor ! Hier, c’était le Syndicat, aujourd’hui c’est le Conseil. L’essentiel c’est de garder la main mise sur la profession et perpétuer une “légitimité forcée”, et partant douteuse, auprès des journalistes marocains.
D’aucuns parlent d’un mort-né, d’autres évoquent le manque d’unanimité autour d’un projet vital, censé réunir un corps de métier déjà balkanisé et réguler une profession pathétique.
Les reproches ne manquent pas: adoption d’un mode de scrutin de liste fermée contre la volonté d’une large frange de journalistes, des candidats membres de la commission de supervision -être juge et partie semble ne pas déranger outre mesure-, établissement d’un corps électoral sur la base de la carte de presse de 2017, la condition de 15 ans d’exercice pour se porter candidat, l’exclusion des journalistes marocains accrédités à l’étranger...etc.
Tant de critiques “légitimes” qui semblent tomber directement dans l’oreille d’un sourd, une attitude qui exacerbe des journalistes avides d’un avenir meilleur où prévalent les principes du respect de la dignité, du pluralisme et de la diversité et où les velléités d’exclusion et de domination, et des calculs étriqués, politique, idéologique et syndical sont bannis à jamais.
Devant l’entêtement de la Commission de supervision à redresser un processus électoral dévoyé et la décision du tribunal administratif, qui s’est déclaré incompétent pour suspendre les élections, qui ont eu lieu, comme prévu et malgré tout, le vendredi 22 juin, les journalistes marocains n’ont eu de choix que de se lancer dans une opération de boycott, la nouvelle tendance qui traverse la société marocaine en ces temps. L’appel qui a été lancé dans ce sens a été vraisemblablement fortement suivi. Les statistiques annoncées font état d’un taux de participation de seulement 43%, même pas la moitié d’un collège électoral déjà biaisé, établi sur mesure pour servir certains milieux.  
Les journalistes marocains ont ainsi rejeté des pratiques discriminatoires qui consacrent l’exclusion et la domination, et marqué le désaccord avec la méthodologie adoptée pour faire sortir un Conseil tant attendu et dont les prérogatives vont déterminer l’avenir de tout une profession, celle des élites dans les sociétés qui se respectent !...