Le corail rouge, une perle de plus en plus rare

Par Abdelilah Edghoughi
Récifs coralliens, un quart du patrimoine marin mondial menacé ©DR
Récifs coralliens, un quart du patrimoine marin mondial menacé ©DR
Très recherché par la bijouterie de luxe, le corail rouge est l’objet de toutes les convoitises. La surexploitation et le trafic illicite de cette jolie espèce marine ont induit, en cinq ans, une baisse drastique de la population avec des effets nocifs signalés sur la biodiversité marine.
Certaines espèces marines sont méconnues du large public quant à leur contribution à la sauvegarde de la biodiversité marine. Parmi elles, le corail rouge qui, malheureusement, trône sur la liste des espèces menacées ou en voie de disparition à cause d'une surexploitation farouche, parfois clandestine.
Selon les données de l'Institut national de recherche halieutique (INRH), la quantité du corail rouge autorisée à être pêchée a connu une régression de plus de 50%, passant ainsi d’un quota de 500 kilogrammes (kg) par bateau/corailleur et par an durant la période allant de 2014 à 2016 à 230 kg par bateau/corailleur et par an jusqu'à fin 2019.
Les corailleurs autorisés sont passés, quant à eux, de neuf à dix navires d’exploitation, en vertu d'un arrêté du ministre de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts (n° 2411-18 du 25 juillet 2018) réglementant la pêche du corail rouge dans la zone maritime située entre Cap Spartel et Larache.
L'arrêté autorise également les bateaux corailleurs à faire travailler jusqu’à trois plongeurs par navire pour la récolte du corail sur une surface allant de 40 à 80 mètres.

En l’absence de contrôle, bonjour le braconnage
Très prisé par la bijouterie de luxe, le corail rouge jouit d'une valeur marchande très élevée.
La valeur de cet animal appartenant à la famille des coralliidés a attisé la convoitise d'arnaqueurs qui le commercialisent en forme contrefaite. D'un autre côté, le trafic illicite du corail rouge aux niveaux national et international interpelle les autorités publiques sur les mesures coercitives prises pour limiter les conséquences liées à la biodiversité marine et à la sauvegarde d’un patrimoine menacé d'extinction.
En effet, les braconniers de la mer utilisent de plus en plus des méthodes extrêmes pour arracher les branches des coraux dans les cavités telles que des herses qui raclent massivement les fonds marins.
Partant de ce constat inquiétant et en l'absence de statistiques sur les activités de lutte contre le trafic et la commercialisation illicite du corail rouge, la préservation et la rationalisation de l'exploitation de ce joyau marin sont plus que jamais nécessaires.
Les acteurs œuvrant dans le domaine n'ont aucune visibilité quant aux stratégies adoptées dans la promotion du corail rouge. Plusieurs observateurs jugent, en effet, nécessaire une mise à jour de l'arrêté ministériel et un durcissement de la riposte de l’INRH afin de préserver cette richesse naturelle.
A cet égard, l'Association nationale des plongeurs corailleurs du Maroc (ANPCM) s'attèle à élaborer des études qui permettront d'évaluer la situation actuelle et l'évolution du corail au Maroc.
De telles études s'imposent d'autant plus que le milieu marin marocain regorge d'énormes richesses longeant le littoral national qui s'étend sur plus de 3500 kilomètres, répartis sur ses trois zones maritimes à savoir les eaux territoriales, la zone contigüe et la zone économique exclusive (ZEE), y compris des eaux archipélagiques.

Récifs coralliens, un quart du patrimoine marin mondial menacé
Signataire de plusieurs conventions et partenariats relatifs au milieu marin (pêches, environnement, etc.), le Maroc ne cesse de promouvoir son espace marin, en adoptant des mesures visant à protéger son patrimoine maritime et rationaliser son exploitation. Jouissant d'un héritage historique remarquable, le Maroc érige de nouveaux modèles de développement à tous les niveaux, où la mer occupe une place privilégiée.
Entre la Méditerranée et l'Atlantique, ces zones convoitées sont internationalement reconnues en vertu de la convention internationale du droit de la mer, adoptée le 10 décembre 1982 à Montego Bay en Jamaïque et que le Maroc a ratifiée en 2007.
Corallium rubrum de son appellation scientifique, le corail rouge, communément appelé “Al marjane”, se trouve au Maroc en grandes concentrations entre Cap Spartel et Larache, selon l'Institut National de Recherche Halieutique (INRH). De faibles densités sont observées en Méditerranée marocaine (Zones Tofinio et Topo).
Les colonies du corail rouge vivent dans des eaux limpides et agitées, d'une température moyenne de 15°C. Elles s'agrippent à des plans durs (grottes semi-obscures), ainsi qu'à des falaises rocheuses plus profondes. Ces colonies sont visibles dès 5 m de profondeur et peuvent évoluer plus spontanément à 30 ou 40 m de fond, voire jusqu'à 100 m. Certaines espèces peuvent vivre, exceptionnellement, à des profondeurs allant jusqu'à 400 m. Au niveau international, le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) indique que les récifs coralliens abritent 25% de la vie marine de notre planète. L’ONG estime que ce sont près de deux millions d'espèces différentes qui vivent dans, sur et autour des récifs du monde. C’est là où grandissent un quart des poissons de nos océans, y compris certaines espèces que nous avons l’habitude de consommer.
Cette biodiversité est fondamentale, souligne le WWF, précisant que les récifs coralliens constituent un rempart fondamental contre les phénomènes naturels violents tels que les cyclones, les typhons ou les ouragans. Le WWF tire, par conséquent, la sonnette d’alarme sur les pratiques destructrices de cet environnement vulnérable à travers la pêche à l'aide de méthodes illégales.