Le ‘‘diktat de Barbie’’: Sois maigre et tais-toi !

Par Hajjar Fatene
Barbie ©DR
Barbie ©DR
À une époque où Internet ne jure que par les corps de “Barbie” et les silhouettes ultra-fines, à la limite squelettiques, la minceur parfois excessive est érigée en norme de beauté. Pour entrer dans ce moule, les femmes “avec des formes” sont prêtes à tous les sacrifices. Regard critique sur ce culte de la minceur qui tourne souvent à l’obsession.

Une femme doit-elle être maigre pour être belle? Il y a encore quelques décennies, cette question n'avait même pas lieu d'être, tellement la société de l'époque célébrait les rondeurs de la femme comme étant son atout charme N° 1 et le surpoids était considéré comme un indicateur de bonne santé. Aujourd'hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les canons de beauté ont beaucoup évolué au fil du temps et le culte de la minceur s’est bien installé. Le “mérite” en revient en grande partie à Internet et aux médias qui ont standardisé les normes de la beauté féminine: taille fine, poitrine généreuse, bouche pulpeuse et ainsi de suite. Plusieurs critères auxquels les femmes cherchent à répondre afin de faire partie d’une catégorie de femmes appréciées.

Aujourd’hui, sous l'effet de la mondialisation, le “diktat de Barbie” s’est étendu à cause de plusieurs facteurs, comme l'indique la sociologue Soumaya Naaman Guessous dans une déclaration à BAB. D’abord, il y a la médecine qui affirme que le surpoids nuit à la santé et ensuite, le mannequinat qui commercialise indirectement l’image de la femme parfaite comme étant maigre.

Dans une société du paraître, la beauté fait le bonheur. Soumises à une forte pression sociale qui confine à la “psychose”, les femmes partent à la chasse des kilos superflus afin de correspondre à une certaine définition de la beauté, mais aussi pour répondre aux fantasmes des hommes qui auraient “une légère préférence pour les femmes maigres”, d'après Mme Guessous.

 

Maigrir: besoin ou hantise?

 

Dans ce culte de la minceur, les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle important. Sur le petit écran comme sur Youtube, Instagram, Tik Tok et autres, les comédiennes, les chanteuses et les “influenceuses” ont des formes identiques. En plus, beaucoup d'entre elles font la promotion de plusieurs produits afin de perdre du poids ou bien de mettre en valeur une certaine partie du corps. On entend ainsi parler des patchs minceurs “Slimy”, des collants anti-cellulite “Gymélitics”, des challenges “So shape” pour mincir sur une courte durée, etc. Parfois, on évoque même la liposuccion et d’autres pratiques de la chirurgie esthétique en tant que recettes miracles pour se débarrasser des kilos indésirables. Tous ces placements de produits incitent d’une manière ou d’une autre le public à vouloir maigrir au plus vite et à tout prix.

Ce désir d'avoir une fine silhouette, qui tourne à l'obsession, est un phénomène de plus en plus remarqué par Yousra, une diététicienne et nutritionniste qui nous affirme que 80% des patientes qu’elle reçoit n’ont qu’un seul objectif, celui de perdre du poids. En grande partie, ses clientes âgées de 25 à 35 ans s'adressent à elle après avoir essayé plusieurs méthodes trouvées sur Internet qui les ont menées nulle part: elles n’ont toujours pas pu atteindre le rêve de maigrir.

Selon elle, le plus effrayant ce n’est pas l’objectif mais plutôt la manière de procéder. “La plupart sont précipitées et cherchent à perdre le maximum en très peu de temps, une chose qui demeure malheureusement impossible”. 

Carences et effet “yo-yo”... Le revers de la médaille

 

En partie, on peut dire que c'est la faute à Internet qui propose des méthodes à la fois inefficaces et dangereuses pour le corps. Par exemple: se priver de certains aliments essentiels pour l’organisme et sauter des repas, ce qui risque de créer des carences. Certaines, dans leur quête affolée de minceur, optent même pour le jeûne intermittent. Il s'agit ici de l’une des méthodes les plus répandues. Recommandé par les médecins afin de traiter certaines maladies, il est aujourd’hui plutôt utilisé pour perdre du poids.

De son côté, Yousra ne propose pas de régime à ses patientes mais plutôt un “rééquilibrage alimentaire” qui mène indirectement à la perte de poids souhaitée. Elle juge cette méthode plus efficace mais aussi saine pour le corps humain afin d'éviter “l’effet yo-yo” qui peut impacter le corps sur plusieurs niveaux en alternant entre la prise et la perte du poids.

Si les femmes courent autant de risques pour maigrir, c'est parce qu'elles veulent s'inscrire dans une certaine norme sociale dominante qui met en valeur les femmes filiformes et exclut celles en surpoids.

Ainsi, celles qui ont quelques kilogrammes de trop et qui ne répondent pas à l’image de la femme idéale sont tristement marginalisées, parfois même attaquées et humiliées dans la rue, comme en témoigne Imane, une jeune fille de 25 ans qui souffrait d’obésité.

La jeune femme affirme à BAB que le surpoids a longtemps impacté son estime d'elle. Certes, la mode s’est adaptée et a pu intégrer légèrement les grandes tailles, mais “le diktat de Barbie”, popularisé par la publicité, les médias et les réseaux sociaux, fait qu'on soit considérée comme moins séduisante en 42 qu’en 36, déplore-t-elle. À cette pression sociale s'ajoute une souffrance physique qui se traduit par des complications sanitaires et un inconfort qui aggrave la situation. “Cela m'attristait de ne pas trouver ma taille quand je cherchais à m’acheter de nouveaux vêtements. D’autre part, j’avais des problèmes de santé fréquents, notamment des problèmes respiratoires. Il est indéniable qu’être dynamique est impossible quand on pèse plus de 100 kg”, confie Imane qui a réussi, après moult tentatives, à perdre environ 40 kg. Ce mythe du “corps préfabriqué” qui est commercialisé et vendu à travers les médias a fini par forger un diktat sublimé. Il s’appuie sur un marketing sauvage et applique une forte pression poussant les femmes à s’inscrire massivement dans ce fameux “diktat de Barbie” qui traverse le monde à une allure effrayante. L’objectif est donc de “ressembler aux autres” pour ne pas être exclue.w