Le Maroc, nouvelle terre de luxe ?

Par Boutaina Rafik
Les marques de luxe, de l'immobilier à l’artisanat, de l’automobile à la haute couture, ont le vent en poupe  au Maroc ©MAP/EPA
Les marques de luxe, de l'immobilier à l’artisanat, de l’automobile à la haute couture, ont le vent en poupe au Maroc ©MAP/EPA
Benson, Azuelos, Yan&One… De la babouche internationalisée aux cosmétiques à l’huile d’argan, le luxe labellisé Maroc brille, porté par un marketing intelligent et un changement des habitudes de consommation. Mais ce succès reste essentiellement local.

Le luxe fait rêver… encore et toujours. Il fait rêver les clients grâce à ses marques emblématiques et ses collections sans cesse renouvelées. Les bons connaisseurs de l'industrie connaissent le secret de la réussite dans le secteur. 

L’empire créé par les entreprises dominantes actuelles, à savoir Hermès, Chanel ou Kering repose sur une histoire. Et le Maroc en a plusieurs, ajouté à un savoir-faire artisanal reconnu à l’échelle mondiale. Tout ce potentiel peut faire du Royaume une terre de luxe. Les marques de luxe “made in Morocco” ont le vent en poupe, de l'immobilier à l’artisanat, de l’automobile à la haute couture. Ce sont des griffes qui racontent des histoires, qui invitent fastueusement au rêve, qui permettent un ancrage profond dans le passé et qui rappellent la diversité, la richesse et l’authenticité de la culture marocaine. Parmi les plus connues sur la place, on retrouve Azuelos, qui a réussi à se faire une place dans le segment de la joaillerie de luxe, ou encore la marque de chaussures Benson, implantée à Casablanca, Rabat et Marrakech, mais aussi en Algérie, au Japon, en Belgique et en Côte d’Ivoire. Citons également les marques de cosmétique à base d'huile d’argan. Dans le domaine de l’hôtellerie, plusieurs palaces jouissent d’une renommée internationale, tels que le Royal Mansour et la Mamounia. Sans oublier l’industrie du caftan de luxe.

Le luxe made in Morocco, un label à développer

Longtemps associé à une couche sociale “friquée”, le luxe marocain est resté discret pour plusieurs années. Ce n’est qu’au début des années 2000 que le secteur a connu une forte croissance notamment à travers l’apparition de plusieurs marques mais aussi grâce à une demande de plus en plus forte due à un changement profond des mentalités et des habitudes de consommation des Marocains aisés. Toutefois, malgré le succès de ces marques, le Maroc ne peut pas encore prétendre être un pays producteur de luxe et attirer la clientèle internationale qui reste fidèle aux marques mondiales.

En effet, la mondialisation et le brassage des cultures font qu’une marque de luxe se doit de s’internationaliser pour survivre. On consomme du Louboutin de la même manière, à Casablanca ou à Bangkok, en le portant avec un caftan ou avec un sari. S'internationaliser n’est pas synonyme de la création d’un important réseau de magasins dans le monde. S'internationaliser, c’est avant tout construire une image de marque qui transcende les barrières culturelles, qui se suffit d’elle même et qui se joue de toutes les crises.

Pour créer une image de marque, le produit ou le service doit emporter la clientèle dans une expérience de luxe avec le service haut de gamme et l’excellence comme maîtres-mots. 

Aussi, “le luxe étant un créneau assez particulier, qui a ses propres clients, est fondé sur la confiance et la fidélité. La population cible du secteur, qui est majoritairement riche, reste fidèle aux marques déjà existantes”, explique Hicham Attouch, professeur d'économie et de management à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales - Souissi dans une déclaration à BAB. Dès lors, s’immerger dans un tel marché nécessite une bonne étude de positionnement, ajoute l’universitaire, pointant la nécessité de cibler des marchés naissants notamment les marchés asiatiques qui comptent une nouvelle classe moyenne capable de dépenser de l'argent et qui cherche à découvrir de nouveaux produits.

Enfin, et pour réussir à asseoir une griffe, le Maroc doit miser sur les produits de l’artisanat qui reflètent l’authenticité et la diversité du pays, conclut M. Attouch. Seule une marque “Maroco-marocaine” est capable d’être érigée en symbole de luxe reconnu mondialement. La clé du succès, on ne le dira jamais assez, c’est la marque ! 

Les produits du terroir à tendance cosmétique ou alimentaire constituent une filière fortement présente et plus vivace que jamais dans le secteur de l’artisanat marocain ©MAP
Les produits du terroir à tendance cosmétique ou alimentaire constituent une filière fortement présente et plus vivace que jamais dans le secteur de l’artisanat marocain ©MAP

 

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