Le Maroc sur la liste grise du GAFI... Et après ?

Clair obscur par Adil Zaari Jabiri


Le Groupe d'action financière (GAFI) a placé le Maroc sur “la liste grise en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme”. L’énoncé fait peur. L’on croirait que les lavoirs d’argent sale pointent à chaque coin de rue et que le Maroc dispose tellement de fonds qui le placeraient sur l’échiquier mondial du financement du terrorisme. Il n’en est rien. 

Auparavant il était catalogué sur la liste grise des “Paradis fiscaux” de l’Union européenne. Encore un autre gros titre qui donne des frissons ! Mais cela ne veut pas dire qu’il échappe à la réglementation mondiale en matière de fiscalité. Il en est sorti, d'ailleurs, le 22 février dernier.

Après le fichage du GAFI, viendra ensuite celui de l’UE car elle aussi dispose de ses listes de classement en matière de blanchiment. 

Le Maroc y figurera sans doute parce que l’UE ne fait que suivre machinalement les organes de rating comme ce qu’elle avait fait pour la liste de la fiscalité. Le Maroc a été retiré par l’UE après une évaluation positive de l’OCDE.

Que retenir de ce jeu de listage qui est en réalité un exercice d’évaluation des performances de tous les pays en termes d’élaboration des normes et de promotion de l’efficacité des mesures législatives, réglementaires et opérationnelles en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les autres menaces liées à l’intégrité du système financier international ?

En ce qui concerne le GAFI, l’évaluation s’effectue mutuellement entre ce dernier et le pays (juridiction) concerné. Il s’agit d’une sorte d’audit interne qui permet au pays évalué de remédier aux défaillances relevées dans son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. 

Lorsque le GAFI place un pays sous un suivi renforcé (liste grise), comme c’est le cas du Maroc aujourd’hui, cela signifie que ce pays s'est engagé à résoudre rapidement les déficiences identifiées dans les délais convenus. Et pour rassurer sur le caractère non contraignant et non impactant de ce listage notamment sur la captation d’investissements étrangers, le GAFI n'appelle pas à l'application de mesures de vigilance renforcée à l’égard de ceux qui sont placés sur sa liste grise.

D’ailleurs, il a tenu à saluer, dans son communiqué sur le Maroc, l’engagement politique à haut niveau du Royaume, à renforcer l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Il rappelle que depuis l’adoption du rapport d’évaluation mutuelle en 2019, le Maroc a réalisé d’importants progrès en matière d’amélioration de la conformité technique et en termes d’efficacité de ses instances de suivi, notamment en coordonnant les activités et les objectifs de toutes les autorités compétentes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Dans le cadre de cette évaluation mutuelle, qui a été effectuée dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19, rappelons-le, le Maroc s’est engagé à mettre en œuvre le plan d’action du GAFI, notamment en améliorant davantage son système de prévention des risques liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, en renforçant la capacité des autorités chargées d’appliquer la loi pour mener des enquêtes financières parallèles et en raffermissant le rôle de l’Unité de traitement du renseignement financier (UTRF), qui est l’instance nationale chargée de lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Reprenez votre souffle. Le Maroc n’est ni les îles Caïmans, ni les Bahamas. Vivement les prochaines listes !w