Le minaret est tombé, il faut pendre le barbier !

Par Adil Zaari Jabiri
Adil Zaari Jabiri
Adil Zaari Jabiri

A situation exceptionnelle, mesure… absurde. C’est la signification de l’adage marocain -le minaret est tombé, il faut pendre le barbier !- qui illustre parfaitement le lien entre la suppression de la prestigieuse Ecole nationale d’Administration (ENA) en France et la crise des Gilets jaunes.  
Fondée il y a soixante-quatorze ans pour doter l’Administration française et celle d’autres pays à travers le monde de cadres supérieurs (3.500 anciens élèves étrangers exercent de hautes fonctions dans leur pays- 1400 candidatures pour les 57 places du cycle international en 2019), l’ENA est aujourd’hui au centre de toutes les critiques.  
Mais que reproche-t-on au juste à cette institution, qui a pourtant formé une bonne partie des dirigeants de la France, dont quatre présidents de la République, des députés, des ministres, une pléiade de patrons d’entreprises publiques et de commis de l'État ?
La France n’est-elle pas dans une situation d’auto-flagellation de son système parce qu’elle peine à trouver un scénario de sortie de crise qui la pousse jusqu’à banaliser l’Etat et ses structures en décrétant une mesure que d’aucuns jugent “populiste” ? Si aujourd’hui la France n’en finit pas d’égrener les défauts de l’ENA, que va-t-elle faire demain de ses grandes écoles d’ingénieurs, de Sciences Po, ou de Saint-Cyr ?
La principale critique dirigée contre l'École strasbourgeoise réside dans son mode de sélection des étudiants, jugé trop élitiste ou encore un certain corporatisme entre ses lauréats qui, estime-t-on, se distribuent les privilèges et se renvoient l’ascenseur. Mais que pense-t-on des écoles de business calquées sur le modèle américain où la sélection naturelle des élèves se fait non pas selon leur niveau des connaissances ou leurs notes, mais en calculant le volume des comptes en banque de leurs parents ?
Si la suppression de cette école semble satisfaire l’égo des Gilets jaunes, sans pour autant résoudre leurs problèmes sociaux, elle laisse orphelins bien des personnes qui y voient une mesure inopportune.
“Ne cassons pas ce qui est regardé par beaucoup de pays comme une référence”, appelait de ses vœux l’ancien président de la république, François Hollande, lui-même énarque.
Ce n’est pas la première fois que cette école fait l’objet de critiques. Nombreux politiciens, parfois eux-mêmes lauréats de l’ENA, en ont fait leur sujet de campagne, reprochant à l’établissement d’être “le temple des privilégiés” ou encore de fabriquer des promotions de cadres coupés de la réalité.
Dans une tribune publiée récemment au journal Le Figaro, le directeur de l’ENA Patrick Gérard défend bec et ongles cette institution qu’il juge fondée sur le mérite et la valeur professionnelle.
Enumérant une série d’arguments qui plaident en faveur de la préservation de “la marque ENA”, le responsable de l’établissement penche plutôt vers la réforme de son mode de fonctionnement, l’adaptation de ses programmes et davantage d’ouverture sur la société, plutôt que de la désigner à la vindicte publique pour faire taire une colère sociale.

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