Le monde de tous les oxymores

Clair obscur Par Adil Zaari Jabiri


Des milliardaires qui doublent leur fortune en pleine crise économique. Voilà qui donne la réelle mesure _  ou la démesure _ d'un monde fait de paradoxes.

Une étude réalisée récemment par la banque suisse UBS et le réseau international d'audit PWC, révèle que les milliardaires de la planète sont devenus plus riches durant la pandémie de la Covid-19. Mystère !

Estimée à 8 900 milliards de dollars en 2017, la fortune cumulée des gros richards du globe a atteint aujourd'hui plus de 10 000 milliards de dollars grâce à l’investissement dans la technologie et la santé.

L'étude cite deux cas de milliardaires qui ont su saisir la crise au vol pour fructifier leurs affaires, le sud africain Elon Musk, cofondateur de la marque de voiture électrique Tesla, qui pèse 115 milliards de dollars, et la chinoise Zhong Huijuan à la tête d’une fortune estimée à 20,4 milliards de dollars dans l'industrie pharmaceutique.

Depuis 2018, le patrimoine des milliardaires opérant dans le secteur de la technologie a augmenté de 42,5 %, avec un montant cumulé évalué à 1 800 milliards de dollars, selon la même étude, alors que la fortune des milliardaires dans le secteur de la santé s’est accrue de 50,3 %, avec une valeur cumulée estimée à 658,6 milliards de dollars.

Cette tendance a été corroborée par plusieurs économistes, à leur tête le français Jacques Attali, qui, dans le contexte de la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus a incité Etats et opérateurs économiques publics et privés à investir dans ce qu'il a appelé “les industries de la vie”.

A l'autre bout du spectre, le fossé entre riches et pauvres de la planète ne cesse de s'agrandir.

Avec la crise actuelle, ce sont des centaines de millions de personnes qui font leur entrée au club des miséreux de la planète.

Selon la Banque mondiale, environ 100 millions de personnes supplémentaires devraient basculer sous le seuil de 1,90 dollar par jour en 2020 et bien plus en 2021.

L'arrivée de ces “nouveaux pauvres” est particulièrement palpable en milieu urbain et dans les secteurs du tourisme, de la restauration, des PME, du transport aérien, le monde du spectacle, etc.

Sous nos latitudes, ce n'est pas Byzance.

Selon une analyse du Haut Commissariat au Plan (HCP), la proportion de personnes vulnérables et/ou pauvres  pourrait passer de 17,1% de la population en 2019 à environ 19.87% en 2020, soit 1,058 million de personnes additionnelles.

L'impact socio-économique de la crise, explique le HCP, sera ressenti en premier lieu et durement par les travailleurs du secteur informel qui représentent une grande majorité des Marocains actifs et par les populations étrangères (migrants, réfugiés), et qui sont généralement employés dans des secteurs particulièrement vulnérables à la crise, comme le tourisme ou les transports, la vente au détail, mais également par tous ceux dont le travail ne peut pas se faire à distance.

La crise sanitaire, n'ayant pas encore livré tous ses mystères, d’autres effets pervers ne tarderont pas à apparaître pour compléter le décor chaotique d’un monde presque occis mort.