‘‘Le public s'est reconnu dans Rdat Lwalida’’

Par Meriem Rkiouak
La réalisatrice  Zakia Tahiri ©MAP/Youssef El Hafre
La réalisatrice Zakia Tahiri ©MAP/Youssef El Hafre
Pour expliquer la réussite phénoménale de “Rdat Lwalida”, Zakia Tahiri préfère parler d’“alchimie” plutôt que de “recette”. Un cocktail savoureux de réalisme, d’émotion et de drame, une belle photographie, une ambiance de rue marocaine et de la passion.

BAB: Les saisons I et II de “Rdat Lwalida” ont remporté un succès exceptionnel. Quel est le secret de cette réussite ?

Zakia Tahiri: Il n’y a pas de secret ni de recette pour la réussite d’une série, d’un film, d’un livre ou de toute autre œuvre de l’esprit, sinon ce serait très facile. Il y a juste une alchimie, une sauce qui prend, souvent à l’insu des auteurs. Rdat Lwalida a touché les téléspectateurs en leur montrant des personnages qui vivent des problématiques proches des leurs. Le public, notamment les jeunes, s’est reconnu dans la série et c’est ce qui explique en partie son succès.
Nous avons vu revenir vers la télévision marocaine une catégorie de spectateurs qui l’avait désertée depuis trop longtemps. Les gens ont aimé le mélange de réalisme, d’émotion et de drame.
Ils ont aussi aimé la forme proposée: Une belle photographie due à Ali Benjelloun, des cadres travaillés, de beaux décors et avant tout des acteurs qui excellent. Aussi, quand nous tournions dans des décors populaires nous avons cherché à privilégier la beauté. Et pour finir, de la rigueur, beaucoup de rigueur ! De la passion, beaucoup de passion !

La série aborde une multitude de thèmes. Comment avez-vous réussi, en tant que réalisatrice et co-scénariste, à garder le fil conducteur et la maîtrise de la trame?

C’est ce qui est le plus difficile dans le tournage d’une série. Nous jonglons sans cesse d’un épisode à un autre, d’un sentiment à un autre, d’un décor à l’autre. C’est difficile pour moi, pour l’équipe technique et artistique, et surtout pour les acteurs.
Il faut tout le temps leur rappeler où le personnage se trouve d’un point de vue émotionnel. Il nous arrive de tourner des séquences de 8 épisodes différents dans une même journée.
Sur le tournage, je passe beaucoup de temps à relire les séquences, à cerner les émotions nécessaires dans chacune des scènes. C’est un travail qui demande beaucoup de concentration. J’ai l’impression que mon cerveau fume à la fin de la journée.
Mais j’ai eu beaucoup de chance d’avoir des acteurs qui m’ont fait confiance et que j’ai pu embarquer dans cette folle aventure ainsi qu’une équipe technique professionnelle qui a été soumise à rude épreuve !

Lors de la saison II de la série surtout, vous avez misé sur de jeunes actrices, dont certaines font leur apparition pour la première fois sur le petit écran. Ce choix n'était-il pas risqué, étant donné leur inexpérience ?

Quel bonheur de faire des découvertes et de donner leur chance à des jeunes ! Je ne pense pas avoir pris de risques avec ces jeunes acteurs à partir du moment où je les ai choisis.
Nous avons fait des séances d’essais auparavant et j’étais convaincue de leur talent. Ensuite, c’est mon travail à moi de les aider à interpréter leurs personnages au mieux. C’est la partie que je préfère dans un tournage.
J’aime diriger les acteurs, j’aime essayer de tirer d’eux des choses qui parfois les surprennent et me surprennent aussi. Et puis le risque fait partie de mon métier ! Quand on est frileux, il vaut mieux ne pas s’aventurer dans ce métier.
 

Faire la deuxième saison d'une production est un exercice périlleux et plein de défis, surtout lorsque la première saison cartonne. Estimez-vous que vous avez réussi à remporter le challenge, d'autant plus que certaines critiques trouvent la saison II de moindre qualité ?

Effectivement une saison II est un gros challenge. J’ai longtemps hésité avant de me lancer dans une nouvelle saison. Le public connaît déjà les personnages et n’a plus la surprise de la découverte et de la nouveauté, il est donc plus difficile de le satisfaire ou de le surprendre.
De plus, nous travaillons sur des formats de 30 épisodes, alors que les séries étrangères auxquelles on nous compare souvent se contentent de 6 à 12 épisodes par saison. Il faut donc une histoire forte avec de nombreuses ramifications afin de servir les 30 épisodes. La saison 1 était plus “douce”. La saison 2 emmène le spectateur vers des côtés plus sombres, plus âpres des personnages.
L’histoire est plus complexe, le rythme est plus rapide, les ellipses plus franches. Il faut suivre, le spectateur est parfois malmené. Alors je peux comprendre que certains préfèrent la saison 1, par nostalgie aussi peut-être…
Mais dans l’ensemble, la saison deux a été très appréciée et je rends grâce à tous les spectateurs qui réclamaient une saison deux et qui nous ont portés, encouragés, encensés et même critiqués.
Cela nous a donné des ailes, fait réfléchir, et pour finir, je rends grâce au ciel de l’accueil que le public a réservé à la saison II.

Vous avez également co-écrit le scénario avec Fatine El Youssoufi. Comment trouvez-vous cette expérience ?

J’ai quasiment toujours écrit ou co-écrit mes scénarios, et l’idée de départ vient toujours d’une envie personnelle de traiter tel ou tel sujet.
Pour réaliser, j’ai besoin de connaître et sentir les personnages qui deviennent ma famille, visualiser les décors, bref, avoir le scénario dans la peau.
Le travail avec Fatine est toujours très plaisant. Elle est drôle, surprenante, ouverte. On parle beaucoup avant de nous lancer dans l’écriture, on regarde des séries, des films, on lit des livres, on essaie de trouver l’inspiration partout. Moi je navigue entre souvenirs, vécu, voyages, cafés, hammams…
Fatine a une grosse culture des séries et une affection pour les histoires de famille. Nous savons toutes deux que nos égos doivent s’effacer devant le travail d’écriture en cours, que seule l’histoire que nous écrivons prime ! Fatine est une formidable camarade de travail. Avec elle tout est possible.
Après, lorsque je passe à la réalisation, je prends des libertés de couper des dialogues, de les reformuler, de modifier des scènes, de même au montage.
Elle doit avoir quelques petites frustrations, mais pas de regrets je pense… Nous avons hâte de nous retrouver pour de nouvelles aventures…

Zakia Tahiri, une cinéaste rigoureuse et passionnée ©MAP/Youssef El Hafre
Zakia Tahiri, une cinéaste rigoureuse et passionnée ©MAP/Youssef El Hafre

 

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