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“Le soleil n’était pas obligé”: "L’étranger" de Camus, la suite

Par Bouchra Fadel
Couverture du roman "Le soleil n’était pas obligé’’
L’auteur relit le passé de la colonisation en usant de la littérature. Il propose ainsi sa suite de deux romans liés, signés par Kamel Daoud et Albert Camus.

Dans son ouvrage ‘‘Le soleil n’était pas obligé’’, Saad Khiari nous invite incidemment et avec délicatesse à nous plonger dans la tragédie de la colonisation et ses retombées humaines, sociales et intellectuelles. Une tragédie dont l’œuvre emblématique d’Albert Camus, “L’étranger” et plus d’un demi-siècle plus tard, le livre de Kamel Daoud, “Meursault, contre-enquête”, en ravivent les passions. L’histoire convoquée par cette fiction bien construite de Saad Khiari se prolonge et rattrape pour ainsi dire son monde.
Ainsi, Marie Cardona, la fiancée de Meursault, personnage condamné à mort et exécuté dans ledit roman de Camus, en tant que meurtrier de “l’Arabe’’, prit connaissance du contenu du livre de Kamel Daoud, frère (fictif) de “l’Arabe” qui voulait rétablir ne serait-ce que cette seule vérité: “L’Arabe” dans l’oeuvre de Camus ne dispose même pas de nom l’identifiant. Elle sentit de ce fait, qu’elle-même, était doublement victime: Par la perte de son “fiancé” et par l’oubli de Camus qui l’a ignorée. Le malheur d’avoir chacun perdu un être cher, doublé par un tel oubli et une pareille injustice, les solidarisent. C’est pour tout cela que Marie, encouragée et finalement accompagnée par Yolande, sa co-pensionnaire dans une maison de retraite à Sète, demanda de rencontrer Kamel Daoud qui l’invita à venir en Algérie pour ce faire. Occupé, Kamel Daoud délégua des proches, Yacine et Achour pour recevoir ces deux françaises dont le séjour replonge tout lecteur dans les arcanes d’un passé mal digéré, car absurde et cruel. Saad khiari nous livre ainsi un récit dans un style épuré qui n’exclut point la profondeur du débat sur la colonisation et le vivre-ensemble entre les protagonistes des deux rives, les deux Françaises et les deux Algériens. Un subterfuge qui permet une certaine distanciation par rapport au passé donnant de la profondeur humaine au récit pour lancer des passerelles entre deux rives.

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