Le "vocal fry", ces femmes à la voix masculine sexy !

Par Zineb Bouazzaoui
 Le “vocal fry” est devenu la façon de parler favorite des jeunes ©DR
Le “vocal fry” est devenu la façon de parler favorite des jeunes ©DR
Troquer sa voix aigüe pour un registre vocal grave et grésillant est depuis un certain temps le style de parler favori des jeunes femmes américaines et de célébrités. Le “Vocal fry” trouve, désormais des adeptes partout et même au Maroc. Mondialisation oblige !

Le “Vocal fry” en anglais, friture vocale en français, fait fureur aux Etats-Unis. Il s’agit d’un style vocal grave et grinçant, de plus en plus courant chez les jeunes femmes, permettant de parler ou de chanter très bas à la fin de chaque mot. Une sorte de “rot permanent” qui permet d’exprimer une déception, un dégoût, ou même une bonne nouvelle.

Les premières études qui ont mentionné cet artifice langagier datent des années 60 en Angleterre et il était plutôt pratiqué par les hommes de la haute société pour se différencier des autres. A partir des années 2000, le “vocal fry” est devenu la façon de parler favorite des jeunes surtout dans les lycées américains.

Britney Spears dans “Baby one more time”, Ariana Grande dans “7 rings” ou encore Katy Perry, Scarlett Johansson et Kim Kardashian lors des interviews... presque toutes les célébrités américaines transforment leur voix pour parler ou même chanter afin de gommer les imperfections, rendre la voix plus basse, plus sexy et rivaliser d’ingénuité pour capter l’attention.

 

Sonner plus masculin pour être plus crédible

 

Selon la sociolinguiste Ikuko Patricia Yuasa, cette inflexion vocale donnerait le sentiment que les personnes l'utilisant sont “plus ambitieuses et sûres d’elles-mêmes”. Les femmes ayant une voix naturellement plus aiguë que celle des hommes, cela pourrait être une façon de sonner plus masculin.

Les gens qui parlent avec une voix grave sont souvent pris plus au sérieux que ceux qui parlent avec une voix aiguë. C’est un signe d’autorité, donc puisque les femmes sont entrées massivement dans le monde du travail, elles abaissent leur voix pour être plus crédibles et elles tombent mécaniquement dans la friture vocale, a-t-elle souligné.

De son côté, Yassine Fares, consultant vocal à Budapest, explique à BAB que le “vocal fry” consiste à émettre avec la voix une vibration beaucoup plus basse que le mode d’émission normal et donc c’est une vibration qui est beaucoup plus lente, les cordes vocales sont fermées et parfois même les fausses cordes vocales le sont. 

Beaucoup de chanteurs apprennent à sortir des notes graves à travers cette technique en resserrant les cartilages aryténoïdes du larynx pour avoir une voix plus grave, environ deux octaves au-dessous de la fréquence normale.

“La différence de la fréquence de la voix entre les deux sexes (environ 200 hertz chez les femmes et 100-150 chez les hommes) a donc tendance à se combler encore un peu plus avec la voix craquée”, poursuit-il, soulignant que cette technique est utilisée dans les musiques actuelles, notamment dans la pop et par les yogis pendant les séances de méditation et de transe.

 

Un registre moins attrayant dans la vie professionnelle

 

Et pourtant, une étude publiée par l’Université de Duke en 2014 démontre que dans un large échantillon d’adultes américains, le “vocal fry” est interprété négativement. 

Les chercheurs ont demandé à 800 participants d'écouter des échantillons de voix de jeunes hommes et femmes disant la phrase: “Merci de m'avoir considéré pour cette opportunité” à la fois dans le registre normal et dans le “vocal fry”, puis de noter lequel des locuteurs ils le trouvaient plus éduqué, compétent, digne de confiance et attrayant en tant que candidat à un poste. Les auditeurs ont préféré le registre normal pour les locuteurs masculins et féminins, jugeant les échantillons de “vocal fry” moins fiables. Mais les jeunes femmes qui font cette technique ont été jugées plus négativement et ont été perçues comme moins compétentes, moins éduquées, moins dignes de confiance, moins attrayantes et moins accueillantes, ce qui affirme qu’elles devraient éviter le “vocal fry” afin de maximiser les opportunités d’emploi.

Au Maroc, les blogueuses mènent la tendance

 

“Au Maroc à titre d’exemple, j’ai remarqué que la majorité des blogueuses qui font des stories en anglais ou qui animent des séances de Yoga en ligne font le vocal fry par moment, donc je crois que ce n’est qu’une question de temps, les Marocaines qui s’inspirent du modèle américain finiront par céder à la tentation”, affirme M. Fares.

Interrogé sur l’impact de cette technique sur la voix, le consultant vocal indique que si une personne abuse du “fry”, elle peut abîmer le tissu des cordes vocales et elle peut même perdre de l'élasticité au niveau des cordes et de la souplesse dans l'aiguë.

“La voix des femmes américaines a toujours fait l’objet de débats et de discussions, de la femme-enfant, à la Valley Girl en passant par Maryline Monroe, d’autant qu’elle n’a cessé de se métamorphoser avec le temps et selon les critères de chaque époque”, a-t-il conclu.