Leïla Rezzouk: Une fougueuse guerrière chez les Vikings

Par Wahiba Rabhi
Leïla Rezzouk, militante pour les droits des migrants au Norvège ©DR
Leïla Rezzouk, militante pour les droits des migrants au Norvège ©DR
Contribuer à l'intégration des jeunes migrants issus de minorités est la cause qui fait agir Leïla Rezzouk. Cette militante associative de 36 ans à la tête de plusieurs ONG actives dans la ville de Bergen vient d'être désignée membre du nouveau comité d'intégration du gouvernement norvégien. Mission qu'elle considère comme une grande reconnaissance.

Il y a une douzaine d'années, Leïla Rezzouk Rossow s'est envolée à Bergen en quête d'une vie palpitante que la banalité du quotidien n'aurait pu lui offrir.
Sans savoir de prime abord ce que serait le pas suivant à franchir, cette femme s'est livrée à elle-même, hors des sentiers battus, confrontée à une solitude profonde et au froid glacial de l'hiver norvégien. Alea jacta est ! Cette jeune femme, aujourd'hui âgée de 36 ans et mère de deux enfants, est assurément reconnue et applaudie par ses pairs pour son militantisme associatif au service de l'intégration des jeunes issus de minorités. Une cause qui, dira-t-elle, “me tient particulièrement à coeur”.
“Disons que, de par mon histoire, je voulais comprendre pourquoi il était difficile pour les jeunes issus de parents immigrés de se sentir inclus dans une société étrangère. Je ne suis ni la première, ni la dernière. Ils sont nombreux à avoir du mal à naviguer entre deux cultures: Celle où ils ont grandi et celle de leur pays d'origine”, confiera-t-elle au magazine
BAB.
C'est que la jeune dame, au caractère trempé de courage et d’aventure, est elle-même née de parents marocains de la banlieue de Reims.
Autant dire que l'enjeu d'intégration était double, d'abord la France et ensuite la Norvège.
Depuis son arrivée à Bergen, ancienne cité hanséatique connue comme la porte d'entrée de la région des fjords norvégiens, Leïla a fait montre d'une capacité singulière à déjouer toutes les embûches parsemées sur son chemin, nourrie d'une fébrilité grandissante à l'idée d'assouvir son rêve le plus cher: S’affirmer auprès de ses pairs et vulgariser les valeurs cosmopolites qu’elle prône, sans céder un iota sur son identité d’origine. Mais la tâche n'était pas si aisée surtout lorsqu'on vit loin de sa famille.

En avril 2016, Mme Rezzouk a donné le jour à l’association Papillon ©DR
En avril 2016, Mme Rezzouk a donné le jour à l’association Papillon ©DR

 

Une militante acharnée
“Au début, je me suis sentie très seule. Il m'était difficile de m'intégrer dans une société complètement froide. J'avais deux choix, soit déprimer soit travailler doublement et viser loin”, lancera-t-elle les yeux scintillant d'une insondable rage de réussir, les cheveux crépus et dressés en l'air... Toujours la même allure et le même enthousiasme d'il y a douze ans.
“Les valeurs norvégiennes à l'instar de l'individualisme et du libéralisme contrastent souvent, de manière frappante, avec la culture communautaire de nombreux pays d'origine des immigrés”, expliquera Leïla pour qui la culture individualiste, interprétée à la fois comme “froide et égoïste”, ne l'a pas empêchée de développer un large réseau d'amis et de décrocher une myriade de petits boulots… Deux ans plus tard, elle savait déjà lire et parler le norvégien grâce à des cours intensifs, aux côtés de l'arabe, du français et de l'anglais qu'elle alternait avec fluidité.
Elle décida ensuite de reprendre ses études et intégra une école d'infirmière, après avoir renoncé à son plan de carrière dans le tourisme, cette discipline étant “trop commerciale” à son goût.
Parallèlement, Leïla est très active dans le domaine associatif faisant de l'intégration son cheval de bataille. C'est en avril 2016 que cette fougueuse guerrière décida de donner du punch à son parcours, en donnant le jour à l’association Papillon.
Œuvrant pour le soutien aux filles (17-25 ans) issues de l'immigration, ce réseau compte environ 400 visites chaque année, en provenance principalement des pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie.

Aider les filles à prendre leur envol comme des papillons
“Papillon est le fruit de mon processus d'intégration en Norvège”, expliquera-t-elle, le sourire franc et assuré, à une question sur les raisons de création de cette association qui plus est dans un pays scandinave, tout en se remémorant la rébellion qui l'avait construite à l'adolescence.
Elle soutient que l'objectif est de prodiguer conseil aux filles de manière à les orienter à prendre des décisions responsables, ajoutant qu'il est aussi question de faciliter au maximum leur intégration en leur expliquant les codes sociaux au travail comme à l'école.
A cela s'ajoutent, selon elle, d'autres activités dont des cours de norvégien et des débats portant sur une panoplie de thématiques comme la santé psychologique, l'hygiène de vie, les droits de la femme et bien d'autres. “Dès qu'une fille s'approprie les outils et assimile le système social, elle s'envole comme un papillon”, lancera-t-elle sur un ton presque onirique, mais un tantinet fière d'avoir accompli une mission qui est loin d'être une sinécure.
L'association Papillon compte une dizaine de membres, en plus de quelques volontaires.
Après deux ans et demi de bénévolat, l'organisation reçoit un coup de pouce financier de la part de la Commune de Bergen et de la Direction de l'intégration et de la diversité (IMDi). Une nouvelle qui va faire chavirer le cœur de la guerrière. Militante jusqu'à la moelle, déterminée et engagée, Leïla déborde de générosité et multiplie les actions à la faveur de ses qualités d’écoute et
de compassion. L'ONG Papillon n'en est qu'un simple exemple, car la jeune femme enchaîne les actions au service de l'intégration des jeunes immigrés.

Leïla Rezzouk est co-fondatrice du projet Support Not Protec qui lutte contre le contrôle social négatif ©DR
Leïla Rezzouk est co-fondatrice du projet Support Not Protec qui lutte contre le contrôle social négatif ©DR

 

Membre du nouveau comité d'intégration du gouvernement norvégien
Et la voilà co-fondatrice du projet Support Not Protect destiné aux jeunes garçons pour lutter contre le contrôle social négatif.
Elle travaille également en tant que responsable du programme de mentorat Catalysts à Bergen visant à développer l'emploi de jeunes professionnels issus de minorités. Depuis juin 2018, Leïla Rezzouk est membre du nouveau comité d'intégration du gouvernement norvégien, une tâche qu'elle considère comme “une énorme reconnaissance”.
Elle explique que le nouveau comité d'intégration du gouvernement norvégien est un groupe d'experts, composé de 13 personnes d'origines, d’expériences et de villes différentes. Cette entité se réunit trois fois par an avec pour ambition de contribuer à l'amélioration de la politique d'intégration du pays et prodiguer conseil au ministre
de l'Intégration. Aujourd'hui, Leïla est devenue un profil visible du travail d'intégration à Bergen.
A l’entendre épiloguer, on ne peut qu’être baba devant la passion, la foi et la force de caractère qui animent son discours.
Mais qu'est ce qui fait sa force aujourd'hui ? “Tous les choix que j'ai faits jusqu'à présent, auxquels j'ai très bien réfléchi, m'ont permis d'avoir la tête sur les épaules”, répondra Leïla Rezzouk sereinement, avant d'enchaîner que “cette force me pousse toujours à aller de l'avant, à apprendre de nouvelles choses, à découvrir d'autres cultures”.
“Je suis fière de mon identité, de toutes ces valeurs que mes parents m'ont inculquées -hospitalité, générosité, amour, respect- mais aussi celles que j'ai héritées de mon pays natal et de la Norvège. Ce métissage culturel m'a énormément enrichi sur le plan personnel. J'ai beaucoup de respect à l'égard des gens car chacun de nous a sa propre histoire”, dira-t-elle.
Et de conclure sur un brin de philosophie que “la diversité culturelle ne peut être qu'une richesse pour la société… voire même pour
l'économie”.

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