Les ‘‘Hijabistas’’, stars des podiums

Par Sara Ait Lahmidi
Défilé de mode lors d'une Modest Fashion Week à Istanbul ©MAP/EPA
Défilé de mode lors d'une Modest Fashion Week à Istanbul ©MAP/EPA
De par le monde, la mode de la “modest fashion” cartonne. Festivals et défilés internationaux, collections, concours de beauté et médias contribuent à populariser ce lifestyle à la fois pudique et trendy. Au Maroc, ce segment peine à prendre son élan.

Dans des sociétés où l’importance du paraître est pesante et les tendances s’imposent, le style ou la façon de s’habiller correspondent en grande partie à l’état d’esprit et à la personnalité mais varient également selon les motivations et les contraintes.
En effet, au-delà des podiums fashion des grandes marques, une dizaine de coupes et volumes tendances apparaissent chaque année et inondent les magasins de prêt-à-porter. Néanmoins, pour les “hijabistas”, terme désignant femmes voilées aux styles trendy, les choix sont souvent limités et les fabricants qui proposent des “collections pudiques” se font rares.
En proposant aux femmes voilées des collections discrètes, l’industrie de la mode islamique allie code vestimentaire religieux et vêtements pratiques. Or, en raison des polémiques autour du voile, ce marché encore partiellement inexploré, tarde visiblement à prendre de l’élan.

Modest fashion: se couvrir et faire découvrir

Toutefois, à la recherche de gain, de nombreux créateurs de la mode féminine vont à la conquête de ce marché et osent explorer l’univers de la “modest fashion”. Mais ce n’est que récemment que le voile islamique a fait son apparition chez les grandes maisons de création de mode. Au-delà de la sphère musulmane, plusieurs enseignes ont commencé à produire et exposer des vêtements destinés aux femmes voilées, notamment la marque japonaise Uniqlo qui s’est lancée en 2015 sur le marché de la “modest fashion” avec une collection “pudique”. Une année plus tard, une collection de hijabs et abayas de luxe signée Dolce & Gabbana a défilé sur le podium.
A l'image de la “Islamic Fashion week à Istanbul” ou la “Modest Fashion Show de Dubaï”, les défilés de mode pour femmes voilées ont offert un nouveau regard sur la Modest fashion. En effet, la tendance vestimentaire composée de robes, voiles et abayas a débarqué sur les podiums internationaux pour générer une polémique suivie d’un véritable engouement.
à travers la pluralité des couleurs, les coupes uniques et les volumes inattendus et à partir de matériaux tels que le coton ou la soie, la mode islamique s'expose davantage pour dévoiler un lifestyle des plus captivants. En pantalons, kimonos ou tuniques, les mannequins défilent l’une après l’autre dans des collections stylées qui séduisent de plus en plus un public large.
En vérité, les bons exemples ne manquent pas. Le festival international de la mode islamique, ayant déjà sillonné plusieurs villes comme Toronto et Paris, ou encore la présentation d’une collection pudique de la créatrice indonésienne Vivi Zubedi lors la Fashion Week de New York, ont suscité beaucoup d’attention.À travers des événements où des collections conciliant valeurs religieuses et tendances sont présentées, plusieurs spécialistes de la mode trouvent leurs inspirations et se lancent dans l’industrie de la mode islamique. En plus, l’apparition des collections pudiques dans des événements de renommée atteste du développement considérable de la “modest fashion” à l’international et contribue à son rayonnement.
En plus des défilés de mode, d’autres manifestations s’imposent de plus en plus pour promouvoir la mode islamique. D’une part, la participation de candidates voilées aux concours de beauté vise à mettre en avant les femmes aux convictions et cultures différentes. Halima Aden dans Miss Minnesota ou Sara Iftekhar dans Miss Angleterre, les exemples se multiplient des femmes dont les obligations religieuses et le respect du code vestimentaire ne les empêchent pas d’exposer leur beauté et d’adopter les tendances en matière d’habillement.
D’autre part, l’organisation d’évènements 100% dédiés aux hijabistas tels que “Miss Hijab” en Egypte atteste du chemin parcouru par la mode islamique afin de s'intégrer dans la société.
Entre raviver la polémique ou simplement développer les mentalités, ces manifestations visent également à faire découvrir à un public plus large de créateurs, mais également d'amoureuses de la mode, une industrie longtemps délaissée.
Outre les podiums et les concours de beauté, les exemples des hijabistas dans les plateaux de télévision ou dans les médias se multiplient et témoignent d’une mode islamique qui gagne du terrain. En exemple, Mennel Ibtissem, la jeune française au turban lors de sa participation à l'émission “The voice” ou le dernier clip musical de l’artiste marocain Zouhair Bahaoui tourné avec une jeune fille voilée. Plus loin, le musée De Young de San Francisco a accueilli en début 2019 l’exposition “Contemporary Muslim Fashions”, consacrée à la mode islamique. L’exposition dont le but est d’explorer le monde de l’habillement féminin discret a présenté des collections allant des vêtements de sport aux robes de soirée.

Modest Fashion show au Maroc: un retard à rattraper

Bien que les événements de mode islamique s'enchaînent à l’international, ceux-ci sont peu fréquents au Maroc. En effet, après l’édition 2015 du festival international de la mode islamique organisée à Casablanca, les manifestations dédiées à la Modest fashion se font rares.

Les exemples des hijabistas dans les plateaux de télévision ou dans les médias se multiplient ©MAP/EPA
Les exemples des hijabistas dans les plateaux de télévision ou dans les médias se multiplient ©MAP/EPA


Si contrairement à d’autres pays, le Maroc peine encore à développer le marché de la mode islamique, les raisons derrière ce retard se font nombreuses.
D’une part, le manque d'événements dédiés à la mode islamique s’explique par la rareté des créateurs dans le domaine. “Afin d’exposer une collection, il faut être capable de gérer la production de A à Z. Entre le dessin des croquis, la préparation de la collection, le contrôle de qualité et la réalisation du shooting, d’énormes efforts sont à fournir”, explique Fatima Nouhi, créatrice de la marque “Prestige Hijab”.
Et de continuer: “En vérité, en plus du capital et de la main d’œuvre, les exigences de la production poussent certaines enseignes à choisir l’import et la revente de modèles déjà exposés à l’étranger au lieu de produire elles-mêmes”.

Les réseaux sociaux pour exposer les collections

D’autre part, le peu de marques marocaines créatrices de prêt-à-porter pour femmes voilées utilisent d’autres moyens pour promouvoir leurs créations. Selon la jeune entrepreneur, les réseaux sociaux sont un moyen efficace pour exposer les
collections.
“En utilisant Instagram et Facebook, nous essayons de toucher un maximum de clientes”, précise-t-elle. En plus, les ventes privées se font de plus en plus nombreuses et permettent également de présenter les nouvelles créations.
Dans le même sens, la disponibilité et la motivation sont importantes pour organiser des défilés de mode. “Un fashion show nécessite d’énormes moyens matériels, humains et financiers. Il faut absolument fédérer les efforts entre créateurs pour pouvoir organiser des événements de taille”, confie-t-elle à BAB magazine.
L’absence de tels événements n’est pas sans impact sur le développement du marché de la mode islamique. “En gros, les fashion shows permettent aux créateurs d’exposer les nouvelles collections, et leur absence affecte en partie le processus de commercialisation ainsi que la promotion de la marque”, indique Mme Nouhi.
Cependant, à l’image des grands événements fashion, Mme Nouhi aspire à ce que la mode islamique se développe davantage au Maroc.
“L’industrie de la modest fashion est particulièrement délicate et exigeante”, confie la jeune fille derrière “Prestige Hijab”, avant de continuer: “En tant que créatrice et passionnée de mode, j'aimerais sans doute pouvoir exposer dans mon pays et à l'international. Et comme c'est le cas pour la haute-couture traditionnelle, les organisateurs des événements de mode doivent se pencher un peu plus sur ce segment hautement raffiné mais pourtant délaissé”.

Étiquettes