Les ‘‘Plans B’’ des ‘‘Neggafate’’ contre le chômage !

Par Sara Ait Lahmidi
En temps de coronavirus, les cérémonies de mariage se déroulent en mode restreint ©MAP
En temps de coronavirus, les cérémonies de mariage se déroulent en mode restreint ©MAP
Salles de fêtes fermées, interdiction de grands rassemblements et mariages reportés. Les restrictions édictées par les
autorités en raison de la propagation du Covid-19 semblent mettre le secteur de l’habillement de la mariée en stand by.
Les “Neggafate” se débrouillent tant bien que mal pour arrondir leurs fins de mois.

ISSUE DE LA TRADITION MAROCAINE, la Neggafa joue un rôle indispensable. Si les rites varient d’une région à l’autre (chants, danses et mets) la Neggafa ne peut manquer dans un mariage marocain. Spécialisée dans l’organisation, elle a pour vocation d’accompagner la mariée pendant toutes les étapes. Du choix des tenues et des accessoires à l’habillement le jour J, la Neggafa ne lâche pas d’une semelle la mariée pour la présenter sous son meilleur jour. Toutefois, alors que les “youyous” lancés par les Neggafate retentissent habituellement en cette période de l’année avec la célébration des fêtes de mariage ou de fiançailles, la crise sanitaire liée à la propagation du nouveau coronavirus semble étouffer la voix de stentor de ces dames! Si l’organisation des fêtes prospère généralement en période estivale, en ces temps de crise, entre report et annulation, rien ne va plus pour la filière d’habillement de la mariée. Bien que d’autres secteurs ont pu relancer leurs activités, la reprise chez les organisateurs de mariages demeure progressive et délicate.

La Com’ et la formation pour repartir de plus belle !

En effet, même si les mesures préventives antiCovid sont toujours en vigueur et dans l’attente du retour à la vie normale, l’industrie de l’habillement de la mariée prépare ardemment sa reprise. Basée à Rabat depuis plus de 25 ans, la Neggafa Majda Dar Benjelloun affirme à BAB que la relance de l’activité doit être accompagnée par une meilleure visibilité sur le marché. “Nous travaillons actuellement sur le volet publicitaire. À travers des séances de photographie, nous aspirons à mettre en valeur nos créations”, explique-t-elle. Et d’ajouter: “Nous utilisons également les partenariats avec des chaînes de télévision pour habiller les présentatrices. Ceci nous permet de nous rapprocher des téléspectateurs et potentiels clients”.

Même son de cloche chez Neggafa Tadlaouia qui affirme vouloir profiter positivement de cette période d’inactivité pour reprendre sur de meilleures bases. En effet, pour Neggafa Tadlaouia, le moment est propice pour investir dans la formation du personnel, notamment les dames accompagnant la mariée lors de la cérémonie de mariage. “Nous avons programmé des séances de formation au profit du personnel en matière d’accompagnement, de conseil, de prise en charge et de mise en beauté de la mariée”, explique-t-elle à BAB.

En plus,“afin de respecter les mesures préventives telles que la distanciation sociale, nous profitons des moyens technologiques en organisant des formations webinaires”, se félicite-t-elle. Par ailleurs, pour une reprise réussie, Neggafa Tadlaouia s’est lancée dans la production d’une nouvelle collection de caftans traditionnels ainsi que la création de nouveaux bijoux. Le tout couronné par des sorties médiatiques, notamment via les réseaux sociaux, permettant de présenter les créations mais également de rassurer les futures mariées frustrées par le report de leurs mariages.

Essayage sur mannequin et désinfection des tenues !

Intimement liée à la possibilité de rassemblement, l’organisation des fêtes de mariage a coïncidé avec les mesures préventives strictes édictées par les autorités. En dépit des défis, entre désinfectants et affiches rappelant les mesures à suivre, les Neggafates s’adaptent. Neggafa Tadlaouia précise à BAB que la réouverture de son show-room s’est faite conformément aux conseils des autorités et aux exigences d’hygiène. “Nous avons installé les gestes barrières en imposant le port du masque dans nos locaux et également mis en place un tapis désinfectant et un distributeur de gel”, rassure neggafa Tadlaouia.

En plus, “nous invitons nos clientes à prendre rendez-vous avant de se rendre au magasin pour réduire le nombre de personnes sur place”, explique-t-elle. D’autre part, en temps normal et avant le grand jour, plusieurs séances d’essayage sont organisées afin de permettre à la future mariée d’assortir les tenues aux accessoires ainsi qu’aux chaussures. Mais en ces temps de pandémie, les mesures préventives impactent également les préparatifs et la possibilité de location des tenues. Selon Neggafa “Dar Bennani”, afin de respecter au mieux les mesures de distanciation, l’essayage se fait actuellement de manière différente.

“Les mesures de la cliente sont prises, particulièrement la largeur des épaules et le tour de poitrine, ensuite l’essayage se fait sur un mannequin. Par la suite, l’ajustement de la tenue se fait dans notre atelier”, explique Sofia, gérante de l’enseigne. Dar Bennani précise que pour préserver la santé des clientes, chaque tenue est lavée à son retour au magasin pour assurer sa propreté. “Nous procédons à la désinfection de notre magasin régulièrement. Les tenues sont uniquement lavées et repassées, puisqu'il est difficile de les stériliser, la broderie des caftans risque en effet d’être endommagée”, précise Sofia.

Une demande centrée sur la location des costumes

Heureusement, dans le cadre de l’allégement du confinement, quelques petites fêtes sont autorisées. A ce sujet neggafa Dar Bennani affirme que ses quelques clientes se contentent d’organiser des cérémonies en famille avec un nombre limité d’invités. Néanmoins, face à ces contraintes, le retour progressif de l'activité oblige les Neggafates à livrer uniquement quelques services. “Les grandes fêtes de mariage étant interdites et les salles de fêtes fermées, les clients n’ont recours qu’à certaines prestations, notamment la location des tenues”, confie Sofia à BAB.

“Les futures mariées se passent malheureusement de la location des “tyafer” ou “ammaria” (trône pour mariée)”, regrette-t-elle. Ayant pour mission d’aider la mariée à enfiler ses tenues en gardant intact son maquillage et sa coiffure, poser les bijoux, mettre l’ambiance et veiller au bon déroulement de la cérémonie, la Neggafa assiste méticuleusement la mariée la soirée durant.

Pour Hayat, accompagnatrice de mariées, la crise sanitaire a fortement impacté son quotidien. “Je suis au chômage depuis la fermeture du magasin où je travaille. C’est le cas pour toute l’équipe ainsi que pour les collègues qui portent la mariée à son entrée sur la 'Ammaria'”, regrette Hayat avant d’ajouter: “Nous attendons impatiemment la levée des restrictions”. Alors que le grand jour de nombreuses futures mariées est reporté voire annulé en raison de la pandémie, les Neggafate reprennent leur souffle dans l’attente de jours meilleurs.