Les secrets du come-back des socialistes espagnols

Par Mohamed Taoufik Ennassiri
Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, célébrant la victoire de son parti aux élections du 28 avril ©MAP/EPA
Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, célébrant la victoire de son parti aux élections du 28 avril ©MAP/EPA
Le PSOE, un parti de gauche, a le vent en poupe. Ses résultats lors des élections du 28 avril vont dans le sens opposé à ceux du reste de la social-démocratie européenne. Le soutien aux partis qui représentent cette tendance s’étant effrité, seuls les socialistes espagnols et portugais résistent face à la progression des extrêmes droites en Europe.

Grâce à sa victoire aux élections législatives anticipées du 28 avril avec 123 sièges obtenus au Congrès des députés, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) fait un retour en force sur la scène politique espagnole, après la défaite cuisante essuyée lors du scrutin précédent (juin 2016) durant lequel il avait obtenu le pire résultat de son histoire : 85 sièges.
Pour retrouver une performance des socialistes similaire à celle du scrutin d’avril 2019, il faut remonter aux élections de 2004 et 2008, lorsque le PSOE avait obtenu respectivement 164 et 169 sièges.
Les socialistes ont remporté une nouvelle fois des législatives, onze ans plus tard, pour s’affirmer comme le parti de référence de la gauche espagnole, une place convoitée à un certain moment par Podemos suite à sa montée en puissance de 2015. Le parti socialiste s’est imposé dans toutes les régions autonomes, sauf au Pays basque, en Catalogne et en Navarre. Il a également conquis des bastions historiques du PP, dont les régions de Castille-et-León, Murcie ou Madrid.
Cette nouvelle réussite des socialistes marque ainsi leur retour sur le devant de la scène politique espagnole, après une domination des conservateurs du Parti Populaire (PP) depuis 2011.
Elle intervient, en outre, dix mois après leur retour au pouvoir en juin 2018 à la faveur de la motion de censure adoptée par le Congrès des députés contre l’ex-chef du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, qui a payé ainsi le prix des scandales de corruption ayant terni l’image de son parti, le PP.
En dépit de la crise interne pour le pouvoir qui a secoué le PSOE en 2017, son secrétaire général, Pedro Sanchez, a réussi l’exploit non seulement de rester à la tête de son parti malgré les turbulences, en se faisant réélire cette même année après une première fois en 2014, mais aussi à le conduire à un triomphe qui a le goût d’une revanche.

Mise en garde contre les conservateurs et l'extrême-droite

En effet, le secrétaire général du PSOE en est pour beaucoup dans ce nouveau triomphe.
Sanchez a communiqué avec l’électorat en axant son discours, lors de la campagne des législatives, sur le choix entre une gauche “progressiste et sociale” et une droite “très conservatrice”, incarnée par la nouvelle direction du PP, tout en mettant en garde les Espagnols contre la résurgence de l’extrême droite avec Vox, un parti raciste, anti-immigration, antiféministe et anti-progressiste. Grâce à ce discours, le secrétaire général des socialistes a pu aussi mobiliser les électeurs, notamment les indécis, dont le pourcentage avoisinait les 40%, selon les sondages publiés avant le scrutin. Comme conséquence, le taux de participation a frôlé les 76%, l’un des plus élevés de l’histoire du pays ibérique. Sanchez a fait ainsi d’une pierre deux coups: Il a réussi à éloigner les fantômes de l’extrême droite, représentée par le parti Vox, et à propulser sa formation politique à la première place.
L'apparition de ce nouvel acteur de la droite paraissait au début comme un problème pour le PSOE, mais ce dernier est parvenu à tirer profit de cette nouvelle situation pour récupérer l'espace politique du centre-gauche, en arrachant les votes de l’électorat qui voyait avec crainte la montée de l’extrême droite. L’alliance en décembre 2018 entre les trois partis de la droite (PP, Ciudadanos et Vox) pour former un gouvernement en Andalousie a fait du PSOE la seule option politique centrale qui ne coexisterait jamais avec l'extrémisme manifeste de Vox.

Une droite espagnole affaiblie

La fragmentation de la droite espagnole, en cours de reconfiguration et dont les sympathisants ont dû choisir entre trois partis, a favorisé aussi la victoire du PSOE, tout comme l’incapacité de ces formations à se mettre d’accord pour se présenter aux législatives à travers une candidature commune.
Par ailleurs, la perte par le PP de millions de voix à cause des affaires de corruption, dont l’une d’entre elles a été justement derrière la motion de censure contre son ex-président Mariano Rajoy en 2018, a donné des ailes aux socialistes. Les conservateurs ont été relégués à la deuxième place avec 57 députés de moins que les socialistes. Pedro Sanchez a eu le mérite d’exploiter au maximum les dix mois passés au pouvoir avant les élections du 28 avril, en adoptant, lors des Conseils des ministres hebdomadaires, des lois et des mesures à caractère social touchant de près une large frange de la société espagnole, notamment les travailleurs, qui se sentaient abandonnés par les gouvernements antérieurs. Cette démarche a été qualifiée, toutefois, d’“abus” par l’opposition, selon laquelle les socialistes, qui gouvernaient en minorité, n’avaient pas la majorité parlementaire requise pour prendre de telles décisions. Le gouvernement socialiste a adopté une panoplie de mesures d’impact social, notamment une hausse de 22% du salaire minimum interprofessionnel (SMI). Cette hausse du SMI et d’autres mesures prises par le gouvernement socialiste avaient fait l’objet d’un accord préalable avec ses partenaires de la motion de censure.
Le PSOE de Pedro Sanchez a réussi à se maintenir au pouvoir, grâce aux votes des Espagnols. Même s’il n’a pas obtenu la majorité absolue (176 sièges), sa victoire est incontestable. En passant de 85 députés en 2016 à 123 en 2019, les socialistes ont su exploiter pleinement leur retour aux commandes de l’Espagne.

Pedro Sanchez votant lors des élections législatives anticipées du 28 avril dernier ©MAP/EPA
Pedro Sanchez votant lors des élections législatives anticipées du 28 avril dernier ©MAP/EPA

 

Étiquettes