L'impossible Maghreb

Clair Obscur par Adil Zaari Jabiri
Adil Zaari Jabiri

Jusque-là tous ceux qui traitaient le sujet des relations maroco-algériennes l'approchaient avec euphémisme en parlant des conséquences d'un “non Maghreb” sur l'intégration régionale. Aujourd'hui et après les premières sorties du nouveau président algérien, tous les éléments d'un “Maghreb impossible” sont réunis.
Quelques heures seulement après son élection, le nouveau locataire du palais El Mouradia, -pas si nouveau que ça puisqu'il l'a déjà fréquenté alors premier ministre de Bouteflika-, a annoncé la couleur.
“Il y a eu des événements qui ont causé la fermeture des frontières avec le Maroc. Il faut supprimer la principale cause du conflit et tout le reste suivra”, disait-il aux journalistes lors de sa première conférence de presse en tant que président élu. Auparavant, pendant sa campagne, il avait même demandé que le Maroc présente des excuses à son
pays.
Persistant dans sa démarche, le président algérien a souligné lors de son discours d'investiture que le dossier du Sahara est “une question de décolonisation qui est entre les mains des Nations Unies et de l'Union africaine”, alors que cette dernière s'en est lavée les mains depuis le retour du Maroc en son sein le 30 janvier 2017. Les Nations unies, quant à elles, abordent le sujet sous l'angle du réalisme, consacrant la prééminence de l'option marocaine d'autonomie.
Mieux encore, les nouveaux sherpas de la politique étrangère algérienne y ont mis du zèle, en rendant public un communiqué officiel dans lequel ils qualifient de “mesure d’une gravité exceptionnelle” la décision du gouvernement des Comores d’ouvrir une représentation consulaire à Laâyoune.
Se substituant à l'ONU et à toute autre instance habilitée par la communauté des nations à pouvoir émettre de tels jugements de valeur, le régime algérien souligne sans vergogne que la décision comorienne souverainement prise représente “une violation flagrante des normes du droit international”.
Par cette fanfaronnade, le MAE algérien s'autorise à donner des leçons de droit à la fois au Maroc, aux Comores et à la Communauté internationale.
Mais de quel droit s'agit-il ? Est-ce celui qui tolère impunément les pratiques inhumaines dégradantes que le régime algérien fait subir aux populations séquestrées sur son propre territoire à Tindouf ?
Durant les 20 ans de pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, les relations d'Alger avec le voisinage sont restées “intactes” dans le sens de “je t'aime moi non plus”. C'est la même doctrine qui semble guider la ligne de conduite de son successeur s'agissant du Maroc, car ce pays ne conçoit son existence que par opposition au voisin.
Cette situation, le Maroc l'a bien comprise quand il a décidé de concentrer sa politique étrangère, en tout pragmatisme, sur l'axe Nord-Sud et Sud-Sud.
Dans sa politique africaine, il est devenu, sans conteste, le champion du co-développement dans de nombreux pays du continent. Avec l'Europe, c'est désormais dans le cadre d'un “partenariat de prospérité partagée” que les relations bilatérales vont évoluer à l'avenir, avec le Royaume comme tête de pont du prolongement de l'Union européenne vers l'Afrique. Quant à l'édifice maghrébin, gardons le cap de l'espérance, mais sans trop y croire !

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