L’internationale anarchiste

Clair Obscur par Adil Zaari Jabiri
Adil Zaari Jabiri

D’Alger à Hong Kong, en passant par Santiago, Quito, Port-au-Prince, Barcelone, Paris, Beyrouth et Bagdad, le monde est en ébullition.  
Sous des revendications  multiples, des plus légitimes aux plus folles, liées au climat, à la démocratie, à la justice sociale, à la situation des femmes, au coût de la vie, à l’islamophobie, au racisme et parfois au sécessionnisme, ce mécontentement planétaire généralisé est devenu un phénomène incontrôlable. Sous l’effet de contagion, certains mouvements s’inspirent et se renforcent mutuellement grâce notamment aux réseaux sociaux.
Si leurs réalités sont diverses, leurs origines semblent avoir un dénominateur commun : l’accroissement des inégalités et l’impopularité des dirigeants.
Ni les promesses politiciennes, ni même les mesures les plus courageuses et les plus concrètes prises pour calmer la colère de la rue n’ont eu d’effet. Ces contestations, qui ne sont portées ni par des idéologies ni par des groupes organisés, ne permettent pas de faire un diagnostic univoque et rationnel. Personne ne sait ce qui se passe, d’où ça vient, ni pourquoi ces soulèvements telle une métastase, se généralisent et frappent en même temps dans plusieurs endroits de la planète.
Si à Hong Kong ou en Catalogne, c’est le statut administratif qui est en question, au Liban ou en Algérie, c’est le système politique qui est mis à l’index. La rue réclame un changement radical des équipes en place et des modes de gouvernance, jugés incompatibles avec les revendications d’une jeunesse qui aspire à un monde meilleur.
Dans certains pays comme le Soudan, les révoltes ont eu un lendemain réjouissant avec une transition politique qui a même valu un prix Nobel à ses instigateurs.    
Dans d’autres pays comme la France, la crise des Gilets Jaunes semble s’essouffler mais sans conséquences politiques concrètes jusqu’à présent. Elle a surtout mis à rude épreuve les forces de l’ordre et livré au monde l’image d’un pays où les réformes sont devenues difficiles à réaliser. Autre conséquence de cette vague de protestation à tout-va, la montée du populisme,  la perte de confiance en la chose politique et en les institutions et l’incapacité avérée des instruments de médiation (syndicats, partis, groupements professionnels) à trouver des alternatives et à contenir la colère publique.
Le manque d’enthousiasme pour la vie politique, particulièrement auprès des jeunes, s’est largement manifesté lors des dernières élections européennes. Dans l'ensemble de l'Europe, et notamment à l'Est, les populistes de tous bords, reflétant la remise en cause des clivages traditionnels entre droite et gauche, progressent et gouvernent. Ils pèsent aujourd’hui de tout leur poids sur les politiques européennes, notamment en matière migratoire.
Ce déclin de la politique trouve aujourd’hui son prolongement dans la rue. Les formes de contestation actuelles, aussi pacifiques soient-elles, ont des conséquences dévastatrices sur la stabilité des pays, leur économie ou leur réputation. En Irak, on dénombre déjà plus de 150 morts suite aux émeutes sociales, sans compter les conséquences de la déliquescence générale de l'État, miné par  la guerre, le terrorisme, la division.

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