Lumière sur le côté ténébreux du Web

Par Zakaria Belabbes
Le Dark Web est un véritable havre de paix pour les activités illicites ©DR
Le Dark Web est un véritable havre de paix pour les activités illicites ©DR
Activités illégales – trafic de drogue, d’armes, de fausses identités… – ou sites d’échange d’informations secrètes et censurées, le “ dark web” fait parler de lui, entraînant en même temps interrogations et fantasmes sur ce que l’on peut y trouver, et la façon dont l’on peut s’y rendre, mais surtout l'attitude des Etats qui laissent prospérer ce côté obscur de l'Internet. L'article est à vocation informative, il ne s’agit pas d’inciter nos lecteurs à exercer des activités illicites via le dark web.

L’expression séduit : “dark web”. Elle désigne un ensemble de réseaux numériques qui abrite un contenu numérique caché auquel les internautes peuvent accéder en utilisant un navigateur spécial, comme le définit l’ouvrage anglais “A l’intérieur du dark web” (Inside the dark web), écrit conjointement par Erdal Ozkaya et Rafiqul Islam. 

Ce côté obscur du web cache aussi l'adresse web et les emplacements des serveurs, formant malheureusement un véritable havre de paix pour les personnes mal intentionnées qui s’adonnent aux activités illicites. On y trouve aussi bien des trafics de stupéfiants, d'armes et d'explosifs, des services de falsifications d'identité… que des sites proposant la manière d’exécuter certains crimes crapuleux ou des meurtres prémédités, ou encore d’organiser le trafic d'être humains.

En juin 2019, les autorités françaises ont mis hors ligne le forum “French Deep Web-Market” (FDW-M), “la plus importante plateforme du dark web francophone”, après le démantèlement, une année auparavant du forum “Black Hand”. Ce sont des opérations d’envergure menées contre des réseaux qui prospèrent à l’abri du dark web, une partie de l’Internet qui inclut des sites cryptés et cachés au sein du deep web. En effet, il ne faut pas confondre les deux, car le deep web désigne une partie invisible de l’information en ligne, non -indexée par les moteurs de recherche, comme des bases de données, des sites privés…

Un accès plutôt facile à l’anonymat

 

Le principal passage vers le dark web est fourni par un navigateur spécial conçu pour accéder au réseau d’anonymisation formé de nœuds dans le monde entier et à travers lequel les connexions Internet sont transmises.

“Toutes les personnes qui ont été impliquées dans la conception des navigateurs anonymes sont unies par une conviction commune: les internautes devraient avoir un accès privé à un site Web non censuré”, lit-on dans le site officiel de l’un des navigateurs anonymes, où l’on peut le télécharger gratuitement.

Par conséquent, le moyen le plus simple de parcourir les pages du dark web est d’installer un navigateur spécial autre que Chrome, Mozilla ou Firefox, considérés comme des navigateurs standards du “surface” web. Les URLs du dark web se terminent par le suffixe “.onion”. Contrairement aux sites “web.com”, les URL “onion” sont usuellement complexes et difficiles à retenir, et modifient souvent leurs adresse afin d’éviter la détection et conserver l’anonymat.

La plupart des experts en informatique recommandent d’installer un VPN (réseau virtuel privé) en plus d'un navigateur spécial pour aller sur le dark web. De cette manière, le trafic web est acheminé via un tunnel sécurisé entre le PC et Internet, protégeant contre les interférences, l'espionnage et la censure, avant de passer par le réseau anonyme et d’atteindre enfin sa destination. Avec cette méthode, ni le gouvernement ni le fournisseur d’accès à Internet ne verront l’activité effectuée par l’utilisateur et ne sauront qu’il est sur un réseau anonyme.

Peut-on vraiment embaucher un tueur à gage sur le dark web?

 

Autre que les crimes cybernétiques (voir encadré), plusieurs sites “onion” proposent de commettre des meurtres réels et de sang-froid contre une rémunération. Une simple recherche sur le moteur privé d’un navigateur anonyme nous liste quelques exemples : “The Internet Killers”, considéré comme l’un des meilleurs (malheureusement) sites criminels avec ses prix compétitifs pour éliminer une cible dans une durée maximum de 15 jours; “Mexican Hitmen”, qui opère dans plusieurs pays et dispose d’un système crypté de communication; ou encore “Hitman Connect”, qui offre ses services pour des prix plutôt élevés.

Cependant, un article publié par Nathaniel Popper dans le New York Times, en mars dernier, suggère que “ces sites ne sont que des escroqueries, alors que les gens qui veulent voir des personnes éliminées ne sont pas à l’écoute”.  

“Si ces sites proposent de ruiner la vie des gens avec plus d'options, par exemple une attaque à l’acide à 2000 $, ou un meurtre par torture qui coûte 50.000 dollars, il ne faut pas s’attendre à ce que le travail soit fait”, révèle le journaliste américain, notant que “les experts et les forces de l'ordre qui ont étudié ces sites sur le dark web, confirment qu'il s'agit d'arnaques. Aucun meurtre connu n’a été attribué à aucun d’entre eux”.

Le côté illégitime mais aussi légitime du dark web

 

Mais les choses sont un peu différentes pour les autres crimes organisés. “Il fut un temps où 17% de tous les sites du dark web étaient destinés aux adultes permettant d'accéder à la pornographie mais aussi au trafic des êtres humains”, relèvent Ozkaya et Islam, notant qu’“en 2014, des rapports ont fait état de 2,5 millions de personnes victimes de traite via le dark web et même le web visible”.

Le trafic d’armes est également concerné. Des activités terroristes telles que les attentats de Paris ont été menées en utilisant des armes achetées sur le dark web, selon le Journal français “Le Figaro”. Ces activités criminelles remettent en question la légitimité d’existence du dark web et interpellent sur l’attitude des Etats qui laissent ce côté obscur de l’Internet exister. Une réflexion assez intéressante qui a même fait l’objet d’un livre écrit par Robert W. Gehl qui a mis en évidence le côté illégitime du dark web (drogue, trafic d’armes, cartes de crédit volées), mais également, celui légitime, comme “le système d'alerte anonyme du New York Times et l'utilisation du cryptage par des dissidents politiques”. 

Dans son livre “Tisser le dark web” (Weaving the Dark Web), Gehl utilise le concept de légitimité comme une nouvelle fenêtre pour analyser le dark web, et plaide pour la valeur du “discours politique anonyme à une époque de surveillance omniprésente”. “Si nous fermons le dark web, nous perdons un canal précieux pour la dissidence”, souligne Gehl dans son ouvrage anglais publié en 2018.

 

Il est alors important de prendre connaissance de ce côté obscur du Web qui contient principalement des activités illicites, et qu’il est facile d’accéder à chaque activité et devenir un acteur de ce trafic inconnu. Il semble que c’est la conscience, dans ces cas, qui joue le rôle d'une instance de jugement pour justifier les positions éthiques adoptées, ou plutôt choisir entre le bien et le mal.