M. Laenser: ‘‘Le MP n’est pas un parti de notables’’

Par Meriem Rkiouak
Mohand Laenser, secrétaire général du parti du Mouvement populaire (MP) ©MAP/Khaoula Elassadi
Mohand Laenser, secrétaire général du parti du Mouvement populaire (MP) ©MAP/Khaoula Elassadi
Sans tabou ni complexe, Mohand Laenser passe en revue, dans cet entretien à BAB magazine, l’état des lieux du parti de l'Épi, le “défi” de la relève, l’ouverture sur les jeunes et le positionnement du MP au sein de la coalition gouvernementale.

BAB: Quand on parle des problématiques et des dysfonctionnements de notre paysage politique, le parti du Mouvement populaire est souvent critiqué sur la question de la relève, du renouvellement des élites. Qu’en dites-vous ?

Mohand Laenser: Le Mouvement Populaire, comme tous les grands partis historiques, ne manque pas de compétences. Ensuite, il a été l’un des premiers partis à avoir, en 2013, amendé ses statuts pour les mettre en conformité avec la nouvelle loi sur les partis politiques et à avoir limité le nombre de mandats du Secrétaire général. Lors du dernier congrès de 2018, j’avais exprimé le souhait de me retirer, même si les dispositions statutaires me permettaient de briguer un nouveau mandat. Plusieurs candidats potentiels, compétents et sérieux, ont montré leur intérêt à se présenter aux élections. Cependant, la grande majorité des militants du MP ont estimé qu’il était préférable de me reconduire pour garantir la cohésion du parti et donner le temps aux candidats qui le souhaitent de se préparer. Pour certains observateurs, le MP renvoie l’image d’un “parti de notables” fondé sur des alliances quasi-tribales. Que fait le parti pour, justement, rompre avec cette image, promouvoir la démocratie interne et s’ouvrir davantage sur les jeunes compétences ?

Cette image est complètement fausse. D’abord, l’attachement tribal s’est fortement dilué en raison de la forte mobilité des populations et de l’évolution que connaît le pays. Cela est également valable pour les notabilités qui jouent de moins en moins le rôle de leaders d’opinion. Ceci étant, le MP n’a aucun complexe à mobiliser le peu de notables qui demeurent car nous estimons que ces personnalités jouent un rôle important dans la stabilité du pays.
S’agissant de la démocratie interne, je pense que le MP n’a aucune leçon à recevoir, puisque, depuis 2014, ce sont les urnes qui tranchent, même lorsqu’il n’y a qu’un candidat unique. Ce sont encore les urnes qui ont départagé, en 2018, les candidats au poste de SG et les membres du Bureau politique.

Dès sa création en 1957 par Mahjoubi Ahardane, le MP a fait du développement du monde rural et de la promotion de la culture amazighe ses chevaux de bataille. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le parti a-t-il réussi, 60 ans après, à garder ses valeurs fondatrices tout en s’inscrivant dans l’air du temps ?

Ces deux principes de base, érigés par le MP en valeurs fondamentales de son action politique, demeurent encore aujourd’hui nos “chevaux de bataille”.
Nous sommes heureux de constater qu’aujourd’hui, il n’y a pas un parti politique qui ne défend pas ces principes, même si c’est à contre-cœur pour certains.
S’agissant du bilan, 60 ans après, force est de reconnaître que malgré son combat, le MP reste encore fortement mobilisé car s’il y a quelques avancées, beaucoup reste à faire, que ce soit en matière de développement rural ou d’application des dispositions de la Constitution qui a hissé l’amazighe au rang de langue officielle.

S’agissant de la place du MP dans le gouvernement, certains observateurs trouvent que le parti est un peu “effacé” en comparaison avec d’autres composantes de la coalition. Qu’en pensez-vous et comment évaluez-vous l'homogénéité et la cohésion de la coalition gouvernementale à laquelle vous prenez part ?

M. Laenser accordant un entretien à BAB magazine ©MAP/Khaoula Elassadi
M. Laenser accordant un entretien à BAB magazine ©MAP/Khaoula Elassadi

Le Mouvement Populaire, nous le disons et notre action en 60 ans l’a démontré, est un parti qui met au-dessus de tout l’intérêt du pays. Ses ministres et ses parlementaires ont toujours fait leur travail consciencieusement sans remous. C’est cet intérêt suprême de la nation qui a fait que nous avons accepté, quelques fois, une représentation qui ne reflète pas notre poids politique. De même que nous sommes le parti qui n’a pas de complexe à faire appel à des compétences externes quand les départements que nous sommes appelés à gérer exigent des profils spécifiques. S’agissant de la cohésion du gouvernement, il faut reconnaître qu’on ne peut pas faire mieux dans une coalition de six partis représentant des sensibilités différentes.

Votre élection à la tête du Conseil régional de Fès-Meknès n’a-t-elle pas laissé un vide, affecté en quelque sorte l’action du parti ?

Il est exact que la présidence d’une région demande une présence et un travail assidu. C’est plus ardu que la participation au gouvernement, ne serait-ce que par les déplacements fréquents entre le siège de la région et le siège du parti. Cependant, avec les changements introduits dans les statuts du parti lors du 13ème congrès, un certain nombre de tâches sont déléguées aux membres du Bureau politique, ce qui allège un peu la charge du Secrétaire général.

Quelle est la feuille de route du parti pour se préparer aux prochaines élections qui auront lieu en 2021 ?

Pour le moment, nous sommes en train de parachever l’organisation de nos structures. Après le congrès organisé en septembre 2018, nous venons de tenir les congrès de l’Association des Femmes harakies et de la Jeunesse harakie.
Nous allons poursuivre le renouvellement des structures régionales et provinciales que nous avons déjà entamé. De même, il est prévu de remobiliser nos parlementaires et nos conseillers élus qui sont au plus près des attentes des citoyens. Au niveau central, un certain nombre de comités travaillent sur les programmes du parti et sur l’évaluation des textes régissant les élections. Tout cela devrait nous permettre d’affronter les prochaines élections dans les meilleures conditions.

 

 

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