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Mahi Binebine: Couleurs, contraste et blessures

Portrait chinois par Mohamed Aswab


D'emblée, faire un portrait chinois de l’artiste-peintre et écrivain Mahi Binebine n’est pas chose aisée. Difficile de déceler des traits de caractère ou des préférences toujours pas très connus de cet artiste. En mots, en lettres ou en pinceau, Mahi Binebine semble avoir tout dit de lui. A coeur ouvert, il a déjà retracé son passé et présenté son présent, tout en voyant venir son avenir. Mais notre artiste s’est prêté, tout de même, au jeu du portrait chinois. Sans trop intellectualiser et en toute spontanéité, pour dire ce qu’il croit savoir de lui. Et pour commencer, Mahi Binebine est un enfant du peuple, un vrai natif de Marrakech, ville où il a choisi de vivre en attendant de passer sa retraite (peu probable) à Essaouira. En guise de sport, il préfère le football. Comme plat, il se délecte d’un tajine aux cardons et olives amères ou de spaghettis carbonara, préparés par ses soins. Et s’il dit adorer la langue française, c’est parce qu’il est pragmatique, elle “lui permet de gagner sa vie”, confie-t- il. Autant de goûts simples, qui font de Binebine un homme proche de son environnement.


Par ailleurs, notre artiste s’est suffisamment nourri de l’art, mais aussi des maths, lui ancien professeur, pour développer un sens du contraste. Il voit dans la lumière son côté obscur et voit jaillir des brouillards noirâtres des lueurs de clarté. Il préfère comme film “Sunset Boulevard” , un film noir américain sorti sur les écrans en 1950, parce qu’il mêle drame et humour noir. Côté saisons, M. Binebine n’a aucune préférence. Les quatre saisons tranchées l’inspirent, bien que c’est l’été indien, le petit soleil radouci, après les premières gelées de l’automne et juste avant l’hiver, qui fait son être.

Et en guise de livre, M. Binebine se nourrit de la “faim” de l’écrivain norvégien Knut Hamsun, publié dans sa version définitive en 1890. Une histoire faite et des fantaisies du personnage principal et des excès de colère ou de joie inexplicables. Tout est contraste. D’ailleurs, les oeuvres de notre artiste sont faits des extrêmes. Il croit en l’homme tout en étant pleinement conscient de la part d’ombre en lui.
Contraste, mais aussi blessures. notre artiste se ressource de cette blessure “
où meurt la mer comme un chagrin de chair; où va la vie germer dans le désert”, comme dirait Léo Ferré, chanteur préféré de M. Binebine. Une blessure dont a beaucoup parlé notre artiste dans ses écrits et qui façonne sa liberté. S’il vit sur les traces des premiers pas de l’homme sur la lune c’est pour se ressourcer de ce dont l’homme est capable. “Les humains, s’ils ne se détruisent pas, ils peuvent aller loin”, dit-il. Et il est ébloui par le personnage de Nelson Mandela, l’avocat non-violent qui a fait tomber les lois de l’Apartheid. En lettres, en tableaux et en d’autres formes d’expression artistique, notamment la guitare, qu’il joue depuis son enfance, Binebine croque sa liberté, intelligemment, à pleines dents.