Mamans connectées: ‘‘Jamais sans ma communauté 2.0 !’’

Par Dounia Alexandra Chakir
Mamans 2.0 ©DR
Mamans 2.0 ©DR
Être maman est un “métier” spécial à plein temps. Heureusement que la technologie est là pour faciliter la vie aux futures mères. Applications, sites et groupes de discussion se chargent de “coacher” les candidates à ce “métier”. Décryptage.

Les femmes marocaines de 2021 sont bien différentes de celles des années 2000 et 90. Non seulement sont-elles en moyenne plus instruites (un taux d’analphabétisme de 42,1% en 2014 contre 67,4% en 1994, selon le HCP), mais elles ont aussi à leur disposition toute une panoplie de gadgets et d’outils technologiques qui ont révolutionné leur vie.

Par conséquent, les femmes d’aujourd’hui gèrent les questions de maternité bien différemment que leurs propres mamans d’il y a 20 ans.

L’histoire de Sara, “la maman 2.0” ou encore “la maman connectée”, commence bien avant qu’elle ne mette au monde son premier loulou. En effet, dès qu’elle ressent le désir de procréer, elle télécharge l’une des dizaines d’applications disponibles pour le suivi de son cycle menstruel. Ces applications comme “Flo”, “Eve”, “Glow”, “Clue”…, permettent, entre autres, de connaître sa période de fécondité, le jour de l’ovulation et les jours de menstruations. Rien de plus simple pour maximiser ses chances de tomber enceinte (ou encore de les minimiser pour certaines).

Ensuite, dès que le test de grossesse se révèle positif, notre future maman connectée est déjà (“wait for it”)... connectée. Elle remplace l’app de suivi du cycle menstruel par une autre qui se charge du suivi de grossesse. Ici encore, il y a de la concurrence entre les développeurs... “BabyCenter”, “9mois et moi”, “BabyTracker”… Ces applications permettent à notre future maman connectée de suivre semaine par semaine l’évolution de son fœtus et lui fournissent des conseils au fur et à mesure que le jour fatidique approche. Entre-temps, Sara commence à s’abonner à des chaînes Youtube et des pages sur Instagram et à rejoindre des groupes Facebook dans lesquels d’autres mamans connectées partagent leurs expériences et donnent des conseils aux novices. Cette dynamique fait que tout ce dont une femme enceinte pourrait avoir besoin a déjà été évalué sur les réseaux sociaux. A savoir : les gynécologues, les cliniques, les articles de puériculture, les marques de vêtements pour grossesse et pour bébé… absolument tout.   

Nous ne pouvons qu’imaginer comment les gynécologues appréhendent cette nouvelle génération de femmes enceintes. En effet, au lieu de venir pour s’informer, Sara vient déjà informée (du moins c’est ce qu’elle croit). Elle a déjà tout entendu au sujet du cerclage, de la toxoplasmose, des grossesses extra utérines, de la péridurale et encore pire, elle sait déjà si elle veut accoucher par voie basse ou par césarienne. 

 

Bébé est là !

 

Sara a accouché et a enfin vécu sa propre version de l’évènement que des centaines de femmes lui ont raconté à travers des publications, podcasts, vlogs ou encore simplement en commentaires.

Elle se retrouve maintenant face à de nouveaux défis qui s’annoncent bien plus difficiles que les précédents, et pour lesquels elle aura doublement besoin du soutien de sa communauté 2.0. Sa maman qui l’avait élevée “au feeling” dans les années 90 quand le lait en poudre et le Cérélac étaient à la mode, ne comprend pas comment sa fille peut se fier à une application (comme “Babymanager” ou encore “Mon allaitement & moi”) pour lui dire combien de fois et à quelle fréquence elle doit allaiter le nouveau-né. Les mamans influenceuses ont déjà tout expliqué à notre “n’fissa”. 

Au lieu de manger les différents mets qu’on lui prépare pour reprendre ses forces, Sara reste scotchée à son téléphone pour tout savoir sur l’emmaillotage de bébé, son cycle de sommeil, les coliques…

Elle doit également préparer le baptême. “No worries!”, elle a déjà chopé quelques idées d’internet pour la présentation idéale des dragées, chocolats et du “s’fouf”; elle s’imagine déjà son “instagrammable” buffet qui sera suivi par une séance photo professionnelle afin d’immortaliser le moment sur la toile. Durant les trois années à venir, Sara dépendra toujours de sa communauté virtuelle et de ses applications. Elle suivra l’évolution de son bout de choux très minutieusement en la comparant avec celle des autres enfants sur les réseaux. Le premier sourire, la première dent, le premier pas, le premier mot…  

Là encore, on retrouve plusieurs applications pour ne surtout pas se perdre; “bébé+” ou encore “Parents 0-3 ans” proposent à la fois un suivi du quotidien et du développement du bébé, un guide ainsi que des outils. Par conséquent, les pédiatres se méfieront à l’image des gynécos de Sara et de ses semblables. Même pour l’alimentation, rien n’est laissé au hasard. Dès que son bébé commence sa diversification, Sara rejoint les groupes Facebook qui partagent les premières recettes à suivre et s’inspire encore une fois de toutes ses influenceuses préférées. Bientôt, Sara fera face à un nouveau défi, l’école. Une année avant d’inscrire bébé en maternelle, elle est déjà à la recherche des meilleures structures. Là encore, elle se perdra dans les avis qu’on retrouve à tort et à travers sur internet, et au final elle ne sera jamais satisfaite à 100%. Au milieu de toutes ces applications, Sara a oublié de consulter la plus importante de toutes, qui est celle du cycle menstruel. Une visite chez le gynéco plus tard, elle reçoit la nouvelle: elle est de nouveau enceinte.. Et rebelote.