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Maristane Sidi Frej à fès: Plus qu’un asile pour simples d’esprits !

Par Morad Khanchouli
Le Maristane Sidi Frej s’apprête à retrouver une seconde vie, dans le cadre du vaste programme de réhabilitation de la Médina de Fès ©MAP
Le Maristane Sidi Frej s’apprête à retrouver une seconde vie, dans le cadre du vaste programme de réhabilitation de la Médina de Fès ©MAP
Construit en 1286 à Fès, le Maristane de Sidi Frej est l’un des premiers asiles psychiatriques au monde. L’histoire de ce lieu, autrefois refuge pour les aliénés, est en passe d’être revivifiée dans le carde du vaste programme de réhabilitation de la médina de Fès.

“Mais de grâce, n’en tenez pas rigueur. Ce n’est qu’un Sidi Frej !’’. Voici une expression qu’on entendrait nulle part qu’au sein des familles fassies ou du moins ce qui en reste dans la cité Idrisside. Celles qui résistent encore aux envies d’ailleurs.
Si Sidi Frej renvoie, dans l’expression, à une personne qui n’a pas toute sa tête ou qui a les fils qui se touchent, elle est en fait assez réductrice.
Simplificatrice d’abord, car elle consacre l’image de stigmatisation et d’exclusion qui colle à la psychiatrie. Elle relègue, ensuite, au second plan le rôle “immense et pionnier’’ qu’a joué le Maristane Sidi Frej dans l’histoire d’une discipline aussi complexe que salvatrice.
Tout a commencé en 1286 (685 de l’hégire), lorsque le Sultan mérinide Abou Youssef Yaacoub décida de construire le Maristane, considéré comme l’un des premiers asiles d’aliénés au monde, si non le premier, selon certains historiens.
Situé au centre de la médina de Fès, près de la place Nejjarine, tout près du mausolée de Moulay Idriss, Sidi Frej est composé d’un rez-de-chaussée avec étage où étaient hospitalisés séparément les hommes et les femmes. Une cour intérieure servant de lieu de promenade aux pensionnaires y a été conçue dans la pure tradition architecturelle andalouse de l’époque. Un bassin central et deux vasques de marbre contenaient une eau, dite miraculeuse, pour les cigognes !
Car, aux côtés des aliénés, malades mentaux, personnes vulnérables ou rejetées par les leurs, le Maristane s’occupait également de certains animaux, dont les cigognes blessées.
Des écrits historiques avancent que la direction de l’établissement a toujours été confiée aux médecins les plus réputés, et sa gestion assurée par un administrateur, sous le contrôle d’un “nadir” des Habous. Outre le financement provenant du trésor de l’Etat, des biens de main-morte (habous) lui furent attachés. Une décision qui relevait, à l’époque, d’une clairvoyance évidente et qui allait assurer son bon fonctionnement, au point d’en faire un exemple.

Une stèle présentant un bref aperçu de l’histoire du Maristane Sidi Frej ©MAP
Une stèle présentant un bref aperçu de l’histoire du Maristane Sidi Frej ©MAP

Le Maristane s’apprête à retrouver une seconde vie

Les récits concordent: Sidi Frej a probablement servi de modèle à la construction du premier hôpital psychiatrique du monde occidental, à Valence en Espagne en 1410. Les plaques apposées en 1993 par l’association marocaine d’histoire de la médecine à l’emplacement du Maristane en attestent.
Un peu plus d’un demi-siècle après sa création, le Sultan Abou Inan agrandit l’édifice, précisément dans les années 1350.
Fin du 15ème siècle, le Maristane fut confié à un médecin nommé Faraj El Khazradji, d’où la dénomination possible de Maristane sidi Frej.
Toutefois, les versions des historiens varient à ce sujet. Si certains attribuent sa dénomination au médecin Sidi Frej, d’autres sont moins catégoriques. Ils l’attribuent surtout au lieu du Maristane qui se situe à Bab Al Faraj (porte du soulagement ou de délivrance).
Ce qui est sûr, c’est que le médecin Faraj El Kharzradji donna une toute autre dimension au Maristane. Il décida qu’à certaines heures, les musiciens jouaient devant les malades pour les faire bénéficier des ressources thérapeutiques de l’époque. Des concerts de musique andalouse auraient continué d’y avoir lieu tous les vendredis, jusqu’au 19ème siècle.
Aujourd’hui, le Maristane s’apprête à retrouver une seconde vie, dans le cadre du vaste programme de réhabilitation de la Médina de Fès.
Ses travaux, qui s’étendront sur 30 mois, devront coûter 17 millions de DH. Ils porteront sur la restauration de la structure de l’asile, mais aussi l’aménagement de l’environnement immédiat (souk el henna) et le transfert des activités existantes vers un nouveau Fondouk à proximité.
Selon l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès (ADER), qui en assure la maitrise d’ouvrage, la réhabilitation du Maristane (1.000 m2) permettra, entre autres, la création d’une unité de soins comprenant des salles d’auscultation, ainsi qu’un musée de médecine traditionnelle, un carrefour de vente de plantes médicinales, une bibliothèque et une salle de conférences.
L’objectif premier de toute l’opération est de faire en sorte que le site puisse retrouver une fonction sanitaire. Une manière de renouer avec le passé du Marisatane, qui aura été pour les Fassis plus qu’un asile pour simples d’esprits !

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