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Mazagan

Rachid Mamouni


Dans l’imaginaire populaire des Marocains, le nom de Mazagan renvoie à une époque trouble de l’histoire du pays. Au commencement, la ville a été érigée sur le littoral atlantique par les Portugais qui étaient au faîte de leur puissance. Elle a changé de noms, par intermittence, à deux reprises. De Mazagan à El Jadida après sa libération par le Sultan Mohammed Ben Abdellah. Elle est redevenue Mazagan sous le protectorat français puis encore El Jadida après l’indépendance.
Pour d’aucuns, ce propos semblerait saugrenu. On serait tenté de s’interroger; mais pourquoi, en ce moment précis, parler de Mazagan (ou Mazagao en portugais) ?
C’est à l’occasion des Rencontres Diplomatiques de l’Agence marocaine de presse que le nom de cette ville a été répété des dizaines de fois aussi bien par le public présent que par les principaux intervenants qu’étaient l’ambassadeur du Brésil à Rabat, M. José Humberto de Brito Cruz,  et la directrice de l’Institut des études hispano-lusophones, Mme Fatiha Benlabbah.
Mazagan a été évoquée comme un trait d’union transatlantique. Un concentré de faisceaux des relations ancestrales entre le Maroc et le Brésil. Et le motif tout indiqué d’un plaidoyer pour faire d’un fait historique inédit le levier d’un lien plus dense et plus étroit entre les deux pays. Brève plongée dans l’histoire : Les milliers d’habitants de la ville occupée par les portugais ont dû déménager à la veille de sa libération par les troupes de Mohammed Ben Abdellah. Après une escale à Lisbonne, ils ont été transférés en Amazonie brésilienne, loin du cœur du pouvoir politique portugais. Leur attachement à leur cité d’origine était tellement fort qu’ils ont érigé une nouvelle Mazagan (Nova Mazagao) en terre sud-américaine. Composée essentiellement de populations portugaise et juive marocaine, les habitants de la nouvelle Mazagan ont reproduit les schémas architecturaux et sociaux de la ville, leurs habitudes et leurs célébrations.
Et c’est probablement cette présence humaine d’origine marocaine qui aurait incité l’empire brésilien de l’époque à nommer au milieu du 19ème siècle un Consul Général à Tanger avant de désigner, en 1906 déjà, le premier ambassadeur brésilien au Royaume chérifien, le Royaume qui était le premier pays africain à reconnaître la jeune république brésilienne.
C’est cette profondeur et cette densité historique des relations entre les deux pays qui a incité l’ambassadeur De Brito Cruz à plaider pour faire du voisinage atlantique, que le Maroc et le Brésil ont en partage, un atout de dynamisation et de rapprochement entre les deux pays.