Meir Ben-Shabbat: ‘‘Longue vie à mon Roi’’, la magie de la darija

Par Imane Brougi
Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale d’Israël ©MAP
Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale d’Israël ©MAP
Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale d’Israël, aura volé la vedette lors de sa visite récemment au Maroc. Sa darija et sa fameuse “Allah Ybarek Faâmar Sidi” devant le Souverain en disent long sur l'attachement des Marocains d'Israël à leur pays d'origine.

A la marocaine ! “Allah Ybarek Faâmar Sidi” (Longue vie à mon Souverain), c’est en ces termes d’allégeance que le conseiller à la sécurité nationale d’Israël, président du Conseil national de sécurité de l’État d’Israël, Meir Ben-Shabbat, dont les parents sont originaires du Maroc, s’est présenté devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Commandeur des Croyants.

Un  moment très émouvant et plein de symbolique. Ses mots, sa posture verbale et non verbale, ses yeux pétillants, sa joie de ces retrouvailles, tant attendues et souhaitées, en disent long… 

Adoptée par les Marocains depuis des siècles pour déclarer leur allégeance au Souverain, le haut responsable israélien, a fait exprès d’utiliser cette formule et de s’exprimer en darija, la langue de ses ancêtres, une façon pour dire haut et fort, qu'il appartient à ce pays multiculturel et pluriel, qui accueille ses enfants à bras ouverts.

Une scène qui résume parfaitement l’attachement indéfectible de la communauté juive marocaine à son pays d'origine et les liens singuliers que Sa Majesté le Roi entretient avec cette communauté vivant au Maroc et partout dans le monde, y compris en Israël.

 

La Darija nous unit !

C'est avec des expressions typiquement marocaines, que seuls les purs Marocains de souche sont susceptibles de comprendre et un ton fier et joyeux de ce retour glorieux aux racines, que Meir Ben-Shabbat, a choisi de s’exprimer devant les caméras du monde entier. Une sorte de glorification de ses origines, de confirmation de ses sentiments de profonde gratitude à l’égard de son pays natal, de nostalgie émotionnelle et d’éloge de ce long chemin parcouru pour arriver à ce moment historique.

“Nos frères marocains, que la paix soit sur vous. Nous remercions Dieu et lui rendons grâce pour cette journée. Je n’ai rien à cacher, tout se lit sur mon visage et sort de mon cœur plein de joie…”, c’est en ces mots touchants en darija, qui vont droit au cœur, que le responsable israélien, a entamé son allocution, lors d'un point de presse à l'issue de la signature, devant SM le Roi, d'une Déclaration Conjointe entre le Maroc, les États-Unis et l’État d’Israël.

La puissance des mots n'est pas à négliger. Ils unissent, guérissent et nourrissent l’amour, la paix et le vivre ensemble. Soudainement, comme si des réserves mutuelles étaient tombées, des barrières se sont évanouies et des passerelles se sont créées.

En effet, le choix de s’exprimer en darija n’était pas anodin, mais bien réfléchi. Il reflète l'amour indéniable qu'il voue à sa mère patrie, ode de diversité culturelle et de tolérance, et fait preuve de son patriotisme inculqué dès l’enfance par ses parents d’origine marocaine.

Cette appartenance jalousement préservée de génération en génération, a été confirmée explicitement dans ces propos, en assurant que les us et coutumes des juifs marocains “se perpétuent” en Israël à travers les générations actuelles.

Le responsable israélien s'est également dit particulièrement touché par cette visite à un pays qui a vu naître son père et ses frères, “ainsi que des milliers de juifs d'origine marocaine”.

Avec son discours en darija Meir Ben-Shabbat, a assurément volé la vedette. Son passage n’est pas passé inaperçu, il a été largement commenté par la presse nationale et internationale et a ému la Toile. 

Une pluie de commentaires sur les réseaux sociaux

Partagée plusieurs fois sur les réseaux sociaux, la vidéo de Meir Ben-Shabbat s’exprimant en dialecte marocain a fait beaucoup réagir. Entre surprise et émerveillement, les internautes ont livré leur verdict.

Sur Facebook, Twitter, Instagram…les commentaires ne manquent pas. “On dirait un pur Marocain de souche, quelle maîtrise de darija, il connaît nos expressions les plus courantes et populaires”, lance Adil en commentaire.

“A travers l’histoire, le Maroc a toujours accordé une attention particulière à son affluent hébraïque”, écrit pour sa part Ali, qui n’est guère étonné de ce rapprochement. “Les liens séculaires entre les juifs et le Royaume, sont une réalité indéniable, notre  héritage culturel et identitaire commun, en témoigne”, estime-t-il.

Nostalgique au passé commun, Khalid, un soixantenaire de Fès se rappelle de la belle époque. “Musulmans et juifs, vivaient ensemble dans la paix et la sérénité dans le mellah (quartier juif), leur départ a été un coup dur pour nous tous”, dit-il, ajoutant “qu'ils sont une partie intégrante de notre histoire”.

De l'autre côté, les juifs marocains se sont réjouis de la normalisation de ces relations et se sont montrés impatients de retourner voir le pays de leurs ancêtres. Mardi 22 décembre a été un jour de fête.

Sur la page “Israël parle en arabe”, ce constat a été confirmé, à travers des témoignages qui corroborent les faits.

“Une joie difficile à décrire, ce jour restera gravé à jamais dans ma mémoire”, relève une Israélienne d’origine marocaine.

“En dépit de la distance géographique, notre cher Maroc est dans nos  cœurs. Nos coutumes, traditions, notre gastronomie, musique… en disent beaucoup sur d’où on vient”, indique-t-elle, ajoutant que les juifs marocains sont connus par leur attachement à leur pays d’origine et veillent à inculquer la langue de leurs parents aux générations montantes.

“Ma mère et mon père viennent du Maroc, ils sont nés là-bas tout comme mon grand-père”, indique-t-elle, se disant impatiente de se rendre au Maroc suite au lancement des vols directs entre le Maroc et Israël.

Tant de souvenirs et d’histoires racontées sur ce passé commun et ce Maroc qui unit. Il est indéniable qu’un lien particulier continue de lier les juifs au Royaume.

Sur les pas de Meir Ben-Shabbat, le ministre israélien de l’Economie, Amir Amon Peretz, a adressé, à son tour, un message de paix aux Marocains. En darija bien sûr.

Dans un message diffusé sur Youtube, ce natif de Bejaâd s'est félicité grandement du rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. “C’est un rêve qui devient une réalité”, dit-il avec émotion.

“Le pays où je suis né et d’où ma famille est originaire, mes racines et ma culture ont rétabli des relations diplomatiques complètes avec le pays qui est ma patrie, le lieu où je me bats pour avoir un lieu de paix et de solidarité”, écrit-il également sur sa page Facebook.

 

À la Une des journaux

Sans grande surprise, les propos de Meir Ben Shabbat en darija ont fait beaucoup parler les médias. Au lendemain de la visite de haut niveau de la délégation américano-israélienne au Maroc, les Unes des journaux nationaux et internationaux ont largement commenté cette décision “historique”.

Ainsi, sur le plan national, “L’Opinion” rapporte que Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale et chef d’état-major de la sécurité nationale d’Israël, s’est présenté devant SM le Roi selon les règles et usages propres aux Marocains.

“Juste à côté, Jared Kushner, gendre et conseiller du président sortant des Etats-Unis, Donald Trump, se faisait traduire les propos échangés en darija entre le responsable israélien et le Souverain. Cette scène résume parfaitement la spécificité des relations entre les Musulmans et Juifs marocains”, relève la publication.

Dans la même veine, “L’Observateur du Maroc et d'Afrique” écrit que le fait qu’un haut responsable israélien fasse allégeance à SM le Roi devant les caméras du monde entier, n’est que la continuité de cette histoire éternelle. Le Maroc s’est construit sur sa diversité avec la monarchie, socle unificateur.

Et de poursuivre “Mais au-delà, cela signifie que les retrouvailles sont facilitées par le poids de l’Histoire. Les juifs marocains se considèrent marocains là où ils vivent. En considérant que la nationalité est inaliénable, le droit consacre ce fait. Juifs, arabes, amazighs, nous avons vécu ensemble depuis des siècles”.

Toujours sur ce sujet, “Le360”, indique que c’est  en Darija que Meir Ben Shabat a exprimé sa gratitude à SM le Roi Mohammed VI, notant que les images diffusées sur les chaînes de télévision montrent Meir Ben-Shabbat parlant couramment la darija, visiblement très attaché à ses origines marocaines.

Dans l’autre rive, la presse internationale n'est pas restée indifférente. Dans ce sens, “France 24” rapporte que dans les rues de Jérusalem, l'annonce a créé la surprise chez les juifs marocains, qui représentent quelque 800 000 personnes, soit près d'un dixième de la population israélienne. Une communauté qui a gardé des liens indéfectibles avec le royaume chérifien.

Quant au “Courrier International”, il écrit que les mots “shalom”, “la paix”, en hébreu, et “Maroc” figurent en grosses lettres à la une de tous les journaux en Israël après l’annonce, la veille, de la normalisation des relations entre le royaume chérifien et Israël, relevant que la joie a été particulièrement forte au sein de la très grande communauté juive originaire du Maroc, qui compte des centaines de milliers de personnes et dont sont issus pas moins de dix ministres au sein du gouvernement.

Par ailleurs, “TimeofIsrael” est revenu en détail sur la visite de haut niveau de la délégation américano-israélienne au Maroc.Le journal a ainsi fait part de l’attachement de nombreux immigrants de deuxième et troisième générations du Maroc, qui vivent en Israël, à la croyance en l’héritage de leurs pères.

Si sous d’autres cieux, la religion est instrumentalisée pour diviser, rejeter et alimenter la haine, au Royaume, elle a toujours été un facteur de paix. Comme un bon père de famille qui ne fait pas de différence entre ses enfants, le Maroc se veut un exemple unique dans la région. Cette longue séparation n’a d’ores et déjà plus aucune signification que celle d’une parenthèse.