Aller au contenu principal

Musée du parfum à Marrakech: Des fragrances immortalisées !

Par Boutaina Rafik
Ce musée est omposé de plusieurs salles retraçant les différentes étapes de création des parfums©MAP/Mounir El Ayyouchi
Ce musée est omposé de plusieurs salles retraçant les différentes étapes de création des parfums©MAP/Mounir El Ayyouchi
A Marrakech, le musée du parfum est une expérience unique. Visiter cet endroit permet non seulement de découvrir l'univers des fragrances et de s'initier aux étapes de transformation des matières premières rentrant dans la composition des parfums, mais aussi de créer son propre parfum ! En effet, ce riad à l'architecture attrayante et à l'accueil chaleureux est la seule adresse au Maroc spécialisée dans la création de parfums sur mesure. Reportage.

Des senteurs d’encens, de rose et de cannelle accueillent et accompagnent avec bienveillance des dizaines de touristes émerveillés par la magie du lieu. Ce Riad du XIXème siècle, situé dans l’ancienne médina de Marrakech fait office de musée du Parfum.
A l’entrée, Amina, une femme passionnée et souriante, reçoit les visiteurs et fournit les explications nécessaires. Amina est une petite dame pleine d’énergie. Son sourire, son accent Marrakchi et sa dynamique reflètent sa passion pour l’univers dans lequel elle passe une grande partie de sa journée. Ensuite, elle les accompagne dans les différentes salles du Riad. Par moments, ses mains effleurent les plantes sur le patio. Ce geste doux et tendre s’accompagne d’un sourire qui laisse échapper sa satisfaction quand les plantes se portent bien et d'un rictus quand elles sont fanées !
“Je reçois des dizaines de touristes dans la même journée. Parfois, ils veulent tous créer leur propre parfum et je dois les accompagner. Mais je ne m’ennuis jamais, chaque personne est différente et chaque fragrance est unique”, confie-t-elle.
Amina, en guide exceptionnel, fait plonger ses visiteurs dans une expérience singulière dans un univers unique au Maroc dont seule la ville ocre semble avoir le secret. Tout un processus de création et d'imagination couronné par la réalisation d'une fragrance unique qui reflète les désirs olfactifs des individus, les renvoie à des souvenirs enfouis dans les entrailles de la mémoire et traduit leurs émotions.  
Tout au long de cette visite, il est impossible de rater la splendeur architecturale du Riad, restauré par le propriétaire, ce qui ajoute une touche mystique et 100% marocaine au musée. Composé de plusieurs salles retraçant les différentes étapes de transformation des matières premières rentrant dans la composition des parfums, des cosmétiques et des produits de soins du corps et du bien-être et d’un grand patio traditionnel aux traits épurés et aux tons colorés, entourés d’orangers et de plantes, le Riad est un espace chaleureux et accueillant.
Sur le mur du patio, une citation de Marcel Proust sert de devise au musée: “Le parfum reste la forme la plus tenace du souvenir”, un souvenir de la ville, de ses odeurs et de sa splendeur. Seule adresse au Maroc spécialisée dans la création de parfums sur mesure, le musée accueille plusieurs touristes qui viennent jouer à l’apprenti parfumeur.

Amina, une passionnée des fragrances, fournit les explications aux visiteurs sur le lieu et les accompagne pour confectionner leur  propre parfum - ©MAP/Mounir El Ayyouchi
Amina, une passionnée des fragrances, fournit les explications aux visiteurs sur le lieu et les accompagne pour confectionner leur  propre parfum - ©MAP/Mounir El Ayyouchi


Le matériel indispensable ? Deux à trois flacons, un orgue d’arômes… Et surtout beaucoup d’envie, une once d'imagination et un sens de curiosité
aiguë.
Les multiples arrêts que fait Amina dans les différentes salles sont ponctués par des explications. A la fois guide et spécialiste passionnée, elle utilise un langage emprunté à l’univers de la musique et de la gastronomie, elle parle de notes, d’accords et d’orgue, mais aussi d’arômes, de recettes et de glaçage. Elle accompagne chaque personne dans cette immersion. “Les salles, majoritairement sombres, permettent aux visiteurs de se concentrer sur l’olfactif, puis vient ensuite le visuel pour lire les différentes descriptions de chaque arôme”, explique Amina qui initie les apprentis à la réalisation de leur fragrance originale, reflet de leur personnalité tout aussi unique.
Après la naissance du parfum, elle note la composition de la fragrance dans un registre au côté de son nom, de celui de l’apprenti parfumeur et de sa nationalité. Si le parfum la séduit elle ajoute un petit coeur en signe de félicitation. “Je ne peux pas reprendre la même composition, mais je peux toujours exprimer mon appréciation”, explique-t-elle, un large sourire égayant son visage.

Un parfum, une idée… Puis un musée

Abderrazzak Benchaâbane, propriétaire du musée, a eu l’idée de créer ce lieu en suivant le conseil d’Yves Saint Laurent. “ J’ai rénové les jardins Majorelle et Yves Saint Laurent m’avait demandé de créer un parfum propre et unique pour les jardins. La fragrance a eu du succès et le propriétaire des jardins me recommanda de me lancer dans une carrière de parfumeur. Si ce parfum m’a plu, m’a-t-il dit, je ne vois aucune raison pour que les autres ne l’aiment pas”, raconte à BAB ce parfumeur d'un genre particulier. M. Benchaâbane trouva l’expérience fortement stimulante. Rencontré au musée du parfum, le parfumeur explique que “ces parfums alliant préparations traditionnelles, arômes naturelles et connaissances scientifiques rendent hommage au parfumeur et au riche héritage marocain et
oriental”. En 2004, l’ethnobotaniste créa le parfum “Soir de Marrakech” qui a intégré en 2013 l’osmothèque de Versailles, considéré comme l'unique conservatoire traçant l’histoire de la parfumerie, . “On ne consacre pas uniquement le parfumeur, mais aussi Marrakech”, affirme M. Benchaâbane, pointant que le produit de luxe marocain a parfaitement sa place à l’international.

Une démarche de connaisseurs

Le musée du parfum est un laboratoire ouvert aux regards sur le métier de parfumeur, où chaque individu est livré à un jeu, a priori ludique mais surtout très délicat. Une forme de portrait chinois dont la principale question serait: Si vous étiez un parfum, seriez-vous plutôt sucré ou boisé ? Seriez-vous davantage léger ou capiteux ?
L’apprenti est initié à l'orgue à parfum. Plusieurs flacons contenant matières premières et fragrances. Difficile d’ailleurs de résister à l’envie de les effleurer, de les ouvrir, de les humer. Et puis on se lance ! “Le b.a-ba à connaître est la pyramide des parfums qui classe les essences selon leur comportement volatil. Il y a d’abord les notes de tête, celles qui s’échappent du flacon, celles que l’on sent en premier dans un parfum. Viennent ensuite les notes de cœur, qui subsistent généralement quelques heures. Puis, enfin, les notes de fond qui révèlent la véritable identité du parfum”, confie à BAB
Amina. Rappelant la “madeleine de Proust”, le musée du parfum permet aux visiteurs de plonger dans les souvenirs. Pour nombre de touristes, le plus dur est de savoir – et de savoir dire – ce qu’ils recherchent. Que souhaitent-ils raconter avec ce parfum intime qui n’appartiendra qu’à eux ?
Le musée est également un lieu d’histoire et d’anecdotes. “Un couple d’étrangers est venu pour confectionner son parfum. L’homme qui commença le premier, à la suite d’un tirage au sort, nomma le parfum du prénom de sa femme en signe d’amour. A son tour, la femme confectionna son propre parfum… Et l’appela du nom de son chien”, nous raconte Amina dans un éclat de rires en se rappelant la frustration du mari.
A la fin de cette expérience, les visiteurs sortent avec leurs flacons arborant des sourires et un éclat dans les yeux après cette merveilleuse aventure olfactive. Parmi cette foule joyeuse, un touriste se retourne vers M. Benchâabane et lui lance sur un ton amical: “Félicitations M. Benchâabane, vous êtes immortalisé !”

Étiquettes