Muslim, un Bad Boy engagé

Portrait chinois Par Mohamed Aswab
Mohamed Aswab
Mohamed Aswab

Les apparences sont trompeuses, dit -on. Dans le cas de Mohammed El Hadi Mzouri, alias “Muslim”, elles sont à moitié révélatrices de la personnalité de ce rappeur. Ne croyez pas trop aux traits de caractère que dégagent les “regards du loup” de Muslim. Les réponses de Mohammed El Mzouri à BAB disent autre chose. En effet, notre interlocuteur cultive une dualité soigneusement dosée par un artiste engagé. Il est un peu de tout, au point de sombrer dans le paradoxe. Cet “un tout” nécessaire pour faire un monde. Il s'inspire du “pain nu”, ce récit autobiographique de Mohamed Choukr, tout en préférant comme plat les pavés de saumon grillés sauce blanche ! Il voue un amour particulier à l'été, saison de plein soleil, tout en préférant la couleur noire, sans trop s'attacher à ses significations communément admises. Il est fier de son appartenance à Tanger, sa ville natale, au Maroc, son ancrage et à l'Afrique, continent des ancêtres lointains, tout en vouant un amour à l'anglais, une langue universelle et  d'ouverture sur l'Autre.
Cet aspect dualiste se manifeste également dans les choix artistiques. Il a chanté chaleureusement et en différentes langues l'amour profonde de sa mère (“Mama” qui a fait plus de 73 millions de vues sur youtube), tout en affichant les traits d'un Bad Boy qui met au défi ses ennemis, ses détracteurs (“Ch3andek” sorti fin avril). S'il aime le film américain “Le Parrain” (The Godfather), c'est parce que le monde de marginaux et hors la loi, régis tout de même par un code d'honneur, le fascine. Bagarreur -Sa carapace se manifeste dans son look et sa musculature- notre rappeur est aussi au fond un homme jovial. Sa chanson préférée est “Dahek” (Bonne humeur), un opus qu'il a sorti en 2015.  Donc dualité, mais aussi un révolté. Muslim, ses réponses -et chansons- le disent, est un artiste engagé épris de liberté et d'émancipation. Il se ressource du “18 novembre”, date de célébration de l'indépendance du Maroc. Il voue également un respect profond au boxeur Mohammed Ali, “The Greatest”, un militant contre la discrimination raciale et qui trois ans après avoir remporté le championnat du monde des poids lourds, en 1967, est emprisonné pour son refus d'être enrôlé dans l'armée américaine par opposition à la guerre du Vietnam. Muslim s'identifie également à Tupac Amaru Shakur, considéré comme l'un des plus grands rappeurs de tous les temps et un artiste engagé dont la plupart des chansons parlent d'une enfance issue de la violence, de la misère dans les ghettos, du racisme, des problèmes de société. D'ailleurs, dans ses chansons, Muslim ne cesse de pointer du doigt les maux de la société, aspirant à un Maroc meilleur. L'une de ses dernières chansons “Aji M3aya” (Viens avec moi) c'est justement pour mettre la lumière sur la souffrance, la pauvreté, la désolation, et bien d'autres choses...

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