Nasser Bourita: le couteau suisse de la diplomatie marocaine

Par Adil Zaari Jabiri
Nasser Bourita ©MAP
Nasser Bourita ©MAP
Grâce à son humilité, son sens de précision et d’efficacité, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, est le visage d’une nouvelle diplomatie marocaine. Une diplomatie plus dynamique, plus entreprenante, plus ferme et plus offensive.

Diplomatie et franc-parler ne font pas bon ménage, mais chez notre jeune ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ces deux traits de caractère semblent bien cohabiter. 

Bien plus, ce haut commis de l'État ayant préféré l’escalier à l’ascenseur social pour gravir les échelons au sein de son département par la force du travail, la détermination et la ténacité, sait où et quand manier le verbe ferme et où et quand étaler son humour pince-sans-rire.

 

Quand la méritocratie récompense un diplomate de carrière 

 

Fin connaisseur des dossiers, Nasser Bourita est le premier diplomate de carrière ayant été propulsé au sommet de ce ministère de souveraineté. Après des responsabilités à différents niveaux à Rabat et à l’étranger, ce haut commis de l'État a occupé le poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, de ministre délégué, puis de ministre pleins galons.

Le premier coup d’éclat de Nasser Bourita est sans nul doute le travail de préparation au retour du Maroc au giron africain, puis celui de la candidature à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Avant la crise sanitaire du Covid-19, l’homme élisait domicile dans les avions, porteur de la bonne parole diplomatique royale auprès des pays frères et amis, notamment africains, ou bien pour défendre un dossier marocain au niveau des Nations Unies, de l’Union européenne ou ailleurs.

On le retrouve à l’ombre des grandes négociations où la parole du Maroc pèse lourd, comme au sein du Conseil de coopération des États arabes du Golfe, de la Ligue arabe ou de l’Union africaine (UA).

 

Inaugurations de consulats et reconnaissance US, principaux faits d’armes

 

Posé et affable, ce jeune quinquagénaire aux réseaux multiples, réputé homme de confiance et parfait connaisseur des arcanes de la diplomatie nationale, est connu pour être dans les coulisses de la vague de reconnaissance de plusieurs pays africains et arabes de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. 

Tellement les ouvertures des consulats de ces pays dans les villes de Dakhla et Laâyoune se sont succédé sous sa houlette qu’on le surnomme “l’inaugurator”.

La reconnaissance de la première puissance mondiale, en l’occurrence les États-Unis d’Amérique de la marocanité du Sahara, était la cerise sur le gâteau de ce processus qui illustre la pertinence d’une diplomatie royale avant-gardiste et qui changera complètement la perception mondiale de cette région, promise à un avenir porteur de grands desseins.

Derrière sa bonhomie et son humilité naturelles, se cache un sens aigu de la précision et de l’efficacité. 

Disponible, avenant et courtois, il n’hésite pas à appeler lui-même un journaliste pour expliquer une position ou éclairer un point de vue sur une question de diplomatie nationale.

La délégation de la presse qui l’a accompagné lors des pourparlers de Genève sur le Sahara a pu apprécier de près ce sens élevé de la précision quand il corrigeait lui-même, pendant la conférence de presse, la traduction de ses propos par un interprète visiblement zélé qui tenait à chaque fois à parler de “Sahara occidental” pendant que le ministre lui rétorquait d’un calme olympien “Sahara marocain”.

 

Une capacité surprenante de travail méthodique

 

En dépit de la crise sanitaire liée au Covid-19, son agenda de travail ne s'est pas allégé. Bien au contraire. 

Aujourd’hui, la technologie aidant, il peut le même jour prononcer une allocution lors d’une conférence organisée à Dubaï, s’entretenir en visioconférence avec un haut responsable européen, signer virtuellement un accord de coopération avec un pays partenaire ou accorder une longue interview à un média. 

Ceux qui le côtoient tous les jours décèlent chez lui une capacité surprenante de travailler méthodiquement lui permettant d’être efficace sur tous les fronts.

Véritable incarnation de la nouvelle ligne de la diplomatie nationale qui se veut, sous l’impulsion royale, plus dynamique, plus entreprenante, plus ferme et plus offensive, on lui doit le succès des négociations inter-libyennes, l’aboutissement du processus de rapprochement avec Israël, ainsi que les clashs organisés avec l’Union européenne sur les dossiers qui fâchent comme les contentieux à répétition sur les accords de pêche et agricole ou la question migratoire.

Au sujet de la question du Sahara, dont il maîtrise les contours sur le bout des doigts, c’est un avocat redoutable quand il s’agit de répondre à une attaque de l’adversaire ou quand il faut, à l’occasion d’un sommet, d’une réunion ou d’une interview, dérouler le solide argumentaire du Maroc.

Parfait polyglotte, Nasser Bourita a su traduire dans les faits la nouvelle doctrine diplomatique marocaine portée par une vision royale novatrice qui vise à repenser le positionnement du Royaume sur l’échiquier mondial et consolider son rôle de médiateur de paix et d’acteur dynamique de stabilité et de progrès des nations.w