Nizar Baraka: "Le parti de l'Istiqlal en ordre de combat"

Par Mohamed Aswab
Nizar Baraka ©MAP
Nizar Baraka ©MAP
Dans cet entretien accordé à BAB, Nizar Baraka expose les alternatives proposées par son parti visant à créer une rupture dans la gestion de la chose publique et pour la mise en place d'un nouveau modèle de développement qui répond aux attentes des citoyens.

BAB: De nouvelles lois électorales sont en cours d’élaboration. Les points qui font l’unanimité, on les connaît. Qu’en est-il des points de divergence ?

Nizar Baraka: Ce changement au niveau des lois électorales a une importance particulière, parce qu’il prépare un renforcement de la démocratie et une véritable réforme politique dans le pays. Nous avons été les premiers, en tant que parti, à interpeller le gouvernement sur cette question. Nous avons ainsi mis l’accent sur quatre points essentiels. Le premier, c’est le niveau de participation. Nous considérons que vu la crise de Covid-19, il est essentiel d’avoir un gouvernement fort, issu des urnes, qui pourra accélérer le rythme des réformes et porter le nouveau modèle de développement, dont le chantier a été lancé par Sa Majesté le Roi. Deuxièmement, il y a un problème important lié à la faible participation des jeunes au processus électoral. Techniquement, nous avons proposé que les élections législatives, communales et régionales soient regroupées, qu’elles se tiennent le même jour pour augmenter le taux de participation et favoriser une plus forte mobilisation. 

Troisièmement, nous avons demandé à ce que le scrutin de liste soit réservé aux communes de plus de 50.000 habitants pour avoir plus de liaison et de proximité avec les élus. Et la quatrième proposition -elle a été intégrée- consiste à ce que les jeunes, qui ont l’âge de 18 ans, puissent s'inscrire automatiquement dans les listes électorales dès lors qu’ils disposent de la carte d’identité nationale. 

Par ailleurs, un certain nombre de points restent en suspens. Il s’agit, premièrement, du quotient électoral. Nous considérons que ce paramètre apporte une sorte de prime au parti majoritaire. Il faut que ce quotient apporte de l’équité, de la diversité et de la pluralité pour faire en sorte que toutes les sensibilités puissent être représentées au Parlement. Comme vous le savez, le parti en tête du gouvernement a, certes, eu 27% des voix soit 32% des sièges, mais il ne représente que 10% des personnes inscrites. Il y a un véritable problème de représentativité. 

Par ailleurs, nous avons bataillé pour que les listes nationales deviennent des listes régionales. Pourquoi ? Parce que nous voulons renforcer le lien entre les élus et les territoires. Nous considérons qu’il est essentiel que les jeunes continuent à être représentés, au même titre que les MRE. Nous avons, dans ce sens, proposé de mettre en place un mécanisme qui permettrait cette représentation. Il s'agit également de continuer de promouvoir la représentativité féminine.

 

Concernant le quotient électoral, le fait de se focaliser sur ce point précis tend à minimiser l’intérêt du débat autour des lois électorales. Qu’en pensez-vous ? 

C’est exactement ce que cherchent certains partis. L’enjeu des élections est beaucoup plus important. À notre sens, les enjeux réels se rapportent à une plus grande représentativité des élus, recrédibiliser les institutions élues, d’autant plus que le Marocain fait de moins en moins confiance à ces institutions, et le taux de participation est en baisse continue. 

Deuxième problématique: comment installer, dans le cadre de ces élections, un véritable débat autour des programmes et de l’évaluation des politiques publiques. 

C’est pour cette raison que nous avons insisté pour que ces lois électorales puissent être présentées le plus rapidement possible au Parlement, chose faite à travers la session extraordinaire. L’idée est de laisser le temps, d’ici les élections, à un véritable débat sur l’avenir de notre pays. Troisième point, nous avons également proposé que la loi sur les partis politiques soit amendée. Cela fait déjà 10 ans que la Constitution de 2011 a été adoptée. 

Le Maroc d’aujourd’hui a besoin d’une nouvelle dynamique qui permettrait de relancer la confiance et de la renforcer dans l’avenir, notamment parmi nos jeunes et parmi des pans entiers de la population.

Mais, aux yeux du citoyen lambda, les prochaines élections n’ont pas finalement toute cette importance...

Oui. Vous avez raison de soulever ce point. On a tendance à laisser entendre que les élections sont une échéance purement administrative et qu’il s’agit d’un acte automatique qui n’a pas d’enjeux réels. Or, les prochaines élections constituent, pour nous, un véritable tournant pour le pays, et ce, pour plusieurs raisons: la première, c’est la cause nationale. Nous avons vécu un tournant important avec la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les États-Unis. Cette décision doit être confortée. La crise de Covid-19 est le deuxième enjeu important. Personne ne sait quand finira cette pandémie et l’ampleur de son impact sur les plans social et économique est énorme. Le Maroc a connu une décroissance de l’ordre de 6 à 7%, le déficit a explosé, la dette a augmenté de manière sensible... Donc, on est face à une situation où la marge de manœuvre est très étroite. 

Par conséquent, ces échéances électorales sont une occasion pour faire des choix stratégiques pour l’avenir. Le modèle actuel a montré ses limites. Il se traduit par des inégalités sociales et régionales et par un déclassement des classes moyennes et une dégradation du tissu des PME. Il est temps de changer de cap pour pouvoir nous inscrire dans des politiques qui renforcent  la cohésion sociale et régionale, qui permettent à l’entreprise marocaine de créer plus d’emplois et qui favorisent un renforcement et un élargissement des classes moyennes à l’avenir, ainsi qu’un véritable développement du monde rural.

Le troisième enjeu majeur a trait au nouveau modèle de développement. Aujourd’hui, il est clair que les élections prochaines donneront un gouvernement qui aura la charge de mettre en place ce nouveau modèle de développement. Comme vous le savez, Sa Majesté le Roi a déjà lancé le chantier de la généralisation de la protection sociale, un chantier très ambitieux et qui va coûter 51 milliards de DH par an. 

Et, enfin, il faut savoir que l’essentiel des stratégies sectorielles mises en œuvre jusqu’ici ont été mises en place du temps du gouvernement Abbas El Fassi. Certaines ont été achevées en 2015 et d'autres ont été bouclées en 2020 et il est temps de les renouveler. A l'exception de l’agriculture, toutes les stratégies doivent être remises à niveau pour donner de la visibilité aux opérateurs économiques et aux citoyens.

 

Qu’est-ce qui fait l’originalité de l’offre politique du PI ?

Depuis le 17e Congrès du parti, nous nous sommes inscrits dans une opposition qu’on a voulue “patriotique et istqlalienne’’. Nous avons, dès avril 2018, commencé à proposer des alternatives aux politiques gouvernementales. Cela a été le cas lorsqu’il y a eu le mouvement du boycott. 

Nous avons alors adressé un mémorandum au chef du gouvernement appelant à donner les moyens aux classes moyennes pour pouvoir faire face aux augmentations de prix et aux marges commerciales des grandes entreprises, notamment dans le domaine énergétique et celui des écoles privées. Nous avons aussi plaidé pour une meilleure maîtrise de l’inflation et avons fait des propositions pour accélérer l’emploi des jeunes. Malheureusement, tout cela n’a pas été pris en compte.

Quand il y a eu des tensions à Jerada, entre autres mouvements de protestation, nous avons proposé une vision pour les zones frontalières. L’objectif étant de mettre en place un véritable plan de développement de ces zones.

Dans le contexte de Covid-19, nous avons proposé un plan de relance au gouvernement pour pouvoir faire face à la crise et permettre la reprise de l’emploi et surtout soutenir les secteurs les plus touchés et leur permettre de faire face à la baisse très importante -entre 50 et 80%- de leur chiffre d’affaires, ainsi que de former les jeunes qui sont actuellement en chômage technique en raison de la crise. Malheureusement, une grande partie de nos propositions n’a pas été retenue.

Donc, pourquoi voter pour l’Istiqlal? D’abord, parce que c’est un parti qui a toujours donné la priorité à l’intérêt de la Nation. Ensuite, parce que nous avons une grande expérience gouvernementale. Nous avons réalisé des choses très positives. Et, enfin, parce que nous avons une vision à proposer pour l'avenir. 

En tout cas, pour les prochaines élections, le seul gagnant doit être l’espoir. Il faut redonner de l'espoir aux jeunes et aux Marocains en général. 

 

Le changement de camp de l'Istiqlal vers l'opposition a-t-il été bénéfique ? L’Istiqlal a-t-il retrouvé sa santé ?

Je dirais que le choix qu'a fait mon prédécesseur de quitter le gouvernement s'est traduit par une baisse du poids du parti lors des élections passées. Nous avons perdu l'équivalent de 30% de nos voix. Évidemment, ce n'est pas uniquement imputable au fait que nous nous sommes retirés du gouvernement, mais c’est aussi imputable à un mode populiste de gestion du parti. 

Nous avons œuvré, depuis le congrès, à mettre en place une nouvelle équipe. Nous avons veillé à revenir aux fondamentaux et à jouer notre rôle en mettant l'accent sur l'aspect “proposition”, parce qu'on doit être une force de proposition, mais également en renforçant l'encadrement politique, en accompagnant les jeunes et les femmes, ainsi que les différents citoyens afin de les inscrire dans le cadre de l'élaboration de nos programmes et de notre vision. Depuis le 17e congrès, on peut dire que le parti de l'Istiqlal a retrouvé ses forces et qu'il est aujourd'hui prêt pour les prochaines élections. 

 

Nizar Baraka ©MAP

Justement, quelle a été la touche de Nizar Baraka à la tête du parti ? 

Pour commencer, nous avons mis l'accent sur la crédibilité et la sérénité dans les prises de position et sur l'unité du parti. Dès mon arrivée, nous avons entamé la mise en oeuvre de la feuille de route sur la base de laquelle j'ai été élu à la tête du parti. Cette feuille de route, on l'a mise en œuvre en restructurant le parti dans le sens de l'unité, en faisant le plaidoyer de la cause juste des Marocains et des Marocaines et en proposant des alternatives et des propositions concrètes pour améliorer la situation des Marocaines et des Marocains. Nous avons aussi, dans ce cadre, travaillé sur une plus grande présence sur le plan territorial pour pouvoir redonner un souffle nouveau à notre parti, toujours dans le respect de notre référentiel. Comme vous le savez, le parti a un référentiel islamique, patriotique et progressiste qui milite pour plus de justice sociale et plus d'égalité des chances. 

 

Après tout, où situer aujourd'hui l'Istiqlal sur l'échiquier politique national ? Est-il toujours un parti du centre ?

Oui! Le parti de l'Istiqlal est, dès le départ, inscrit dans cette position au niveau de l'échiquier politique. Notre parti est adhérant à l'Internationale Démocratique du Centre. Ainsi, nous agissons toujours dans le sens d'un équilibre. D'ailleurs, notre symbole est la balance, il renvoie à l’idéal du maintien d'un équilibre de la Nation. 

Nous voulons qu'il y ait moins d'inégalité, plus d'égalité des chances, plus de justice en termes d'équité et une plus grande solidarité entre les composantes du pays. 

N’est-il pas temps de revoir la thèse politique de l’Istiqlal ? 

L'Istiqlal a cette particularité, tout au long de nos 80 ans d'existence, de se renouveler de manière régulière. Les fondamentaux restent les mêmes, mais la société évolue très rapidement. Il est très important de nous adapter à cette évolution et de tenir compte de l'évolution de la société pour pouvoir continuer à être en phase avec les attentes de la population, tout en œuvrant dans le sens du projet de société que nous défendons. Un point essentiel dans le cadre de cette évolution est que nous considérons qu'il faut aussi faire avancer sur le plan sociétal le pays, à travers “Al Ijtihad” et l'ouverture sur toutes les sciences sociales qui permettraient véritablement de faire évoluer la société, tout en préservant nos valeurs. 

Vous savez qu'aujourd'hui notre pays traverse une véritable crise de valeurs, alors qu'il est essentiel de pouvoir mettre en place une plateforme de valeurs communes qu'on doit préserver et des valeurs positives qu'on doit mettre en place, tels la valeur du travail, du respect du temps, le respect d'autrui, la tolérance... 

 

Quelles sont les alliances possibles du PI en perspective des prochaines élections?

Aujourd'hui, nous collaborons avec l'opposition (PPS, PAM...) au niveau du parlement pour pouvoir coordonner un certain nombre de nos actions. Nous avons également fait des propositions communes au niveau du code électoral. Mais pour les alliances futures, nous considérons qu'il est essentiel de nous baser sur les programmes. Dans ce sens, le parti est en train de travailler sur une plateforme que nous allons proposer aux différents partis pour voir s'ils partagent véritablement nos choix.

Dans ces conditions, on pourrait s'allier avec eux. Notre vision est très simple, nous considérons que le Maroc a besoin de ruptures profondes sur un certain nombre de thématiques et qu'il est essentiel d'aller dans le sens de ces ruptures pour pouvoir véritablement avoir un nouveau modèle de développement en phase avec les attentes des citoyens.

Sur un autre registre, il y a exactement un an, le Maroc a enregistré son premier cas de Covid-19. Quel regard portez-vous sur cette crise ?

C'est une crise qui a un caractère exceptionnel, d'abord, c'est une pandémie générale, jamais il n’y a eu de pandémie qui a touché tout le monde en même temps. 

Sur le plan économique, on a une crise d'offre et une crise de demande de manière simultanée. Et il y a aussi l'aspect sanitaire qui a affecté tout le monde. Je dois dire que le Maroc a montré beaucoup de résilience, d'abord grâce à la politique qui a été initiée par SM le Roi en adoptant des dispositions très fortes pour pouvoir atténuer l'impact au départ, ce qui a fait que la première vague a été relativement douce. Puis il y a eu cette approche pluridisciplinaire qui a permis d'introduire les aides sociales au profit des personnes démunies et celles qui travaillent dans l'informel. On cite aussi la création d'un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie du coronavirus qui a permis d'apporter les financements nécessaires pour renforcer les infrastructures sanitaires pour faire face à cette crise, sans parler des décisions prises sur le plan de la sécurité et de l'urgence sanitaire. On note, au même titre, la campagne de vaccination, considérée comme un véritable exploit, qui a placé le Maroc parmi les pays les plus avancés en matière de vaccination, ce qui nous permettra de préserver la population à l'avenir. Maintenant, il n'en demeure pas moins que nous sommes confrontés à une forte récession, nous avons eu une situation de chômage très importante, plusieurs personnes ont été licenciées, ont perdu leur emploi, nous avons un million de pauvres supplémentaires. 

Donc, le Maroc a été affecté lourdement par la crise. Pourquoi ? Parce que le pays, au cours de ces six dernières années, a connu un ralentissement de la croissance économique. De 5%, on a chuté à 4,5% de croissance. Aujourd'hui, on enregistre 3%, soit le même niveau des années 90. La rentabilité des investissements de l'État a chuté de 50%. Tout cela a fait que lorsqu'il y a eu la crise, en plus de la sécheresse, notre pays a été fortement impacté. Raison pour laquelle nous considérons qu'il est essentiel pour sortir de la crise liée au Covid-19 d'avoir de véritables ruptures.

 

Comment voyez-vous le Maroc post-Covid, en relation avec le nouveau modèle de développement ?

D’abord, il faut attendre les conclusions de la Commission sur le nouveau modèle de développement. Nous, en tant que parti, nous avons présenté deux mémorandums à la Commission, dont l’un évoque justement des ruptures. Pour le nouveau modèle de développement, nous considérons que le Maroc doit passer d’une société basée sur les privilèges à une société des droits, abandonner l'économie de rente et s’inscrire dans une économie basée sur les performances et sur des cahiers de charges que chacun doit respecter pour accéder à ces avantages. Nous avons également considéré qu'il est essentiel de changer le mode de gouvernance. 

On doit aussi rapprocher le temps de la décision du temps de l’action. Aujourd'hui, une loi met deux ans pour être votée et met 5 ans pour avoir les décrets d’application. Nous avons proposé que les décrets d’application soient présentés en même temps que les lois pour qu'elles puissent être mises en œuvre dès leur adoption par le Parlement et sa promulgation par le Souverain.

Il faut aussi lutter contre les inégalités pour plus de cohésion sociale. Il s’agit aussi de réduire les inégalités sociales et régionales et veiller à ce qu'il y ait une solidarité intergénérationnelle. Nous insistons également sur le renforcement de la cohésion sociale. Nous avons des politiques qui privilégient des minorités, il faut que tout le monde bénéficie des richesses de la Nation et qu’il y ait une répartition équitable de cette richesse.

 

“Discours du 9 mars”, dix ans après. Que diriez-vous à ce sujet ?

Le “discours du 9 mars” est venu comme une réponse à un certain nombre d’attentes. Le discours a permis d’apaiser la situation dans le pays et a suscité beaucoup d’espoir, notamment avec l’adoption de la nouvelle Constitution. Et force est de constater que 10 ans après, un certain nombre de choses importantes ont vu le jour: plus de prérogatives assignées au chef du gouvernement, sur le plan économique et social, un certain nombre d'améliorations ont été apportées en faveur des jeunes, la protection sociale, la régionalisation avancée, qui, faut-il le dire, n’a pas encore atteint ce que nous attendions, mais il y a eu un processus qui renforce les politiques régionales.

Toutefois, et d’ailleurs c’est ce que nous reprochons au gouvernement, certains problèmes persistent. Tout d’abord, le rythme des réformes est trop lent. Beaucoup de choses inscrites dans la Constitution ne se sont pas concrétisées. Le rythme est trop lent par rapport aux attentes. C’est ce qui fait, d’ailleurs, qu’aujourd’hui quelque 70% des jeunes sont prêts à émigrer, chose qui est dangereuse pour notre pays. Aussi, il y a une grande fuite des responsabilités chez le gouvernement actuel. 

Nous considérons qu’un certain nombre de prérogatives du Chef du gouvernement, et du gouvernement en général, ne sont pas pleinement appropriées.

Je donne, comme exemple, les orientations royales adressées au gouvernement pour la tenue d’un Forum sur la formation et l'emploi qui sont des problématiques majeures dans notre pays: cela fait deux ans et ce Forum n’a pas vu le jour.

De même, Sa Majesté le Roi a demandé à ce que toutes les stratégies sectorielles soient révisées à la lumière du nouveau modèle de développement. Jusqu’à présent, à part une seule stratégie, rien n’a été fait. 

Il y avait également tout un travail demandé au gouvernement sur le nouveau modèle de développement en soi. Finalement, on a été obligé de mettre en place une commission pour sortir ce nouveau modèle de développement. 

 

Nizar Baraka ©MAP

Il y a cette impression que le gouvernement ne gouverne pas pleinement. Il s’agit-là d’un problème par rapport à l’évolution qu’a connue la Constitution qui a défini clairement les prérogatives. 

Un autre point qui me paraît important relève de la démocratie participative. Force est de constater que celle-ci a été l’un des apports fondamentaux de la Constitution de 2011. Il y a eu un certain nombre d’institutions et de concertations qui ont été mises en place, mais, malheureusement, ces institutions ne fonctionnent pas comme il se doit: il manque l’articulation entre le gouvernement et le Parlement d’un côté, et les institutions qui jouent le rôle de concertation de l’autre. 

Concernant le volet social qui, bien évidemment, s’est dégradé à cause de Covid-19 mais, pour être objectif, même l’amélioration qu’il y a eu avant le Covid n’était pas suffisante et c’est ce qui fait que nos jeunes aujourd’hui n’ont pas de projet d’avenir. Comme vous le savez, Sa Majesté le Roi avait demandé à ce qu’une stratégie intégrée de la jeunesse soit mise en place, chose qui, encore une fois, n’a pas été faite par l’Exécutif. 

Compte tenu de tout cela, nous considérons qu’il est essentiel, après les élections, qu’il y ait une évaluation de la Constitution pour voir ce qui a été réalisé de ce qui ne l’a pas été, ce qui doit être ajusté et pourquoi ne pas procéder à une réforme constitutionnelle qui nous permettrait d’être en phase avec les attentes de la société tout en avançant dans des domaines essentiels, notamment les domaines de l'État de droit où, il faut le dire, beaucoup de choses n’ont pas été réalisées. Il y a même un certain nombre de questions qui se posent sur l’avenir de l’Etat de droit dans notre pays et tout ce qui a trait aux politiques de développement.

 

Les ennemis de l'intégrité territoriale du Royaume sont poussés dans leurs retranchements. Assiste-t-on à la fin du conflit au Sahara ? 

En tout cas, c’est notre espoir et nous avons tout le droit de l’espérer parce que ce conflit, concocté par les adversaires de notre intégrité territoriale, fait perdre à l’ensemble des pays de la région 2 points de PIB par an. Le non-Maghreb a eu aussi pour effet de dégrader la situation de l’emploi dans ces pays, sans parler d’un rêve qui était partagé depuis l’indépendance et qui ne s’est pas toujours réalisé. 

Or, les Marocains sont tous prêts, à l’instar de l’ensemble des peuples de la région, à concrétiser ce rêve. Malheureusement, l’Algérie, en fermant ses frontières et surtout en agissant contre l’intégrité territoriale du Royaume, a bloqué ce rêve. Aujourd’hui, avec la reconnaissance par les États-Unis de la marocanité du Sahara, le seuil maximal de ce que peut présenter le Maroc, c’est l’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Par conséquent, cette solution politique, qui est saluée par l’ensemble de la communauté internationale, a la possibilité d’être mise en œuvre. Nous appelons donc l’autre partie à venir s’asseoir autour de la table des négociations pour discuter de la forme d’autonomie large à mettre en place afin de pouvoir sortir de cette situation. 

 

Un point qui fait l’actualité: la légalisation du cannabis. Qu’en dites-vous ?

Il faut d’abord comprendre de quoi il s’agit. Il s’agit de la réglementation de la production du cannabis et pas de la légalisation de la consommation du cannabis. 

Pourquoi cela est-il nécessaire? Il y a trois raisons principales. La première est que les petits agriculteurs qui vivent du cannabis disposent de revenus très faibles, et donc cette proposition vise essentiellement à regrouper ces agriculteurs en coopératives, en leur donnant les autorisations nécessaires pour les constituer en toute sécurité et ainsi bénéficier de meilleurs revenus. 

La deuxième raison est que nous sommes devant une situation très grave: on commence à utiliser le cannabis importé d’Amérique latine qui consomme beaucoup d’eau et qui détruit les terres. Et donc aujourd’hui en régulant la production des types de semences utilisées, on va pouvoir protéger l’environnement ainsi que les terres qui risquent de devenir inexploitables à l’avenir. 

La troisième raison est la nécessité de s’inscrire dans un cadre où la production sera orientée vers l’industrie pharmaceutique. 

 

Nizar Baraka l'homme politique, le ministre, le président du CESE et le chef d'un parti politique... qu'avez vous tiré de chacune de ces expériences ?

 

Pour moi, à travers ces différentes expériences, il est clair qu’il y a un mot d’ordre: servir mon pays. Mon expérience a montré qu’on peut servir notre pays là où on est.w