Nomadisme: un mode de vie qui défie le temps

Par Jamal Eddine Benlarbi
Les nomades sont toujours en quête de terres leur offrant les moyens de subsister ©MAP/EPA
Les nomades sont toujours en quête de terres leur offrant les moyens de subsister ©MAP/EPA
Dure, dure la vie des nomades… Ces électrons libres à la recherche d’eau et de pâturage sont confrontés à un environnement de plus en plus hostile. Alors que certains s’accrochent contre vents et marées à leur mode de vie hérité de père en fils, d’autres se sont convertis au “semi-nomadisme” qui leur offre, ainsi qu’à leur progéniture, un minimum de confort et de stabilité. Dans cet article, BAB vous emmène aux fins fonds du Sahara, sur les traces de ces nomades du 21ème siècle.

Munis de provisions et portant des vêtements les protégeant du froid, les nomades parcourent les plateaux et les plaines de la région de Drâa-Tafilalet à la recherche de ressources naturelles nécessaires à la vie pour eux et leur bétail, pratiquant ainsi un mode de vie ancestral qui défie le temps.
Insoucieux des aléas climatiques auxquels elles ont su toujours s’adapter, ces populations ont opté pour une vie rudimentaire dans cette région du Royaume caractérisée par ses contraintes environnementales et ses vastes étendues peu peuplées où l’abondance des ressources naturelles est tributaire des saisons.
Dans leur transhumance, les hommes nomades choisissent des endroits qui peuvent leur procurer de l’eau, du bois de chauffage et de la nourriture pour leur bétail, alors que les femmes se chargent des enfants et des tâches ménagères.
Les nomades ne possèdent pas de biens immobiliers ou de lieux de vie stables, mais sont animés d’une forte volonté de recherche permanente d’une terre qui leur offre, le temps d’un déplacement, les moyens de subsister, mais sans pour autant trop s’y attacher.

Le nomadisme comme héritage ancestral sacré

Leur mot d’ordre est “la transhumance avec le minimum de pertes possibles”, aussi bien humaines que matérielles, tout en s’efforçant d’amasser les provisions nécessaires en prévision des jours de pénurie, un style de vie légué par leurs ancêtres qui impose le respect et que ses pratiquants ne veulent pas abandonner.
Said Ouaddi (54 ans), l’un des nomades de Sidi Ayyad (près de Midelt), souligne que les membres de sa tribu ont hérité de leurs ancêtres le mode de vie nomade qu’ils ne sont pas prêts à abandonner même pour une vie plus confortable.
Caractérisé par l’instabilité, ce mode de vie a pourtant ses habitudes et préparatifs immuables liés à la culture tribale de cette région du Maroc, notamment en ce qui concerne le choix des lieux d’installation qui est souvent lié à la présence de nourriture pour le cheptel, a ajouté M. Ouaddi à BAB.
Les nomades, qui se soucient peu des dures conditions climatiques, s'attellent en revanche à la recherche d’espaces géographiques leur offrant les ressources naturelles nécessaires pour subsister. Ayant développé au fil des années de grandes aptitudes à s’adapter aux contraintes climatiques, ils ont toujours aussi fait preuve d’un grand esprit de solidarité entre eux, considérant l’entraide comme un moyen fondamental pour dépasser les difficultés de tout genre pouvant surgir.
Le mode de vie des nomades est, par nature, tout à fait à l’opposé de celui des personnes sédentaires. Toutefois, des efforts ont été déployés ces dernières années pour encourager ces populations à s’installer de manière prolongée dans le temps dans un endroit donné.

Les “semi-nomades”, entre précarité du nomadisme et confort de la sédentarité

En effet, plusieurs familles nomades sont devenues des semi-nomades? C'est le cas des membres de plusieurs tribus du sud-est du Maroc comme celle de Sidi Ayyad (Midelt) qui se sont installés dans des endroits déterminés où ils passent désormais une grande partie de l’année.
Dans les tribus qui ont opté pour un mode de vie semi-nomade, seuls les hommes se déplacent à la recherche de pâturages pour des périodes allant de 3 à 4 mois, alors que les femmes se sédentarisent.
Selon Assou Assetti, membre du Conseil de la commune rurale de Mibladen, une grande partie des nomades de cette région, dont la majorité sont des Amazighs, ont changé leur mode de vie pour se sédentariser en partie. Il a fait observer, dans une déclaration à BAB, que des nomades du Sahara marocain se déplacent aussi vers des zones de la région de Drâa-Tafilalet lorsque la sécheresse prive leur bétail de nourriture.

Dans leur transhumance, les nomades veillent à n'essuyer que le minimum de pertes possibles aussi bien humaines que matérielles ©MAP
Dans leur transhumance, les nomades veillent à n'essuyer que le minimum de pertes possibles aussi bien humaines que matérielles ©MAP


Par ailleurs, des organisations de la société civile tentent de persuader les nomades de Drâa-Tafilalet de troquer leur mode de vie pour une stabilité même relative, une idée qui commence à trouver un écho favorable chez certains d’entre eux.
Réagissant à cette idée, M. Assetti propose de rassembler les nomades dans des “villages modèles” assurant un minimum de stabilité pour leurs familles.
Dans le même sens, des ONG mettent en œuvre des initiatives visant à encourager les nomades à s’installer dans certaines zones durant des périodes déterminées de l'année, en leur assurant notamment de l’eau potable, grâce au forage des puits, et de la nourriture pour leur bétail.

Mariage et scolarité, deux casse-tête

Parmi ces initiatives appréciées, celle menée par l’association “Tous pour la région” qui a lancé une caravane ambulante pour la consignation des actes de mariage de couples nomades, en présence de juges, des représentants des autorités locales et des présidents de certaines communes rurales.   
Youssef Ait Ba Haddou, chargé du dossier des nomades au sein de l’association “Tous pour la région”, a indiqué qu’il a été procédé, dans ce cadre, à Merzouga, à la consignation des mariages de 23 couples, soulignant que plusieurs parties réclament de répéter cette expérience dans d’autres zones du Maroc.

Le mode de vie semi-nomade veut que seuls les hommes se déplacent à la recherche de pâturages ©MAP
Le mode de vie semi-nomade veut que seuls les hommes se déplacent à la recherche de pâturages ©MAP


Il a fait observer, en outre, que l’enseignement des enfants pose un problème aux familles nomades à cause de leur transhumance, estimant que cette difficulté commence à être atténuée en raison du choix de certaines familles du mode de vie semi-nomade qui permet aux enfants de rester avec leurs mères et de suivre leurs cours à l’école. L’association œuvre, en partenariat avec d’autres organisations de la société civile, dans ce domaine à travers des écoles ambulantes suivant les nomades là où ils se déplacent et où les cours sont dispensés par des professeurs bénévoles, a poursuivi M. Ait Ba Haddou. La vie des nomades commence à changer pour s’adapter aux différentes contraintes de la vie, mais sans pour autant abandonner son essence.

Étiquettes