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“Nos parents nous blessent avant de mourir”: ‘‘Seule’’, contre tous les hommes

Par Bouchra Fadel
Écrivain, Moulay Seddik Rabbaj vit à Marrakech où il enseigne, au sein  de l’Institut Français ©DR
Écrivain, Moulay Seddik Rabbaj vit à Marrakech où il enseigne, au sein de l’Institut Français ©DR
Moulay Seddik Rabbaj raconte la vie d’une femme, née dans les années 50, éprise de liberté, elle défiera les interdits d’une société machiste afin de se réaliser. A travers ce roman, l’auteur transforme son oeuvre en tribune pour plaider la cause féministe.

“Nos parents nous blessent avant de mourir” du romancier Moulay Seddik Rabbaj est une  histoire savamment construite, relatant une insurrection hardie mais courageuse de la femme contre l’oppression masculine. Habiba, le personnage principal de l’œuvre, brise son mutisme, refuse une telle reconduction de soumissions silencieuses et se soulève contre sa condition de femme, réduite à un objet de distraction “pour égayer les nuits de son homme”.
En réaction, elle assume son rejet d’un tel inique sort et conteste de ce fait l’héritage d’une  fatalité. Habiba s’impose en “être à part entière” capable de prendre son destin à bras le corps et de décider elle-même de sa vie.
A travers l’histoire du personnage féminin principal notamment, et au besoin d’autres petites histoires de femmes, sciemment citées, Moulay Seddik Rabbaj, à l’ instar de  Driss Chraïbi, affiche sa solidarité avec ses personnages féminins, transformant son œuvre en tribune pour plaider la cause des femmes
Dans son roman décliné en douze chapitres, l’auteur a prêté sa voix de narrateur à une femme, à peine la trentaine, divorcée. Celle-ci relate ainsi la vie de sa grand mère, Habiba, née dans les années 50.

Mariée contre son gré !

“Les femmes de ma famille sont divorcées ou du moins sont restées sans mari (….) ironie de sort ou malédiction héritée, je n’en sais rien, certaines passent un temps et puis cassent les chaînes pour reconquérir leurs libertés, de vraies chèvres de M. Seguin (…) l’important pour elles (....) c’est de s’éloigner des quatre murs, de fuir la promiscuité, de se trouver ailleurs”.
Lycéenne, Habiba séchait ses cours pour se retrouver en la place Jamae Alfanae, sa boite à merveilles. Ce lieu “exerçait sur elle un enchantement particulier”. Les contes relatés sur la place la transportaient dans un monde merveilleux et la prédisposaient à connaître très tôt le sentiment de l’amour .
Habiba et Taoufik tombent amoureux l’un de l’autre, ils vont vivre une chaste idylle amoureuse jusqu’au jour où elle va être obligée de céder à “la prétendue volonté du père”, elle est mariée contre son gré à un tanneur. En femme déterminée, Habiba se livre à un combat des plus rudes et casse ainsi le carcan des interdits pour aller, même sans trop savoir comment ni surtout sans en être préalablement outillée ni préparée “vers un ailleurs qu’elle ignorait mais qui ne lui faisait pas peur”.

La liberté, thème omniprésent

Le récit est captivant, et le déroulement de l’histoire prive le lecteur de tout répit. Il est interpellé et remué par les diverses péripéties éprouvantes de l’histoire. L’auteur, a délibérément multiplié les escapades de Habiba tantôt dans le désert du Sahara marocain, tantôt sur les rivages de l’océan ou encore dans les ruelles de Safi, pour permettre au lecteur haletant, de momentanément souffler et reprendre autant que la narratrice ses esprits et ses espoirs.
L’auteur, tout comme tous ses personnages féminins, est friand de la liberté. Le thème est omniprésent depuis l’incipit à l’épilogue de ce roman entraînant. Moulay Seddik a consacré deux grands chapitres à la “longue Marche Verte’’ vers le Sud pour libérer le Sahara marocain de l’occupation espagnole. “Et Habiba qui ne connaissait rien en politique va partir au “désert” prouver ainsi que son existence avait un sens, qu’elle était utile pour son pays.
Plus qu’un réquisitoire, l’ouvrage peut être considéré comme l’expression d’une révolte de la gent féminine contre bien des injustices sociales supportées dans l’isolement et le silence. La cause féminine devrait être notre cause première à tous, notre cheval de bataille, une cause commune qui doit soulever une universelle indignation tant pour les hommes et femmes que pour la société.

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