Nouveaux acteurs, nouvelle carte

Adil Zaari Jabiri
Les élections européennes ont eu lieu entre le 23 et le 26 mai 2019 dans les vingt-huit États membres afin d'élire les députés européens ©MAP/EPA
Les élections européennes ont eu lieu entre le 23 et le 26 mai 2019 dans les vingt-huit États membres afin d'élire les députés européens ©MAP/EPA
Sur fond d’euroscepticisme et de frustration sociale, les élections européennes ont chamboulé la carte politique du vieux continent. Le scrutin du 26 mai a modifié les règles de jeu en favorisant la percée de nouvelles forces politiques qui ont damé le pion aux formations traditionnelles, à droite comme à gauche. Ainsi, avec des cartes aussi brouillées, le mercato des postes clés au sein des principales institutions de l'UE s’apparente à un jeu d'équilibrisme.

Avec un taux de participation le plus élevé depuis 20 ans, estimé à plus de 50% dans les Vingt-huit États membres de l'Union Européenne, les élections européennes de mai dernier ont complètement chambardé les équilibres politiques dans le Vieux continent, faisant figure de test pour les partis traditionnels qui ont enregistré un net
recul.
à droite comme à gauche, les partis qui ont l’habitude d’engranger des scores importants ont eu beaucoup de mal à rééditer leurs performances face à de nouvelles forces qui se sont invitées dans un contexte d’euroscepticisme et de frustration sociale dans de nombreux États membres.

Rapports de force renversés, les partis “traditionnels” perdent du terrain

En France, les élections européennes ont été un véritable test pour le parti La République en marche face à un rassemblement national rampant, tandis que Les Républicains et les socialistes se sont retranchés dans des positions moins avancées, enregistrant des scores médiocres.
En Allemagne, les deux formations politiques qui ont gouverné le pays depuis 2013, à savoir le Parti social-démocrate (SPD) et le parti de droite chrétienne (CDU-CSU) ont plongé à des seuils historiques, face aux écologistes qui ont opéré une percée fulgurante en obtenant un score de 20,5%, soit dix points de plus qu'en 2014.
En Grèce, le pays bascule à droite avec le parti “Nouvelle démocratie” arrivé largement en tête des élections locales du 2 juin, juste après avoir remporté les Européennes avec 33,1% des voix, contre 23,8% pour Syriza, le parti de gauche radicale du Premier ministre Alexis Tsipras. Avec l'obtention de 11 régions sur 13 et certaines mairies emblématiques comme Athènes, la droite devrait également s'imposer loin devant Syriza lors des législatives anticipées du 7 juillet prochain.
En Espagne, l’emprise des socialistes (Parti socialiste ouvrier espagnol) se poursuit, avec un score de 32,8% des voix aux Européennes, un mois après avoir remporté les élections législatives avec 28,7% des suffrages.
Le PSOE du Premier ministre Pedro Sanchez a également remporté les élections régionales et municipales au détriment de la droite et du parti de gauche radicale Podemos qui ont subi un sacré revers.
Au Royaume-Uni, les Britanniques ont largement désavoué les partis traditionnels conservateur et travailliste, sanctionnés pour avoir été incapables de gérer le Brexit au profit du parti pro-Brexit (Brexit Party) qui a remporté 29 sièges.
Les libéraux-démocrates ainsi que les Verts ont obtenu des scores largement en hausse par rapport au scrutin de 2014, alors que le parti anti-Brexit “Change UK” n'a remporté aucun siège au Parlement européen.
En Italie, les élections européennes ont fait subir des dommages collatéraux à la coalition au pouvoir fragilisée par le score du mouvement “5 étoiles” face à celui de la Ligue venue largement en tête.

Difficiles tractations pour le Parlement européen

Le scrutin du 26 mai a totalement renversé le rapport de force. Le parti d'extrême droite est passé d'un score de 17% obtenu aux Législatives de 2018 à plus de 34 % aux Européennes, alors que le M5S, qui avait rassemblé 32,5% des voix aux Législatives de mars 2018, a chuté à 17% lors des élections européennes.
Les deux partis ne s’entendent plus sur les promesses faites aux électeurs, la Ligue voulant baisser les impôts alors que le M5S promet le revenu de citoyenneté, deux mesures contradictoires.

Cérémonie au siège du Parlement européen à Bruxelles pour l'annonce des premiers résultats des élections européennes ©MAP/EPA
Cérémonie au siège du Parlement européen à Bruxelles pour l'annonce des premiers résultats des élections européennes ©MAP/EPA


Lundi, le président du Conseil Giuseppe Conte, arbitre de la coalition, a menacé de démissionner si les deux leaders continuent de se rejeter la responsabilité.
Après ces échéances, qui ont été largement dominées par le spectre de l’euroscepticisme dans plusieurs pays, c'est au tour du Parlement européen d'entrer en action pour constituer une majorité et former les groupes politiques et les structures devant prendre les rênes de l’hémicycle pour les cinq prochaines années.
Sa première mission consiste à décider les contours de l’élection du président de la Commission européenne et lui tracer une feuille de route qui puisse être soutenue par une majorité large et stable au Parlement européen.
Les présidents des quatre plus grands groupes (PPE, S&D, ALDE et Verts/ALE) au Parlement européen ont convenu de tracer une “ambition commune” pour le prochain président de la Commission
européenne.

Après les élections, c'est au tour du Parlement européen d'entrer en action pour constituer une majorité ©MAP/EPA
Après les élections, c'est au tour du Parlement européen d'entrer en action pour constituer une majorité ©MAP/EPA


Manfred Weber, pour les démocrates-chrétiens du PPE, Udo Bullmann, pour les socialistes et sociaux-démocrates du S&D, Guy Verhofstadt, pour les libéraux et démocrates de l'ALDE, ainsi que les co-présidents des Verts/ALE, Ska Keller et Philippe Lamberts, ont annoncé leur accord après leur rencontre.
Ils devraient se réunir à nouveau le 12 juin prochain, date à laquelle le travail de fond devrait débuter, avant d’être finalisé pour le sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, les 20 et 21 juin.

Les eurosceptiques et europhobes écartés

Avec leur démarche, les quatre grands groupes (512 sièges sur 751), tous pro-européens, écartent ainsi les eurosceptiques et europhobes (CRE, EFDD, ENL) ainsi que l'extrême gauche (GUE/NGL).
“Notre intention commune est de nous engager de manière constructive les uns envers les autres, en tenant compte des demandes de changement” formulées par les citoyens européens, soulignent les présidents de ces groupes dans un communiqué, se disant “fortement encouragés” par la hausse de la participation aux élections européennes.
Les dirigeants des États membres devraient proposer lors de leur sommet leur candidat à la succession du président de la Commission Jean-Claude Juncker, mais en cas de difficultés à s'accorder sur un nom, un sommet extraordinaire pourrait être programmé fin juin, avant l'installation du nouveau Parlement européen prévue le 2 juillet.

Postes clés de l’Union européenne: La course est lancée

En attendant, les spéculations sur l'élection du prochain chef de l’exécutif européen continuent de fuser. Au moment où le PPE appuie la candidature de l’Allemand Manfred Weber, les sociaux-démocrates réaffirment leur soutien au Néerlandais Frans Timmermans, vice-président sortant de la Commission, tandis que les libéraux soutiennent Margrethe Vestager, commissaire européenne sortante du Danemark.
Depuis 2014, le système des “Spitzenkandidaten” (Terme allemand qui peut se traduire par “tête de liste”) implique que le président de l'exécutif européen est le chef de file du parti arrivé en tête aux élections européennes. La désignation du futur président de la Commission européenne passe, toutefois, par l'obtention du soutien des dirigeants de l'Union européenne et de la majorité absolue au Parlement européen, soit 376 voix.
Le calendrier européen ne s’arrêtera pas en si bon chemin.
Un nouveau président sera élu à la tête du Parlement, un autre dirigera le Conseil européen. De nouveaux commissaires seront désignés. La Banque centrale européenne et la Cour des comptes auront leurs présidents, sans oublier le très prestigieux poste de chef de la diplomatie européenne.
Le mercato des postes clés au sein des principales institutions de l'Union européenne s'apparente plutôt à un véritable jeu d'équilibristes auquel doivent se prêter les dirigeants européens.
Autre nouveauté de cette mandature, la nomination du premier chef du futur parquet européen.
Cette nouvelle instance entrera en fonction fin 2020 pour diriger des enquêtes et mener des poursuites pénales concernant des infractions portant atteinte au budget de l'Union européenne, telles que la fraude, la corruption ou le blanchiment de capitaux.

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