Nouveaux temps, nouveaux escrocs !

Par Zineb Janati
Les escrocs des temps modernes surfent sur la vague des réseaux sociaux pour duper leurs victimes ©MAP
Les escrocs des temps modernes surfent sur la vague des réseaux sociaux pour duper leurs victimes ©MAP
La mendicité “4.0” est une arnaque qui ne dit pas son nom. Derrière l’étiquette de “cas social”, les escrocs des tempes modernes font preuve d’ingéniosité pour créer le buzz dans les nouveaux médias qui leur ouvrent grandes leurs portes. Un deal win win qui sent l'arnaque !

Ce n’est plus un secret! la culture du buzz commence à s’enraciner dans les habitudes des Marocains, presqu’aucune semaine ne se passe sans qu’une vidéo cartonne.
Prises par des amateurs ou par les supports médiatiques, la quasi-totalité de ces vidéos qui font le buzz s'intéressent aux  scandales, aux insolites ou aux cas sociaux.
Bien entendu certains cas méritent la compassion et la solidarité des Marocains, d’autres, par contre, une fois la caméra allumée commencent une forme déguisée de mendicité.

Escrocs 4.0 et para-médias: un “deal win win”

Pour les “para-médias” tous les moyens sont bons pour faire grimper les vues sur les réseaux sociaux, même en exploitant les misères des autres. Parfois un sujet très sérieux devient un objet de moquerie générale à cause d’une mauvaise articulation, ou d’un lapsus, alors que, normalement, chaque média qui se respecte doit couper en montage “toutes les impuretés” et tous “les hors sujet”.
Comme l’esprit de compassion et de bénévolat est fort présent chez les Marocains, ces derniers répondent présents dès qu’ils s’agit d’un cas social et sont les premiers à taguer les stars et les inciter à voler à la rescousse de ces personnes, sans pour autant se demander si celles-ci  derrière le micro méritent vraiment la charité.
Deux jeunes mariés en bonne santé qui conjurent  la toile pour qu'elle leur vienne en aide, ou encore un autre couple qui demande une voiture car les taxis refusent de faire monter le mari handicapé… Ces comportements dépassent largement le concept du “cas social” et prennent la forme d’une “mendicité en ligne”, voire même d’escroquerie.
“L’escroquerie des mendiants s’est juste adaptée à l’évolution technologique. Même si ce mode opératoire a l’air d’être une nouveauté, en réalité il ne s’agit que du même phénomène qui évolue en fonction de l’évolution sociale”, a précisé à BAB Dr Jaouad Mabrouki expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe.

Marocains et mendicité: culpabilité, quand tu nous tiens !

Ces nouveaux mendiants “font  recours à la faiblesse du Marocain et tout le monde profite du festin, les arnaqueurs, quelques supports médiatiques et même les âmes charitables par culpabilité” a fait savoir Dr Mabrouki, attirant l’attention sur le fait que cette escroquerie se nourrit de la culpabilité ancrée chez le Marocain, une sorte de pouvoir manipulateur enraciné par la religion, “le mal” et “le bien”, “le paradis” et “l’enfer”.
“Le Marocain est un être culpabilisé et culpabilisateur à la fois. Ce sentiment de culpabilité est couplé toujours à celui du châtiment et de la menace du destin”, selon le psychanalyste qui note qu’en revanche “si l'individu est dans la souffrance, il cherche à culpabiliser les autres qui profitent du plaisir”.
Lorsque le Marocain voit l’autre dans la douleur, la pauvreté ou la maladie ou frappé par toute sorte de malheur, il culpabilise du moment que lui échappe à ces calamités et ressent une douleur qu’il appelle “la pitié” pour ceux qui souffrent.
Dans ce scénario, ajoute Dr Mabrouki, il s'interroge “par projection sur le malheureux, si demain lui aussi serait frappé par le mal. Alors, il s'apitoie sur lui-même et non pas sur l'autre, ainsi il culpabilise: ‘pourquoi lui et pas moi?’, ou bien ‘pourquoi Dieu m’a épargné et pas l’autre ?’”. Le Marocain se sent menacé par le destin et pour se racheter et éviter cette douleur, il vient au secours des victimes qui, souvent, sont des escrocs “culpabilisateurs”  qui sucent le sang du Marocain “culpabilisé”, relève le psychanalyste.

En offrant une tribune aux mendiants, les “para-médias” cherchent à obtenir le maximum de vues sur les réseaux sociaux
En offrant une tribune aux mendiants, les “para-médias” cherchent à obtenir le maximum de vues sur les réseaux sociaux ©MAP/EPA


M. Mabrouki rappelle que “le Marocain est conscient de ces escroqueries sur les réseaux sociaux, qui sont d’ailleurs identiques aux scènes quotidiennes dans nos rues, à la différence qu’il est rongé par la culpabilité et se voit obligé de faire un geste d’aumône pour déculpabiliser”.
Ainsi dit, l’appel à l’aide vire parfois à la catastrophe et à la guerre verbale, puisqu’après avoir bénéficié d’une aide financière, ces personnes ont tendance à demander toujours plus et prétendre qu’elles étaient victimes d’une publicité gratuite, ne sachant pas que la durée de vie d’un buzz est toujours courte.

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