Otmani III: Resserré mais efficace

Adil Zaari Jabiri
Adil Zaari Jabiri

Depuis l’annonce par le Souverain d’un remaniement ministériel à la rentrée, la course aux maroquins est ouverte, la presse spécule et des dirigeants de partis politiques ne retrouvent plus le sommeil, scrutant le ciel dans l’attente du coup de fil salvateur de Saâd Dine El Otmani pour entamer les tractations en vue de la formation du prochain gouvernement.
Or, cette course à la ministrabilité, si l’on s’en tient à la lettre et à l’esprit du Discours Royal à l’occasion de la Fête du Trône, n’est nullement le but recherché. Nommer de nouveaux ministres ne sera plus une simple question arithmétique ou de complaisance partisane. Il s’agit plutôt de trouver le meilleur casting qui accompagnera l’étape nouvelle.
Constatant les limites du modèle de développement actuel, SM le Roi Mohammed VI a annoncé une nouvelle génération de projets. C’est une page déterminante de l’histoire moderne du Royaume qui s’ouvre et qui requiert du sang neuf au sein des institutions et des instances politiques, économiques et administratives, y compris le gouvernement.
Qui dit sang neuf dit de nouvelles compétences et des profils dotés d’une mentalité à la hauteur des défis que le Royaume veut relever, à même de hisser l’action publique à des niveaux de performance supérieurs.
Il s’agit donc pour M. El Otmani de ratisser large et d’être assez imaginatif et audacieux pour ne plus se plier aux caprices des partis politiques y compris le sien, en évitant de chercher les fameux “équilibres” dans la répartition des portefeuilles plutôt que de l’efficacité et de l’engagement.
Toutefois, cette responsabilité n’incombe pas au seul chef du gouvernement. Les partis devraient, au lieu de se bousculer au portillon de la ministrabilité, se concerter et chercher scrupuleusement les profils qui correspondent aux prérogatives et missions dont SM le Roi a bien défini les contours.
Un autre exercice auquel M. El Otmani devrait se prêter à souhait est celui de la réduction de son équipe dans un souci de cohérence et d’efficience.
Un pays comme l’Allemagne par exemple, avec ses 81 millions et demi d’habitants, ne dispose que de 15 ministres. L’Espagne voisine en compte 17. Les gouvernements d’autres pays comme la Chine (1 milliard et demi d’habitants) ou la Russie (145 millions d’habitants) ne dépassent pas la trentaine de ministres. Sont-ils pour autant moins bien gouvernés ? Évidemment non.
Revoir l’ossature du gouvernement en supprimant des départements créés pour satisfaire l’Ego d’un leader politique et/ou dont l’efficacité s’est avérée insuffisante, fusionner des secteurs et pourquoi pas en créer d’autres plus utiles, donnerait un signal fort à la société et permettrait de réformer le faste de l'intendance publique.
Dégraisser le mammouth gouvernemental contribuerait aussi à renvoyer l’image d’un pays bien gouverné -dans le sens de la bonne gouvernance- et à orienter sa politique vers la satisfaction des besoins de la société, la réduction des inégalités et la promotion d’un développement équitable qui profite à tous.
à un mois de l’ouverture de la première session du Parlement, gouvernement et partis devraient sortir de leur zone de confort et placer l’intérêt général au-dessus de toutes les considérations.

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