Aller au contenu principal

“Off to Ouaga”: Le cri de douleur du père de leïla Alaoui

Par Bouchra Fadel
Feu Leila Alaoui ©DR
Feu Leila Alaoui ©DR
“Off to Ouaga”, une narration authentique, dépourvue de toute fiction, et comme son nom l’indique “un deuil impossible” est un deuil infini et un grand cri d’un père dévasté par la disparition de son enfant.

“Off to Ouaga” est un cri de douleur d’un père meurtri par la perte de la chair de sa chair, par la disparition prématurée de son enfant chérie, Leila, reporter-photo, tuée dans une attaque terroriste à Ouagadougou au Burkina Faso alors qu’elle était en mission pour Amnesty International.
Ce récit “du deuil impossible” du père de Leila Alaoui est l’expression authentique et personnelle d’une douleur et d’une peine, ô combien épouvantable! Abdelaziz Belhassan Alaoui s’est transformé en conteur espérant panser ses plaies et trouver dans cette voie une délivrance de la souffrance, une main salvatrice.
Dans ce récit juste et précis, en trois parties, le narrateur relate les derniers moments de vie de sa fille. Il dresse le portrait d’une esthète militante. Face à cette perte cruelle, le père meurtri se réfugie dans l’écriture avec l’espoir d’y trouver un calmant à cette douleur omniprésente, à ce deuil  dont il dit qu’il ne pourra jamais se défaire et jamais oublier. Père inconsolable, le narrateur se refuse “la félicité de l’oubli” y voyant une traîtrise alors qu’il lui appartient de raconter cet épisode de sa vie et de ne point l’oublier “pour faire perdurer” le nom de sa fille
Dans “OFF TO OUAGA”, Abdelaziz relate avec une précision déconcertante les péripéties avant et après l’attentat perpétré à Ouagadougou en janvier 2016, “plan par plan, image par image, les événements tels qu’ils se sont déroulés dans un ordre à la fois précis, intense et infernal”. Par cette histoire bouleversante,  l’auteur pousse le lecteur à plonger dans une atmosphère funèbre, à pleurer avec lui, à partager son deuil…
Mais, force est de constater, toutefois, que  malgré la gravité du récit, l‘humour reste présent tout au long du texte par la volonté de l’auteur d’essayer d’atténuer la douleur causée au lecteur par la perte de cette “amie imaginaire”. Le narrateur se soulève sur un ton, mi-dur mi-plaisantin, contre certaines dogmes immuables, insensées et contre ces recommandations “qui ne sont que pure fantaisie”.

Au-delà de la douleur, le pardon...

Tentant une nouvelle complicité avec le lecteur, l’auteur invite ce dernier à pardonner, à éviter la rancune et la rancœur pour se soulager. Il pardonne aux terroristes qu’il considère comme étant eux-mêmes des victimes au même titre que lui-même. “Je te pardonne”, dira-t-il au terroriste qui lui a arraché sa fille car le jugeant lui-même victime de l’égoïsme des hommes. Prenant du recul, l’auteur entend offrir aux lecteurs – notamment occidentaux-  une analyse foisonnante de messages et de vérités sur l’Islam et sur le terrorisme. Le récit bouleversant “OFF TO OUAGA” tire à sa fin sans pour autant venir à bout du “deuil impossible”. Se sentant redevable envers sa fille, l’auteur dira : “l’écriture m’a rapproché de ma fille même si nous sommes désormais dans des mondes distincts, lointains et opposés, C’est quelque part ma seule vraie consolation”.
Abdelaziz Belhassan Alaoui naît et grandit à Fez. Il part en 1966 faire ses études supérieures aux États-Unis. Il est “Business & Financial Consultant” depuis près de quarante ans. Il épouse en 1973 une Française, Christine, avec qui il aura trois enfants: Yasmina, feue Leila et Soulaimane. La famille Alaoui vit d’abord pendant dix années à New York  avant de déposer ses valises à Paris pour douze années puis de s’installer, par la suite, à Marrakech.

Étiquettes