Aller au contenu principal

Ouahbi, l'enfant gâté du PAM !

Par Mohamed Amine Harmach
Abdellatif Ouahbi ©MAP/Youssef El Hafre
Abdellatif Ouahbi ©MAP/Youssef El Hafre
Figure médiatique du PAM, Abdellatif Ouahbi est un personnage clivant. Certains l’adoubent et voient en lui un leader charismatique. D’autres, au sein même de sa famille politique, ne lui pardonneront jamais ses accointances avec des leaders du parti rival, le PJD.

“Je n’oublierai jamais sa visite surprise chez la maison de mes parents à la commune rurale de Timoulilt à 17 km de la ville de Beni Mellal, ce dernier mardi d'août 2017, afin de me présenter ses condoléances pour le décès de feue ma mère. Pour ce faire, il avait pris la peine de faire le déplacement et se défaire de ses engagements. Un geste qui démontre la forte amitié qui nous lie”.
Les propos sont de Slimane Omrani, SG-adjoint du PJD. Ce témoignage recoupe avec tant d’autres recueillis pour dresser ce portrait d'Abdellatif Ouahbi et qui confirment l’extrême souci du bonhomme d'entretenir ses relations et d'être aux côtés de ses amis dans les épreuves difficiles (maladies, décès, procès...), comme dans les moments forts (mariage, joie…).
Sauf que la plupart des amis intimes d’Abdellatif Ouahbi, figure médiatique du PAM, ne sont pas du même bord politique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le PJD et le PAM sont (sur le papier) les pires ennemis sur la scène politique nationale.
Ce n’est pas pour autant que cet actuel membre du bureau politique du PAM se prive d’échanger les visites de courtoisie et de complicité avec des cadres du PJD. Il s’en targuait même, particulièrement en ce qui concerne leur chef de file Abdelilah Benkirane, à l’époque où ce dernier, alors chef du gouvernement, adressait régulièrement ses piques empoisonnées aux leaders du parti du tracteur.
C’est dire que subversif, Ouahbi ne fait pas l'unanimité au sein de sa propre famille politique. Mais il n’en n’a pas cure.
Même en tant qu’avocat, Ouahbi se met dans des postures qui peuvent sembler contradictoires ou malsaines (à croire qu’il les cherchent volontairement), lui qui n’a pas hésité à défendre l’un des mis en cause dans une affaire portée en justice par le président de la chambre des conseillers Hakim Benchamach, qui n’est autre que l’actuel secrétaire général du PAM.
“Votre honneur, ne nous accablez pas des actes commis par les sots parmi nous”, aurait plaidé maître Ouahbi pour défendre Mohamed Ahaddad, confie à BAB ce dernier, un des 4 journalistes poursuivis dans une affaire de “publication d’informations concernant une commission d’enquête”.

Rebelle ou fin tacticien ?

Mais d’où vient ce goût immodéré d'Abdellatif Ouahbi pour la polémique ?
“C’est un rebelle ! S’il estime que quelque chose est contraire à ses convictions et ses principes, il interviendra, même si c’est aux dépens de son parti”, dit de lui le journaliste Mohammed Ahaddad, également proche ami.
Et pour défendre ses idées, Ouahbi n’hésite pas à user de toutes ses cordes: Son talent d’orateur et improvisateur développé tout au long d’une longue carrière d’avocat reconnu et “friand des affaires judiciaires médiatisées”. Son esprit bon enfant et turbulent. Son humour qui jongle entre taquinerie bienveillante et sarcasme acide.
Il est aussi capable de lancer de virulentes et impitoyables attaques dont payent les frais ses détracteurs qui se trouvent, rappelons-le, aussi bien du côté de sa famille politique que dans les camps adverses, tout en revenant 30 minutes plus tard leur taper sur l’épaule et les aborder avec bonhomie comme si de rien n’était. Autant d’ingrédients qui “font de lui un acteur qui a le talent rare au Maroc de pouvoir animer un paysage politique national vieillot et créer le débat”, dit de lui Mehdi Bensaid, député PAM qui l’a côtoyé quand Ouahbi officiait en tant que chef du groupe parlementaire du parti.
Ouahbi, c’est un showman donc! “Une sorte de Lionel Messi de la politique, il faut juste savoir le faire entrer à la bonne minute du jeu”, relève Khalid Adnoun, chargé de com’ du PAM.

D'après ses amis et détracteurs, M. Ouahbi est une “créature politique avide des projecteurs” ©MAP/Youssef El Hafre
D'après ses amis et détracteurs, M. Ouahbi est une “créature politique avide des projecteurs” ©MAP/Youssef El Hafre


Et dans la perspective des législatives de 2021, notre homme serait un bon numéro, encore faut-il que le coach ait suffisamment de légitimité aux yeux de la star qui, dit-on, dégaine plus vite que son ombre et n’a pas sa langue dans sa poche.
Et pour cause, Ouahbi a tendance à jouer solo manquant de coordonner son action avec le reste de l’équipe. Une équipe qui tente actuellement tant bien que mal de resserrer ses rangs après une traversée du désert marquée par la démission de son ancien patron Ilyas Omari, lui-même vivement critiqué pour “son monopole du pouvoir” par Ouahbi et poussé au départ par ce dernier. “C’est moi ou lui dans le PAM”, avait-il rançonné à l’époque. Ouahbi cultive aussi une liberté de ton qui lui permet de piocher dans divers registres, tantôt celui de la gauche socialiste, tantôt celui de la droite libérale, tantôt dans des relents populistes.

Un accro aux projecteurs

“Par ses positions multiples et variées, Ouahbi crée la confusion. Il doit choisir un positionnement clair, s’y astreindre et ne pas jouer sur toutes les cordes”, estime Mouhcine Moufidi, parlementaire PJD, qui le fréquente au sein d’une commission parlementaire.
Dans ce sens, sa position récente justifiant la possibilité de licencier les enseignants contractuels a surpris plus d’un. Même topo lors du débat sur la langue d'enseignement des matières scientifiques, “on aurait cru qu’il était un responsable ministériel non pas un représentant de la nation”, déplore Mouhcine
Moufidi, qui est également membre du secrétariat général du parti de la lampe.
Pour sa part, un(e) ancien(ne) camarade au sein du PAM relève que ce qui explique l’addiction de Ouahbi aux polémiques émane de sa nature en tant que “créature politique avide des projecteurs”.
Et les journalistes ne diraient pas le contraire, ils reçoivent régulièrement des communiqués du staff de Ouahbi avec des titres du genre: “Ouahbi interpelle un ministre un tel”, “Ouahbi boycotte une réunion du parti”, “Ouahbi tire à boulets rouges sur un tel”... Et le dernier communiqué en date (envoyé le 20 mai dernier) annonce la publication d'un recueil de chroniques titré “Opinions et positions”.
“Mais contrairement au visage médiatique qu’il entretient, Ouahbi, dans les réunions à huis clos du PAM, n’est pas aussi rebelle et houleux qu’il prétend être, il n’est pas le seul à prendre la parole contrairement à ce qu’il promeut. En plus, il est souvent absent des réunions”, ajoute cette source ayant requis l’anonymat. “Faire les titres des journaux, que ce soit en mal ou en bien, c’est ce qui l’intéresse plus que tout, ça le met dans un état d’extase!”, renchérit-elle.
Pour illustrer ses propos, notre source raconte une anecdote: “Un jour, ses sorties médiatiques ont tellement irrité les dirigeants du PAM que personne n’a daigné y réagir. C’est alors que Ouahbi s’est mis à supplier afin qu’on lui réponde. On en riait même à un certain moment”.

Dans les réunions du parti, Ouahbi “n’est pas aussi rebelle et houleux qu’il prétend être” ©MAP/Youssef El Hafre
Dans les réunions du parti, Ouahbi “n’est pas aussi rebelle et houleux qu’il prétend être” ©MAP/Youssef El Hafre


Rappelé à l’ordre par ses proches, Ouahbi revendique sa liberté avançant qu’elle est avant tout bénéfique au parti, lui donnant une image positive d’une formation démocratique qui accepte la diversité et la richesse des idées, des opinions et qui n’a rien d’une caserne militaire.
Aussi, l’intérêt de Ouahbi pour la presse, lui qui publie régulièrement des chroniques dans divers journaux nationaux, trouve-t-il sa raison dans une autre explication: “C’est qu’il nourrit une fascination sans borne pour le monde des écrivains, des intellectuels, de la culture et des médias”, relève un ancien camarade au sein de l'hémicycle qui a participé à diverses publications collectives initiées par Ouhabi sur le travail législatif, la Constitution, la justice…
“Il s’était même lancé dans la publication d’un magazine dédié à la justice et qui était à son 10e numéro”, précise cet ancien député.
Dans le même ordre, ses connaissances ne manquent toutes pas de rapporter un détail qui n’est pas des moindres: L'immensité de la bibliothèque qui trône dans son bureau d'avocat. “Je n'ai jamais vu un homme politique dévorer les livres autant que lui”, souligne ce même universitaire et ex parlementaire  proche de Ouahbi.

Tombé enfant dans la marmite de la gauche

L'homme politique est atypique, clivant par ses élans et difficilement saisissable. Mais pour tenter de comprendre Ouahbi, il faut savoir d’où il vient.
Selon un proche, son père était un résistant qui avait des relations avec des cadres ittihadis. Enfant, Ouhabi a assisté à des meetings d'Abderrahim Bouabid.
Sa maison familiale abritait des réunions de leaders comme Ahmed El Kabbaj, une des figures de l’UNFP. Son modèle, son grand frère Hassan, lui-même avocat, était membre du PADS et un militant de l’AMDH.

Ouahbi, futur patron du PAM ?
Aussi, Ouahbi a reçu une grande partie de son éducation politique dans la jeunesse ittihadie, alors élève, étudiant, puis avocat. L'un de ses contacts au sein du comité dirigeant de l’USFP était Ahmed Benjelloun, chez qui il a effectué un stage avant de devenir aujourd’hui cet avocat reconnu et bien introduit dans le réseau régional et international des organisations des droits de l’homme, apprend-on auprès d’un diplomate qui l’a côtoyé.
Un parcours digne d’intérêt qui en fait un leader charismatique convaincu que si le PAM se veut être une véritable alternative aux islamistes, il se doit d’avoir un souffle gauchiste en défendant la justice sociale, la proximité avec le peuple, l’équité et la démocratie interne… Mais est-ce au point de pouvoir prétendre un jour à diriger une écurie comme le PAM, deuxième plus grand parti au Maroc après le PJD ?
“Il n'est pas présidentiable pour trois raisons: Il a du mal à retenir sa langue. Il n’essaye pas de plaire à tout le monde. Et ce n’est pas un carriériste, un homme de petits calculs”, dit de lui cet ami proche.
Même topo du côté de Mehdi Bensaid, “Ouahbi ne peut pas avoir une plus grande influence au sein du parti pour fédérer, s’il n’est pas capable de créer des alliances à moyen et à court terme. Aussi, il doit savoir utiliser à bon escient cet ego démesuré, caractéristique des hommes politiques, qui bien sûr permet d’imposer ses principes et ses convictions, mais qu’il faut, revers de la médaille, savoir freiner pour arrêter de croire qu’on a toujours raison”.
S’il arrive à améliorer ses défauts, soutiennent ses amis, s’il en a une volonté, il peut constituer un bon candidat à la direction du parti. Maintenant, sa liberté peut primer plus que tout.
Mais une chose est sûre, Ouahbi avance, apprend de ses erreurs et peut toujours surprendre.

Nonobstant les grandes ambitions de M. Ouahbi, ses proches ne voient pas en lui un candidat à la présidence du PAM ©MAP/Youssef El Hafre
Nonobstant les grandes ambitions de M. Ouahbi, ses proches ne voient pas en lui un candidat à la présidence du PAM ©MAP/Youssef El Hafre

 

Étiquettes