Oui à la vaccination, non à la discrimination !

Par Omar Achy
 Le multilatéralisme à l’épreuve ©MAP/EPA
Le multilatéralisme à l’épreuve ©MAP/EPA
Le monde a eu droit à un grand bol d’air frais avec les annonces en cascade de la production imminente de vaccins. Mais ce climat d’euphorie générale ne doit pas occulter un défi de taille: assurer le droit de vaccination pour tous les pays et toutes les tranches sociales.
A travers le monde, la pandémie du Covid-19 continue de sévir. Mais la succession d'annonces de vaccins prometteurs et à haut degré d'efficacité se présente comme une lueur d'espoir si nécessaire et tant attendue vers une sortie de crise. Serait-elle néanmoins à la portée de tous et à quel point le vaccin, à lui seul, pourrait-il suffire pour tourner cette sombre page de l'histoire moderne de l'humanité ?
L'enjeu est en effet de taille alors que la pandémie a accentué l'unilatéralisme et exacerbé les rivalités entre grandes puissances et à un moment où l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) refuse de baisser la garde et prévient qu’“un vaccin ne suffira pas à lui tout seul à vaincre” cette crise sanitaire inédite.
Certes, depuis l'apparition du premier cas de coronavirus SARS-CoV-2, à Wuhan en novembre 2019, la communauté scientifique est dans une course contre la montre. Aujourd'hui, l'effort des géants pharmaceutiques semble porter ses fruits et aussitôt les grands pays s'activent pour mettre le sérum à disposition de leurs citoyens.
Le Maroc est dans le peloton de tête. Dans le cadre d'une approche Royale proactive depuis l'apparition du coronavirus au Maroc, SM le Roi a donné Ses Hautes Orientations en vue du lancement d'une opération massive de vaccination contre ce virus. La sécurité et l'efficacité ont été des critères fondamentaux dans le choix du vaccin. Et la coordination se fait avec l'OMS à travers son programme COVAX visant à permettre une distribution équitable des vaccins à l'échelle mondiale.

Aux États-Unis, euphorie mais…
Car après les vaccins chinois et d'autres candidats aujourd'hui dans une phase avancée d'essais cliniques, les bonnes nouvelles se succèdent aux États-Unis. Le temps presse en effet dans ce foyer mondial de la pandémie avec 10,7 millions de cas et 244 200 morts, et qui est confronté à une nouvelle flambée de contamination frôlant de nouveaux records dépassant les 150.000 cas par jour.
La société américaine de biotechnologie Moderna vient d'annoncer avoir développé un vaccin très efficace, une percée qui intervient une semaine après celle de Pfizer. Aussi bien le président Donald Trump que le président élu Joe Biden ont salué la nouvelle tout comme la communauté scientifique ainsi que les marchés financiers.
La presse américaine a été unanime à évoquer “des nouvelles optimistes pour changer”, tellement le pays reste divisé après une élection tendue et à l'issue toujours contestée par le président sortant. Donald Trump n'a toujours pas concédé sa défaite, compliquant, d'après ses critiques, la phase de transition pour la future administration pourtant impatiente de mettre en place sa vision pour s'attaquer justement à la pandémie et ses conséquences sévères aux plans économique et social.
En attendant, le temps est clairement à l’optimisme. Moderna a annoncé que son vaccin, qui ne nécessite pas de stockage ultra-froid comme la version de Pfizer-BionTech, est efficace à 94,5% lors des essais aux États-Unis. Il semble empêcher aussi des infections graves de même qu'il a prouvé un haut degré d'efficacité chez les personnes fragiles, sévèrement affectées par la pandémie.
Les deux vaccins qui nécessitent deux doses chacun, sont en bonne voie pour obtenir une autorisation dans les semaines à venir en vue d'une utilisation d'urgence. À partir de décembre, le gouvernement américain souhaite en effet que les doses initiales bénéficient aux groupes prioritaires et à haut risque, tels que le personnel de santé et les personnes âgées.

Des pannes de fonds et de coordination
D'après le Dr Moncef Slaoui, conseiller scientifique de l’opération “Warp Speed” (vitesse de l'éclair) lancée par la Maison Blanche, quelque 20 millions d'Américains pourraient recevoir un vaccin contre le coronavirus en décembre, et 25 à 30 millions d'autres pourraient être vaccinés chaque mois par la suite. Même aux États-Unis en effet, la distribution des vaccins Covid-19 sera un énorme défi, en partie parce que les services de santé des États affirment ne pas disposer actuellement du financement nécessaire. Quid du reste du monde ?
Le manque de coordination suffisante dans la riposte au Covid-19 depuis son apparition a montré à quel point la communauté internationale est partagée sur la question, privilégiant souvent des mesures nationales à la coopération.
Pourtant, un dispositif a été mis en place pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le virus (Accélérateur ACT). Il s'agit d'une collaboration mondiale qui vise à accélérer la mise au point et la production de produits de diagnostic, de traitement et de vaccins et à y assurer un accès équitable.
Sauf que sur fond de tensions politiques et de rivalité économique, la confrontation entre les États-Unis et la Chine s'est intensifiée sur le front de la course au vaccin. L'unilatéralisme a ainsi prévalu sur le multilatéralisme indispensable face à pareil défi global, une situation consacrée par la décision de Trump d'acter le retrait de l'OMS, une mesure que Joe Biden promet d’abroger dès son investiture le 20 janvier prochain.

OMS: Il reste du chemin à parcourir…
Face à un virus qui transcende les espaces et les frontières, son éventuelle maîtrise ne peut s'accommoder des difficultés d'approvisionnement du vaccin et de l'approche purement commerciale de certaines industries pharmaceutiques, préviennent nombre d'experts et de leaders politiques notamment dans les pays du sud.
Si l'attitude de la Chine reste la plus convenable en termes d’accessibilité pour les pays en développement, d'aucuns s'attendent à ce que l'administration Biden tienne ses promesses de favoriser une démarche globale afin que tous les pays puissent disposer de la quantité de vaccins nécessaires.
Malgré cela, la bataille ne sera pas tout à fait gagnée à court terme, tempère l'OMS. “Dès le début de la pandémie, nous savions qu’un vaccin serait essentiel pour maîtriser le Covid-19, c’est pourquoi l’OMS a proposé l’ACT-Accelerator” mais “nous avons encore un long chemin à parcourir”, a déclaré le patron de l'agence onusienne, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.
“Dans un premier temps, les quantités seront limitées et par conséquent les personnels soignants, les personnes âgées et celles à risque auront la priorité. Et nous espérons que cela va faire baisser le nombre de morts et permettre aux systèmes de santé de résister”, a-t-il souligné avant de réitérer l'appel au maintien de certains fondamentaux, qui ont permis à de nombreux pays de contenir le coronavirus, en brisant les chaînes de transmission et sauver
des vies.