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Patrimoine culturel gabonais: Les masques qui dévoilent les ‘‘esprits’’

Par Jalal Chouhani
Patrimoine culturel gabonais: Les masques qui dévoilent les ‘‘esprits’’ ©DR
Patrimoine culturel gabonais: Les masques qui dévoilent les ‘‘esprits’’ ©DR
Fête d’accueil, initiation dans le village, naissance de jumeaux, jugements, funérailles, lever de deuil..., le masque dévoile une facette originale de toute la finesse d’un patrimoine qui allie à la fois spiritualité et tradition, esthétique et histoire gabonaises.

Manifestations identitaires et symboles culturels très enracinés, les masques au Gabon illustrent la place importante de la spiritualité dans la société. Une spiritualité qui se manifeste à travers les rituels et objets symboliques, dont le masque, “support de la force sacrée”, selon l’historien gabonais Robert Orango-Berre. “Le masque est une représentation de l’aspect concret de la conception mythique que les hommes ont de l’esprit. Il s’agit souvent d’un esprit de la forêt, un monstre effrayant mi-homme, mi-bête ou bien un mort, un élément transfiguré et abstrait et dont on veut capter la force vitale”, souligne M.Orango-Berre.
Dans l’imaginaire gabonais, le masque sert à organiser une rencontre avec un personnage mystique. Il est ainsi le moyen de contact avec l’au-delà, tandis que danser avec les masques revient à créer les conditions d’une telle rencontre.

Le médium des sociétés initiatiques

D’après Robert Orange-Berre, le masque appartient non pas à un individu mais à une société de danse. Cette association observe habituellement une consigne de secret et procède à une initiation des porteurs de masques, exclusivement des hommes.

Pour la société gabonaise, les masques revêtent souvent une valeur sacrée ©DR
Pour la société gabonaise, les masques revêtent souvent une valeur sacrée ©DR


Les masques sont conçus pour être utilisés par les sociétés initiatiques, lors de rites marquant les événements importants. Fête d’accueil, initiation dans le village, naissance de jumeaux, jugements, funérailles, lever de deuil... autant d’occasions où se mêlaient la musique, le spectacle, la danse. Les masques dansants véhiculent la parole des ancêtres lors de ces cérémonies où la représentation symbolique des croyances religieuses est particulièrement soignée. “Vecteurs de régulation sociale, objets de culte des ancêtres, les masques ont considérablement marqué les arts premiers qui ont inspiré les plus grands noms de l’histoire de l’art”, affirme, pour sa part, le directeur du musée national des arts et traditions de Libreville, Koumbi Ovena
willis. Et d’ajouter: “Les qualités plastiques des masques aussi bien faciaux que heaumes n’étaient que le reflet de la volonté des peuples du Gabon de laisser les représentations spirituelles s’immiscer dans le quotidien avec le plus grand raffinement”. Selon M.Ovena
willis, l’intérêt esthétique était en effet flagrant à travers le maquillage, les parures, les coiffures, les sacrifications et les tatouages, voire par des mutilations.

Des chefs-d’oeuvre à part entière

Pour la société gabonaise, les masques revêtent souvent une valeur sacrée d’où l’importance de l’impression de vie qui se dégage de ces œuvres. Des sortes de supports créées par les hommes pour s’approprier les qualités des animaux, craints ou admirés ou représenter des êtres humains pour les ridiculiser, comme les anciens ennemis qui pillaient les villages.
Le masque dévoile une facette originale de toute la finesse d’un patrimoine qui allie à la fois spiritualité et tradition, esthétique et histoire gabonaises, explique le directeur du musée national des arts et traditions de Libreville, notant que les masques gabonais sont prisés par les collectionneurs d’oeuvres d’art comme en témoignent les prix de certaines œuvres qui s’élèvent à plusieurs millions de francs CFA. A cet égard, il a souligné que le gouvernement gabonais est en négociation avec son homologue français pour récupérer plusieurs masques qui sont exposés actuellement dans certains musées français d’autant plus qu’un nouveau musée plus grand sera inauguré prochainement dans la capitale gabonaise Libreville.

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