Primaire démocrate: Joe Biden et les autres

Farouq El Alami
Dans la primaire démocrate, Joe Biden part grand favori, mais la course promet encore plein de rebondissements ©MAP/EPA
Dans la primaire démocrate, Joe Biden part grand favori, mais la course promet encore plein de rebondissements ©MAP/EPA
La primaire démocrate s’annonce serrée et captivante. Si Joe Biden part grand favori, la course promet encore plein de rebondissements. Et pour cause, les Démocrates ont du mal à dégager une véritable alternative à une administration Trump plus pugnace que jamais.

A sept mois d'une primaire démocrate historique, où les électeurs devront choisir, parmi un nombre impressionnant de 24 candidats, celui ou celle qui affrontera Donald Trump à la présidentielle de 2020, une première tendance commence à se dégager: L’ancien vice-président Joe Biden se place pour le moment, à en croire les observateurs, en grand favori des sondages.
Crédité de 32% des intentions de vote dans un récent sondage de CNN, Joe Biden, 76 ans, caracole en tête avec une avance considérable oscillant entre 14% et 19% sur son premier adversaire, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, 77 ans, et sa part de 18% seulement. S’il se maintient largement en tête des sondages, la cote de popularité de l’ancien vice-président de Barack Obama connaît toutefois une tendance baissière au moment où un grand nombre de candidats libéraux commencent à pointer du doigt son long passif de législateur centriste.

Modérés et progressistes à couteaux tirés

Selon les candidats dits “progressistes” du parti, dont Bernie Sanders et la sénatrice Elizabeth Warren, seule une politique plus “sociale” serait à même de triompher du conservatisme excessif de l’administration Trump.
Cet écart entre ailes modérée et progressiste était étalé au grand jour lors de la Convention du parti démocrate en Californie, tenue récemment à San Francisco. Dans ce bastion démocrate, Sanders, Warren, ou encore Pete Buttigieg n’ont pas manqué d’ironiser sur l’absence de Joe Biden qui a préféré assister à un dîner dans l'Ohio.
Les Démocrates “ne vaincront pas Donald Trump à moins d’apporter de l’enthousiasme et de l’énergie dans la campagne”, a martelé le sénateur du Vermont, candidat malheureux de la primaire démocrate en 2016 face à Hillary Clinton, soulignant qu’il ne peut y avoir de politique “du milieu” sur nombre de sujets, allant de l’environnement à la couverture santé. De son côté, la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, qui a été longtemps ovationnée, a rejeté l’idée défendue par M. Biden selon laquelle les Républicains auront une “épiphanie” lorsque Donald Trump ne sera plus à la Maison-Blanche et collaboreront activement avec les Démocrates sur une base bipartite.
“Certains disent que si nous nous calmons tous, les Républicains vont reprendre conscience, mais notre pays traverse une crise”, a entonné Mme Warren qui monte lentement mais sûrement dans les intentions de vote, au détriment de son jumeau politique, Bernie Sanders, à la faveur d'un programme électoral “réponse à tout”. “Le temps des petites idées est révolu”, a-t-elle poursuivi, faisant observer, en désignant sans le nommer l’ancien vice-président, que “lorsqu'un candidat vous parle de tout ce qui n'est pas possible, de la façon dont les calculs politiques passent en premier lieu, de la manière dont vous devriez vous contenter d'éléments insignifiants au lieu d'un changement réel, ils vous disent quelque chose de très important - ils vous disent qu'ils ne se battront pas pour vous”.

Biden, le cheval gagnant de la course ?

Pour sa part, M. Biden semble délibérément vouloir se distinguer du reste des candidats démocrates en se positionnant comme le seul homme à pouvoir véritablement battre Donald Trump. Par ailleurs, dans la foulée des critiques qui lui ont été adressées sur le manque de substance de son programme électoral, M. Biden, qui en est à sa troisième tentative de briguer l’investiture démocrate après ses défaites en 1988 et 2008, a annoncé un ambitieux plan pour réduire à néant les émissions de carbone des États-Unis à l’horizon 2050.
à quelques semaines du premier débat entre les candidats à la primaire démocrate, M. Biden semble également compter sur la similitude des programmes électoraux de ses adversaires pour diviser leurs partisans.

Et le grand perdant est... Beto O’Rourke

En effet, sur de nombreuses questions allant du port d’armes à feu, la réforme fiscale, le démantèlement des géants de la Silicone Valley à la promotion de la gratuité de l’enseignement universitaire, les électeurs ont bien du mal à choisir entre le populaire, mais âgé, Bernie Sanders, la très expérimentée Elizabeth Warren, l’ambitieuse Kamala Harris ou le flamboyant maire de South Bend, Pete Buttigieg.

Joe Biden est à sa troisième tentative de briguer l’investiture démocrate après ses défaites en 1988  et 2008 ©MAP/EPA
Joe Biden est à sa troisième tentative de briguer l’investiture démocrate après ses défaites en 1988 et 2008 ©MAP/EPA


Quant au titre du grand perdant des premiers mois de cette campagne électorale, il revient sans nul doute à Beto O’Rourke.  
Cet ancien député du Texas avait su capturer l’imaginaire des Américains lors des élections législatives de mi-mandat en 2018, malgré sa défaite de justesse face à l’ultra-conservateur Ted Cruz dans la course au Sénat au Texas, un État acquis de longue date aux Républicains.
En cause, l’insistance du jeune candidat à bouder les médias nationaux, une erreur qui pourrait s’avérer fatale pour ses ambitions présidentielles. Après une entrée tonitruante dans la course à la primaire à la mi-mars dernier, le Texan a dégringolé dans les sondages où il n’est plus crédité que de 5% des intentions de vote.
Afin d’aider les électeurs à départager les nombreux candidats, le Comité national du parti démocrate américain a opté pour une formule inédite de deux débats les 26 et 27 juin à Miami, et ce pour donner à chacun des prétendants à la Maison Blanche l’occasion de se distinguer dans une course pour l’investiture qui s’annonce, pour le moins, captivante.

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