Quand la fiction marocaine ‘‘crève l’écran’’ de la télé

Par Zineb Bouazzaoui
Dayer Lbuzz ©DR
Comme son nom l'indique, “Dayer L'Buzz” fait vraiment le buzz sur la Toile, en récoltant un succès inattendu. Inspiré de la réalité marocaine, ce mini-feuilleton captivant braque les projecteurs sur le combat mené au quotidien par les jeunes pour réaliser leurs rêves. Quand on y croit, on finit par y arriver, mais ce n'est pas aussi rose qu’on imagine…

La chaîne Al Aoula surprend à chaque fois les téléspectateurs marocains par ses petits bijoux télévisuels. Après “Yacout w Anbar” et “Rdat lwalida”, c’est la mini-série “Dayer L’Buzz” qui cartonne. Cette fiction de quatre épisodes est un véritable phénomène à la télévision et sur le Web.

C’est une histoire qui met en scène un jeune marocain (Tarik) qui rêve de percer dans le monde de l’acting, de prouver ses capacités en tant qu’acteur professionnel et de démarrer une carrière dans ce domaine qui le passionne. Ce jeu sur le quotidien du personnage, les contraintes qu’il rencontre et cette intégration de la banalité touche le téléspectateur marocain.

Portée par un scénario solide signé Fatine Youssoufi et une réalisation habile de Alaa Akaaboune, le feuilleton capte les esprits dès le début du premier épisode, creusant avec audace dans la chair d’un réalisme nouveau et d’une authenticité pure. 

Pour qu'une série marocaine puisse être qualifiée de “culte”, elle doit accrocher les téléspectateurs dès les premières scènes. Ce fut le cas pour “Dayer Lbuzz”.

Le premier épisode est différent de ce qu’on a l’habitude de voir

Au début, quatre enfants en train de jouer parlent de ce qu’ils souhaitent devenir quand ils seront adultes: Tarik veut être acteur, Malika (sa future épouse) veut devenir avocate, Badr, son meilleur ami, se voit champion de Formule 1, tandis que son frère Ahmed ambitionne d’être professeur universitaire. 

Des années plus tard, aucun des quatre n’a réalisé son rêve. Ils ont plutôt réalisé une partie minime et ironique de ces derniers: Tarik cherche des castings pour se dépanner, Ahmed est instituteur, Malika est assistante d’un avocat, Badr est chauffeur de taxi. Les trois adultes ont accepté leur réalité sauf Tarik qui se bat encore pour réaliser son rêve. Le téléspectateur va le croiser le jour où il décide de l’abandonner, et ce même jour, une scène banale qu’il a jouée dans un film américain va faire le buzz. Du jour au lendemain, il devint célèbre.

 

Un nouveau souffle aux séries télévisées marocaines

Les quatre épisodes mis en ligne ont suscité une avalanche de commentaires: “Je n’ai pas regardé de série marocaine depuis 10 ans et franchement ce fut une très bonne surprise”, “Une série magnifique, je ne m’y attendais pas du tout” ou encore, “J’attends mercredi avec impatience pour regarder le nouvel épisode”.

L'avènement de ce genre de séries fut comme l’enclenchement, la marque de naissance d’une nouvelle philosophie de la télévision marocaine, réconciliant le téléspectateur avec une fiction audiovisuelle “Made in Morocco” de qualité. 

“Une histoire d'une telle intensité avait besoin d'un casting de haut niveau pour la porter amplement à l'écran. Un pari remporté grâce à une brochette de talents en tête d'affiche (Abdelilah Rachid, El Mehdi Foulane, Maria Lalouaz, Raouia...) qui ont donné le meilleur d’eux mêmes et qui sont tous passés par la case “casting/premier rôle” tel que Tarik, le personnage principal”, explique à BAB Alaa Akaaboune, le réalisateur de la série.

Un feuilleton fidèle à la réalité

“Je tenais énormément à faire cette série car tout le monde peut s’identifier au personnage de Tarik: ce jeune homme qui se bat pour vivre de sa passion”, affirme ce lauréat de l’Ecole supérieure des arts visuels de Marrakech, notant que lui-même s’est vu en ce personnage dans plusieurs scènes surtout celles où on le voit en tête à tête le soir devant la télévision avec sa maman. 

“Pour que la mayonnaise prenne, il faut un duo qui fonctionne et je trouve que Abdelilah Rachid et Raouia ont fait un très bon duo, et souvent pour les diriger je pensais à ma mère car c’est la seule personne qui m’a toujours soutenu même si elle aurait préféré que je fasse un autre métier. C’était une façon pour moi de la remercier pour tout ce qu’elle a fait”, confie-t-il à BAB.

En général, chez les artistes, souvent leur entourage ne croit pas en eux. L’acting et la réalisation sont plus vus comme une passion à exercer en parallèle plutôt qu’un vrai métier. “Il faut que les gens comprennent que c’est un métier très dur. Pour y trouver sa place il faut travailler énormément et une fois c’est le cas, rien n’est jamais acquis, il faut continuer à se battre. C’est dommage que les gens ne nous prennent pas au sérieux”, estime-t-il.

“La scénariste Fatine Youssoufi, les techniciens et les autres acteurs se sont également reconnus en Tarik. Et c’est quelque part ce qui nous a tous motivés à donner le meilleur de nous-mêmes afin d’avoir un projet qui va plaire au grand public”, ajoute Alaa Akaaboune.

Interrogé sur son caméo, Alaa qui joue le rôle du réalisateur désagréable qui fait passer un casting à Tarik, affirme que ce metteur en scène n’a rien à voir avec lui. “Je suis une personne qui communique beaucoup avec les acteurs”. 

 

Tous les ingrédients d'une série à succès réunis

Alaa Akaaboune s’est dit fier et content du succès qu’a connu ce projet. “Il a été fait avec beaucoup d’amour et une grande partie de sa réussite revient à Fatine Youssoufi. C’est un projet qui nous a touchés personnellement, et les retours positifs nous boostent pour les projets futurs”, conclut-il.

L’acteur principal Abdelilah Rachid, quant à lui, a écrit sur sa page Facebook: “1 million de vues sur Youtube en quatre jours pour un feuilleton dramatique veut tout dire! En plus des millions de vues à la télévision. Ce n’est ni le Ramadan, ni le confinement. Les acteurs ne sont pas des stars d’instagram. Merci aux meilleurs téléspectateurs”. Dans la même lignée, Maria Lalouaz, qui a joué le rôle de Malika, ex-épouse de Tarik et mère de son fils, affirme s’être retrouvée dans l’histoire de Tarik, parce qu’il a rencontré énormément de difficultés pour se faire un nom dans le domaine. Même s'il a eu une formation probante, ceci n’a pas suffit. 

“Dayer Lbuzz a su montrer que d’autres paramètres entrent en jeu pour décrocher un rôle important voire même le rôle de sa vie et qu’un acteur peut être parfois amené à accepter un rôle sous-payé pour gagner sa vie même si c’est très frustrant”, selon cette lauréate de l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle(ISADAC).

“Le métier d’artiste est dur. Personnellement, je l’exerce avec beaucoup d’amour et de passion malgré les longues heures de travail, le stress et l’angoisse qui vont avec. Cet amour me pousse à travailler et à m’exercer au quotidien, à chercher le bon projet, malgré l’incrustation de certains profils qui ne sont pas forcément faits pour le métier, le manque de stabilité et la grande concurrence”, relève la comédienne.

“En lisant le tout premier épisode du scénario j’ai directement su que ce n’était absolument pas ma zone de confort: Malika est un personnage très complexe: c’est une femme impulsive qui tente de ruiner la vie professionnelle de son ex-mari par tous les moyens, mais qui entretient quand même un bon rapport avec son ex-belle mère. Tantôt elle est méchante avec Tarik et le blesse, tantôt elle tente de le reconquérir et lui propose de l’aide, puis, soudain, elle décide d’épouser un autre homme. C’est en cernant ces différentes facettes que j’ai essayé de présenter Malika avec l’aide du réalisateur. L’enjeu était de jouer l’antihéros sans que le public me déteste forcément”, souligne Maria Lalouaz.

Malika est une jeune femme ambitieuse, bosseuse. Divorcée, elle prend en charge seule son fils vu que son père n’a pas de revenu. “En gros, je trouve que ses réactions vis-à-vis de Tarik sont légitimes, même si je ne suis pas d’accord avec certaines démarches (calomnies et scandales), mais ces scènes donnent du charme au feuilleton. La scénariste a su mettre le doigt intelligemment sur ce genre de comportements qui sont légion dans la société”.

L’offre dramatique marocaine fait ses preuves, Dayer lbuzz convainc et remplit son objectif: il suffit de commencer le feuilleton pour succomber au “binge-watching” un vendredi soir sous un plaid en sirotant du thé à la menthe. Un vrai régal !