‘‘The Queen’s Gambit’’, 64 cases et une génie

Par Boutaina Rafik
The Queen’s Gambit ©DR
The Queen’s Gambit ©DR
Apparu au sommet des contenus les plus populaires de Netflix, “The Queen’s Gambit” raconte l'ascension d’une jeune prodige au sein des plus hautes sphères du monde des échecs. BAB a regardé cette mini-série qui met la femme à l’honneur et vous en fait le compte-rendu.

Pour tous les amateurs d'échecs, The Queen’s Gambit n’est pas seulement un titre, c’est également une ouverture d'échecs qui consiste à sacrifier un pion afin de gagner le contrôle du centre de l’échiquier. 

Les connaisseurs du jeu le sauront, cette manœuvre est risquée à l’image de la vie de Beth Harmon, incarnée avec brio par Anya Taylor-Joy dans la dernière mini-série à succès de Netflix qui a été adaptée du roman de Walter Tevis. Orpheline à l'âge de neuf ans suite à un accident suspect qui met un terme à la vie de sa mère, Beth se retrouve dans un orphelinat dirigé par une directrice stricte. 

D’emblée, le spectateur comprend que Beth n’est pas une enfant comme les autres. Solitaire, silencieuse et studieuse, Beth trouvera son bonheur au sous-sol en apprenant clandestinement à jouer aux échecs avec le concierge qui incarne une famille qu’elle n’a jamais eue. 

Beth s’approprie le jeu, en rêve la nuit, le projette sur le mur du dortoir et, rapidement, elle surpasse le vieux maître. Sa dépendance aux tranquillisants, distribués dans l’orphelinat et puis volés à sa mère adoptive, l’aide à améliorer son jeu au côté des ouvrages que lui remet le concierge. C’est en gardant la confusion dans son esprit, embrumé d’alcool et de drogue, que la jeune femme gagne les matchs, puis les compétitions.

 

Une passionnée d’échecs qui déteste l’échec

 

C’est là que commence la quête de Beth pour devenir la meilleure joueuse d’échecs du monde. Durant les 7 épisodes de la série, le spectateur est transporté des années 50 aux années 60. 

Les décors changent, le style vestimentaire de Beth évolue et est de plus en plus raffiné et avec lui son jeu. C’est dans cette atmosphère que se déroule ce drame consacré à une femme seule dans un univers d’hommes. Prisonnière de sa tête, Beth est une femme dans la tourmente. 

Son obsession de devenir championne se fond dans ses dépendances aux drogues et à l’alcool; Beth s’autodétruit en faisant face à des adversaires puissants qui ont trois ou quatre fois son âge.

Jeune prodige, Beth semble imbattable. Une chose est sûre: la jeune femme déteste perdre: c’est là sa plus grande qualité et son plus grand défaut. Obsédée par le jeu, Beth incarne ces génies dont le talent est parfois la traduction d’une souffrance profonde ou carrément de la folie.

Les réalisateurs de la série ont su capter avec brio l’état mental troublé de la jeune femme. Mais ceci n’aurait pas été fait sans la prestation impressionnante d'Anya Taylor-Joy avec son regard félin, son visage expressif et son talent. Anya a livré une performance exceptionnelle; sa froideur, sa concentration, son indifférence et en même temps son bon fond reflètent parfaitement les traits de Beth Harmon.

Et ce n’est pas seulement Anya qui a brillé. Bill Camp et Moses Ingram, qui jouent respectivement le concierge monsieur Shaibel et son amie, ainsi que la jeune orpheline Jolene ont livré des interprétations crédibles, au côté des joueurs d’échecs Harry Melling, qui joue le timide Beltik avec une grande justesse et Thomas Brodie-Sangster, incarnant Benny, aussi passionné d’échecs que Beth. 

 

Un film autodidacte, à l’image de l'héroïne

 

Aussi, et pour s’approcher au maximum de la réalité, les acteurs ont passé beaucoup de temps à apprendre les mouvements du jeu. La maîtrise des règles du jeu, ajoutée à la précision de chaque mouvement et au choix de la musique qui réussit à insuffler à chaque partie d’échecs une tension presque palpable, font de ce film un pur régal. La série nous parle également de la Défense sicilienne et d’autres stratégies d’un jeu très complexe, dévoilant un univers de réflexion, de stratégies, de tactiques, mais surtout de respect: tous les joueurs font preuve des meilleures manières et reflètent le côté élégant et raffiné du jeu.

En pleine guerre froide, la série transporte les spectateurs de Las Vegas à Paris, pour atterrir à Moscou où Beth affronte Borgov, le meilleur joueur de la planète et le seul adversaire qui lui fait peur. 

The Queen’s Gambit apparaît au sommet des contenus les plus populaires de Netflix et c’est mérité. Aucun buzz médiatique ne l’a précédé, aucun acteur célèbre n’en est la vedette. Seul un bouche à oreille des spectateurs l’a propulsé au meilleur classement sur la plateforme.w