Quel avenir pour le Maroc post-covid ?

Par Samia Boufous
Un projet de société ©MAP
Un projet de société ©MAP
La crise provoquée par la pandémie de Covid-19, qui a chamboulé l'économie nationale et internationale, a retardé de six mois le délai de présentation par l'équipe Benmoussa du rapport sur le nouveau modèle de développement, d'autant plus qu'elle a mis certains secteurs au cœur des priorités des citoyens, notamment la sécurité sanitaire, la souveraineté économique, l'industrialisation et la transition écologique. Ces priorités sont désormais bien identifiées. Place à l'action !

Inscrit dans une logique de rupture avec le passé, le nouveau modèle de développement, dont un rapport sera remis à SM le Roi Mohammed VI début janvier 2021, aspire à s'ériger en locomotive de développement économique du Royaume, pour assurer une croissance durable et inclusive et répondre efficacement aux différentes préoccupations de la population marocaine.

“Si le Maroc a réalisé des progrès manifestes, mondialement reconnus, le modèle de développement national, en revanche, s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale”, avait souligné le Souverain dans un discours prononcé devant les membres des deux Chambres du Parlement à l’occasion de l’ouverture de la première session de la 2-ème année législative de la 10-ème législature, en octobre 2017.

 

Pour un véritable décollage économique

 

Ainsi, et en vue de permettre à l'économie marocaine de réaliser un véritable décollage économique, la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) a pu voir le jour et s'est vue confier la noble mission de faire un diagnostic précis et objectif de la situation actuelle du pays, d'en déterminer les maillons forts et d'identifier les dysfonctionnements à pallier. L'objectif étant de définir les contours d'un nouveau modèle de développement inédit, garantissant aux citoyens leurs droits fondamentaux économiques, sociaux, culturels et environnementaux, au même titre que leurs droits civils et politiques.

La particularité de cette commission a été d'assurer une triple mission de réajustement, d'anticipation et de prospective, pour permettre au pays d'aborder l'avenir avec sérénité et assurance, tout en s'appuyant sur les différents acquis engrangés par l'économie marocaine durant les vingt dernières années et en prenant en considération les grandes orientations des réformes engagées dans divers secteurs, notamment l'enseignement, la santé, l'agriculture, l'investissement ou encore le système fiscal.

A cet effet, la Commission a effectué 70 auditions et séances d'écoute, 113 ateliers de travail, 35 séances d'écoutes citoyennes organisées dans différentes villes du Royaume et des déplacements sur 30 sites, en plus de la mise en place d'un dispositif ambitieux pour récolter les attentes des citoyens et leurs principales préoccupations en matière de développement, ainsi que leurs propositions pour un Maroc meilleur, à tous les niveaux.

Ainsi, en matière de justice sociale et territoriale, les écoutes ont confirmé et révélé la centralité des thèmes de la santé, de l'éducation et de la protection sociale chez les Marocains, la prévalence d'un sentiment d'inégalité territoriale, ainsi que le refus de la logique de “l'assistanat”. Concernant les libertés publiques, les personnes consultées ont fait part de différents dysfonctionnements, comme notamment la faiblesse de la bonne gouvernance. 

 

Moraliser la vie publique, la priorité des priorités !

 

Une bonne partie de la population a, en outre, plaidé pour la moralisation de la vie publique ainsi que pour la matérialisation du principe de reddition de comptes, étant un principe de base de la bonne gouvernance et constituant l'un des piliers d'un régime démocratique réel et efficace, alors qu'en matière de développement économique, la quasi-totalité des attentes ont concerné la mise en place d'une économie au service de la société et l'amélioration de la production nationale.

Plusieurs institutions ont également contribué aux efforts consentis à même de concevoir ce modèle, notamment le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a publié un rapport en la matière selon lequel l'État se doit de garantir une offre de soins de santé de qualité, couvrant l'ensemble du territoire, sécuriser les droits des citoyens à une justice probe, fiable et efficacement protectrice de la dignité, des libertés et des droits fondamentaux des justiciables, assurer le droit des citoyens à un service de transport collectif étendu, sûr et de qualité, garantir l'accès à un logement décent et un cadre de vie digne et ériger l'accès à la culture et aux sports en causes prioritaires, en investissant dans les infrastructures, les équipements et la valorisation des talents.

Il en va de même pour l'Institut royal des études stratégiques (IRES) qui a, à son tour, contribué au renouvellement du modèle de développement, grâce à son rapport stratégique 2019/2020, dans lequel il a mis en avant quatre piliers majeurs, en l'occurrence, la nécessité de remettre l'humain au cœur du développement, la protection de la nature, la contribution à la planétarisation, outre un engagement résolu dans l'“exponentialité”.

Par ailleurs, la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, qui a chamboulé l'économie nationale et internationale, a retardé de six mois le délai de présentation du rapport du nouveau modèle, d'autant plus qu'elle a mis certains secteurs au cœur des priorités des citoyens, notamment la sécurité sanitaire, la souveraineté économique, l'industrialisation et la transition écologique.

Qualifiée d'invité surprise du nouveau modèle par plusieurs économistes, la crise a, en outre, démontré les enjeux primordiaux du développement, le rôle crucial de l'Etat en période de crise, la place du numérique en tant qu'outil indispensable pour garantir la continuité des différents échanges, en plus de permettre à la Commission de constater l'impératif de réhabiliter le service public. Se prononçant sur ce sujet, l'économiste Mehdi El Fakir, a relevé que le nouveau modèle de développement constitue “une délivrance” pour tout marocain, dans la mesure où il aspire à être la solution aux divers problématiques et maux structurels que le pays a dû traîner, depuis plusieurs années déjà. Ce modèle se doit d'être inclusif sur plusieurs dimensions, notamment sur les plans économique, social et sociétal, mais également spatial, en permettant aux régions qui produisent le plus de richesses de les répartir de façon équilibrée avec les zones en difficulté, tout en profitant des atouts de chaque région, a-t-il soutenu, notant que sur le plan institutionnel, la mise en place de la décentralisation, le renouvellement de l'offre politique et le rétablissement de la confiance des citoyens en les institutions et les instances élues, demeurent essentiels pour la réalisation du nouveau modèle de développement.

“On ne peut concevoir une vision stratégique du modèle de développement sans tenir compte des disparités et déséquilibres des régions, la régionalisation élargie n'aura de sens que si la région devient une véritable locomotive de développement économique et social”, a-t-il estimé.

“Libérer le potentiel de croissance passe par une amélioration et un assainissement de l'environnement des affaires et la mise en place d'instances de régulation publiques afin de fixer les règles du jeu devant régir le bon fonctionnement de l'économie de marché pour éviter tous types d'abus”, a souligné M. El Fakir, tout en rappelant que les petites et moyennes entreprises (PME) représentent 95% du tissu économique national, d'où la nécessité de comprendre les enjeux et opportunités qui dessinent leur avenir. Sur le plan fiscal, a-t-il poursuivi, il est impératif de renforcer les équilibres financiers par une réforme fiscale élargissant l'assiette de l'impôt, qui permettra de réinjecter des moyens financiers dans l'activité économique et de lutter donc contre la fraude et l'évasion fiscale.

Abordant le plan international, M. El Fakir a relevé que le Maroc a su maintenir une tendance globalement positive au sein d'une conjoncture internationale caractérisée par plusieurs incertitudes et a toujours su garder les mêmes partenaires étrangers, notamment l'Union européenne et l'Afrique, qui offrent des partenariats “gagnant-gagnant”.