Radioscopie du maintien de l'ordre

Par Mohamed Aswab
Visite au siège du Groupe mobile de sécurité (GMS 99) à Rabat où ont été organisées des simulations d'intervention de maintien de l'ordre - ©MAP/Saïd Bahajji
Visite au siège du Groupe mobile de sécurité (GMS 99) à Rabat où ont été organisées des simulations d'intervention de maintien de l'ordre - ©MAP/Saïd Bahajji
Les Compagnies mobiles d‘intervention (CMI), les anciennes entités de maintien de l’ordre, dont les dérapages ont marqué l’histoire politique et sociale du Maroc contemporain, n’existent plus. Le Maroc a changé, il a tourné la page du passé, tout relève du passé… Et le présent a donné naissance à une autre entité chargée des missions des “ex-CMI”, “les Unités de maintien de l’ordre”. Le nouveau corps sécuritaire est porté par de nouveaux Hommes, de nouvelles valeurs, une nouvelle vision...

Jusqu'à preuve du contraire, elles bénéficient de la “présomption de culpabilité”. Les forces de maintien de l'ordre -c'est d'elles qu'on parle- seraient la source de tous les malheurs, du moment qu'elles “osent” agir pour maintenir l'ordre ! Elles seraient la cause de tous les torts du monde ! Quoi d'autre ? Tous les stéréotypes sont “bons” pour dénigrer cette institution, sa raison d'être, son action, ses valeurs et ses Hommes. Peut-être que notre “mémoire collective” nous renvoie toujours vers les défuntes Compagnies mobiles d'intervention, les ex-CMI. Forcément. Ces entités des “années de plomb”, dont les torts ont été reconnus et surtout corrigés par le Maroc moderne, le Maroc de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Oui, mais... - avouons-le, nous succombons facilement à la tentation de  ce “mais” au goût rebelle- les Unités de maintien de l'ordre (l’entité ayant remplacé les “CMI”) sont, elles-aussi, au banc des accusés ! Elles seraient coupables à jamais, coupables du passé, coupables d'exister ! Et puisque les accusations infondées leur font “très mal” -plus que ne le font les projectiles lancés contre ses membres, plus que ne le font les blessures graves subies par des agents d'intervention -, ces Unités sont ouvertes à l’échange et à la communication.
Contactée par la MAP, média sérieux, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), établissement ouvert, a aussitôt donné son “OK” pour un reportage et une série d'interviews. Pour cette institution qui se métamorphose et qui fait tout pour s’inscrire dans l’air du temps, toutes les initiatives sont bonnes pour mettre à terre par “K.O” ces “préjugés”, ces “informations erronées”, ces “fake news” qui tuent les institutions et leur crédibilité... Deux jours durant, la Direction de la sûreté publique (DSP) à Rabat nous a reçus. Des haut gradés de la police ont été rappelés, de là où ils étaient en mission, pour une autre mission, pas moins importante: communiquer. Évidemment, on a gardé certains points confidentiels vu leur caractère sensible. Mais on nous a suffisamment dit, à visage découvert ou en “Off”, pour pouvoir parler de tout.
Pour mener à bien la Com’, la DGSN a sorti ses “grands moyens”. Que du “gros calibre” de l’autre bout de la table: le commissaire divisionnaire Mohammed Lemzabi, chef de la Division de la Police urbaine de la Direction de la Sûreté publique (DSP), le commandant divisionnaire Abderrahim Samil, chef de la Division des Unités de maintien de l'ordre relevant de la DSP et le commandant de paix principal, Mohammed Bouhallouch, chef de service de la Formation continue à la DGSN. Le tout coordonné par Boubker Sabik, responsable du pôle communication de la DGSN. à la DSP, après le rituel des mots de bienvenue, les haut gradés de la police sont aussitôt passés à l'action: dix heures d'explications intenses réparties sur deux jours, des chiffres et documents à l'appui et des simulations sur le terrain. Tout a été au rendez-vous pour mener à bien “l'intervention musclée” contre les accusations et les “fake news”. Et nous, en tant que témoins, nous avons pour mission de vous livrer le compte-rendu de cette “opération de légitime défense”. à chacune des accusations portées par une partie de l’opinion publique à l’encontre de ce corps policier, voici des réponses argumentées… Et N.B: nos policiers, à la différence de nos honorables politiciens, n’ont pas fait l’école de la “langue de bois”. Donc, bonne lecture…

1ère accusation: “usage d'armes” contre les manifestants

Pour déconstruire le “préjugé” de l'usage excessif de la force contre les manifestants, les responsables policiers ont choisi le langage des faits et des chiffres. “Nos agents d'intervention, à la différence d'autres corps de la police, ne sont jamais autorisés à porter sur eux des armes létales, notamment les armes à feu. Rappelez-vous les incidents de Gdeim Izik en 2010 où certains de nos agents ont été sauvagement assassinés. Nous ne sommes même pas autorisés à utiliser les balles en caoutchouc ni le LBD 40 (lanceur de balles de défense), par exemple utilisé en France lors des manifestations des Gilets jaunes”, explique Abderrahim Samil, chef des Unités de maintien de l'ordre.
Qu'en est-il du gaz lacrymogène ? “Même le gaz lacrymogène, un agent non létal qui ne provoque qu'un écoulement lacrymal (larmes) et qui sert à disperser une foule agressive, n'est utilisé que sous autorisation spéciale. D'ailleurs, au cours des dernières années, il n'a été utilisé qu'une seule et unique fois, lors d'une opération de rétablissement de l'ordre très critique où la vie de membres de nos unités a été en danger réel”, renchérit Mohammed Lemzabi, chef de la Police urbaine. Quoi d'autre ? Le canon d'eau ? Chez nous, explique M. Lemzabi, “des consignes strictes ont été données par la Direction générale de la sûreté nationale pour qu’il ne soit utilisé, dans les situations extrêmes, que pour le jet d'eau avec une pression modérée. On ne recourt jamais au canon pour le jet du colorant, qui facilite l'arrestation plus tard des émeutiers, ou du gaz lacrymogène”.

Vous pensez, par ailleurs, à ces scènes d’intervention de la police montée pour la dispersion des manifestations aux États-Unis ?Rassurez-vous, au Maroc, on ne mange pas de ce pain-là. “Bien que la police montée soit présente sur place, elle est  strictement hors-jeu. Il existe un seul cas au cours des dernières années où elle est intervenue, d’une manière purement accidentelle”, explique M. Samil.
Alors, si ce n'est ni les armes à feu ni les balles en caoutchouc ni le gaz lacrymogène ni le canon d'eau ni la police montée, il ne reste plus qu’un seul matériel à la disposition des services policiers, en plus de l'armure de protection (RoboCop): la matraque en plastique !
“Effectivement, nous avons abandonné depuis longtemps les bâtons en bois, remplacés par une matraque en plastique conçue pour un usage défensif. Et là aussi, les agents d'intervention ne peuvent brandir leurs matraques que sous instruction de leur commandant en place”, renchérit M. Samil. Il suffit, d'après nos interlocuteurs, de suivre le journal télévisé du soir pour voir dans quelles parties du monde on use et on abuse des “armes létales” qui font des morts par dizaines…

2ème accusation: les actions de maintien de l'ordre, des “opérations militaires”

Réagissant à cette “accusation”, M. Sabik affirme que “très souvent, les interventions des forces de maintien de l'ordre sont déformées, notamment à travers des images tronquées et coupées de leur contexte général, pour présenter la chose comme étant une scène de guerre” (Voir entretien ci-après). Oui, dans certains pays, l'action des forces de maintien de l'ordre est conçue comme une “opération de guerre” ou une offensive consistant à encercler les manifestants pour les rouer de coups ! “Ce n'est jamais le cas au Maroc. Même lorsqu'il s'agit d'utiliser la force contre une foule agressive, il est toujours question de 'disperser' et non 'd'encercler'. Dans les formations et les instructions qu’ils reçoivent, il est demandé à nos agents de laisser systématiquement une ou deux brèches, une sorte d'issues de secours permettant aux manifestants de fuir, de se disperser”, précise le commissaire divisionnaire Mohammed Lemzabi. En effet, d'après M. Bouhallouch, la présence sur les lieux des Unités de maintien de l'ordre n'est qu'un “dispositif préventif” et toutes les techniques d'intervention ont pour premier objectif de “disperser”. “Le manifestant, même celui auteur d'actes de vandalisme, n'est jamais considéré comme un ennemi à éliminer. Il n'est pas question de réprimer. L'acte de manifester est garanti par la loi. Nous n'avons de problème qu'avec les actes de vandalisme, avec l'atteinte aux biens ou à la sécurité des citoyens, d'où l'intérêt de notre intervention”, affirme-t-il. En parlant de “techniques d'intervention”, le commandant de paix principal M. Bouhallouch cite, notamment, la méthode “des vagues” permettant de canaliser l'attroupement comme une raclette, notamment pour débloquer l'accès à des artères vitales de la ville. Il a évoqué, également, le procédé des “barrages fixes”.
Le tout conçu dans le sens de la dispersion. En cas d'actes de vandalisme, l'unité “Section de protection et d'intervention” est bien entraînée à faire incursion dans la foule pour neutraliser les instigateurs d'actes contraires à la loi.

3ème accusation: la “dispersion des manifestations, unique et seule mission”

En raison de la multiplicité des corps sécuritaires, la présence des Unités de maintien de l'ordre aux diverses manifestations sportives, culturelles, artistiques... passe très souvent inaperçue. Leurs vrais succès sont ignorés ! Sont-elles faites uniquement pour intervenir contre les manifestants ? Par exemple, le Groupe mobile de sécurité (GMS 99), un corps relevant des Unités de maintien de l'ordre, est constitué en grande partie des agents d'organisation de la circulation ! Lors du séisme d'Al Hoceima du 24 février 2004, ayant fait près de 500 morts, ces Unités se sont mobilisées pour venir en aide aux populations en détresse. Lors des récentes inondations également, elles ont été massivement déployées. “La personne qui porte l'armure de protection appelée 'RoboCop' lors des attroupements dangereux pour maintenir l’ordre et qui nous fait tellement peur, est la même qui change de 'tenue' en allant sécuriser les manifestations artistiques et qui nous rassure. Elle est aussi la même qui encadre les matches de football, grande passion de tous les Marocains... Vous voyez bien maintenant que les interventions visant le rétablissement de l'ordre ne sont qu'une petite facette de notre action”, explique M. Samil. Et pour parler le langage des chiffres, toujours d'après lui, les Unités de maintien de l'ordre ont encadré, en 2019, pas moins de 390 matches de football, dont 164 matches comptant pour la Division 1 et 111 pour la Division 2. Lors de ces opérations, 93 membres de ces unités ont été blessés… pour le grand plaisir des fans du foot ! Aussi, selon le commandant divisionnaire Abderrahim Samil, sur les 795 actions de maintien de l'ordre réalisées à l'échelle nationale au cours de cette année, très peu de cas ont nécessité le recours à la force contre les fauteurs de troubles. “L'on a tendance à croire que les Unités de maintien de l'ordre ne sont faites que pour réprimer les manifestants. C'est faux. Leur champ d'action est très large. Tous les grands événements qui font la fierté de notre pays, notamment la COP 22, les différentes éditions du festival Mawazine, le Mondialito (Coupe du monde des clubs) de 2013 et de 2014... on les a réussis en grande partie grâce à ces soldats de l'ombre”, explique M. Bouhallouch. à noter, par ailleurs, que d’autres composantes des Unités de maintien de l’ordre n’ont rien à voir avec l’ambiance de la gestion des manifestations. Il s’agit des Unités de sécurité et d’intervention (USI), qui montent la garde près des sites économiques, des Groupes de protection (GP) dont les membres sont chargés de sécuriser le siège de la DGSN à Rabat et ses dépendances, et du Groupe de protection des sites sensibles (GPSS).

4ème accusation: un “corps sécuritaire hors-la-loi”

Les Unités de maintien de l'ordre agissent-elles hors-la-loi ? “Jamais”, tranche Mohammed Lemzabi qui dispense régulièrement des formations sur le Dahir du 15 novembre 1958 réglementant les réunions publiques, les manifestations sur la voie publique et les attroupements.
“Tous les actes d'un agent des forces publiques s’inscrivent dans un cadre juridique qui définit précisément la nature et les modalités de ces actes. L’usage de la force et de la coercition est strictement réglementé. Les textes concourent à l’établissement d’un certain nombre de règles qui canalisent la force policière. Enfreindre l’une d’elles entraîne, selon la gravité du manquement, une sanction administrative ou pénale”, affirme-t-il.
En plus, fait savoir M. Bouhallouch, responsable de la Formation continue, “avant chaque opération de maintien de l'ordre, les membres des unités, agents et gradés, sont briefés sur la conduite à adopter, sur la nécessité de respecter le cadre réglementaire et sur l'obligation d'agir conformément aux droits de l'Homme”.
“Nous ne cessons de rappeler à nos agents que le citoyen/manifestant n'est pas notre ennemi, surtout lorsqu'il revendique un droit ou qu'il agit sous le coup de l’émotion, par exemple suite à un match de foot perdu par son équipe. Nous ne défendons pas une opinion politique au détriment d’une autre”, insiste-t-il. Une affirmation corroborée par nos autres interlocuteurs.

5ème accusation: des “Unités mal encadrées et livrées à elle-mêmes”

Les Unités de maintien de l’ordre, constituées essentiellement des Groupes mobiles de maintien de l’ordre (GMMO), du Groupe mobile de sécurité (GMS) et des Groupes anti-émeutes (GAE), n’interviennent jamais, lors d’une manifestation quelconque, de leur propre chef. Leur présence est justifiée par le souci d’encadrement et de prévention. Seule l’autorité administrative est habilitée à prendre une telle décision, sous le contrôle du ministère de l’Intérieur. En plus, à chaque opération, les Unités sont accompagnées d’un officier de la Police judiciaire en qualité de représentant du ministère public. Cet officier est chargé d’établir un procès-verbal détaillé de la situation, tout en y annexant des documents ou des renseignements comme des photos, des enregistrements vidéo de l’attroupement, des plaintes déposées par des personnes ayant subi un préjudice, l’identité des personnes interpellées en flagrant délit, l’état de santé des blessés… bref, des preuves matérielles qui peuvent donner lieu à des poursuites judiciaires en cas d’excès ou d’abus de pouvoir de la part des forces de police.

6ème accusation: “un recours systématique à la force”

D’après le “Contrat social” de Jean Jacques Rousseau, les membres d’un groupe donné concluent un pacte entre eux pour donner naissance à l’État. Ce même État, responsable du “maintien de l’ordre” par le biais de ses entités sécuritaires, s’est vu attribuer dans “Le savant et le politique” de Max Weber le “monopole de la violence physique légitime”. Maintien de l’ordre, on le veut bien, mais s’agit-il d’un chèque en blanc ? “Si les forces publiques sont habilitées à avoir recours à la force dans des conditions précises, elles ont aussi une obligation primordiale, celle de veiller à ce que cela soit fait dans les circonstances strictement définies et contrôlées par la loi”, explique le chef de la Division de la Police urbaine, M. Lemzabi.

Commandant de paix principal, Mohammed Bouhallouch, chef de service de Formation continue à la DGSN ©MAP/Saïd Bahajji
Commandant de paix principal, Mohammed Bouhallouch, chef de service de Formation continue à la DGSN ©MAP/Saïd Bahajji


Même constat du côté de M. Samil. “Le recours à la force est toujours l’ultime recours. La décision d’utiliser la force n’est prise qu’au moment où tous les autres outils non-violents n’ont pas abouti”, précise-t-il. Nos interlocuteurs affirment que, conformément à la loi, le recours à la force en cas d’attroupement non autorisé est toujours précédé d’un protocole rigoureux de négociation, de sommation et de persuasion. L’objectif étant toujours de disperser la foule et non de la réprimer. En plus, la présence en force des Unités de maintien de l’ordre face à une foule hostile ou violente vise d’abord à l’intimider, histoire de “montrer la force pour ne pas avoir à l’utiliser”, selon M. Lemzabi. En plus, les agents de maintien de l’ordre apprennent à faire preuve de retenue. Pas d’excès de zèle. Tout est fait pour faire d’eux des humains résistant à la provocation! D’ailleurs, leur armure appelée “RoboCop” (casque, visière, gants spéciaux, gilet pare-coups, protège-tibia, genou...) est conçu -insiste-t-on- pour “tolérer un minimum de violence de la part de manifestants agressifs”. à l'exception de balles réelles ou de “cocktails molotov”, l’armure résiste à tous les types de projectiles. “Avec une telle armure, l’agent se sent protégé contre la violence potentielle de la foule, donc il a plus de capacité à résister à la provocation”, explique M. Bouhallouch. Et en parlant de provocation, “les agents d’intervention sont toujours sensibilisés à la nature de l’intervention, sa particularité, les revendications des manifestants. Ceci permet aux agents d’être plus compréhensibles à l’égard de certains états d’esprit. Par exemple, lors d’un derby, et en dehors des actes de vandalisme contraires à la loi, on peut comprendre la colère qui s’empare des supporters de l’équipe perdante. L’enjeu est donc surtout de faire preuve de retenue et savoir ignorer la provocation”, poursuit-il.  
7ème accusation: “des agents d’intervention peu/mal formés”
Le personnel des Unités de maintien de l’ordre est constitué de deux catégories: le staff de commandement et le staff d’exécution. La première catégorie comprend des fonctionnaires disposant au moins d’un diplôme universitaire (DEUG). Il s’agit des officiers de paix, des officiers principaux et des commandants. Alors que la deuxième catégorie est constituée des gardiens de paix, des brigadiers et des brigadiers chefs, ayant au moins le baccalauréat.
Après une formation de base de six mois à l’Institut royal de police de Kénitra, ils rejoignent les Unités de maintien de l’ordre. Est-ce suffisant? “Pas du tout !”, répondent nos interlocuteurs. Raison pour laquelle tout le personnel des Unités, gradés et agents, est soumis, en application de hautes directives et sous l’étroite supervision de la Direction générale de la sûreté nationale, à un programme de formation continue de près de 200 heures par an, à raison de 16 heures par mois. Le siège de la Direction de sûreté publique à Rabat, équipé d’un amphi, est tout le temps le théâtre de séances de formation.
Mieux encore, une formation continue “improvisée” est dispensée là où les Unités sont envoyées en mission, sous la direction d’un gradé de la police chargé exclusivement de la formation auprès de chaque unité (Voir le portrait de Mohammed Ghayt). Par exemple, au titre de 2019, plus de 51.400 sessions ont été organisées sur l’ensemble du territoire national.
Les formations sont dispensées en petits groupes pour une meilleure appropriation des “leçons”. Quel contenu ? En dehors des cours pratiques de “self-défense” de 48 heures par an, la principale matière inculquée aux unités, retenez-le bien, est “Les droits de l’Homme” avec 24 heures de formation, puis “la déontologie” avec 16 heures ou encore les notions relatives au “secourisme”. Chaque année, les formations se suivent et ne se ressemblent pas. En plus, le déplacement des unités ne justifie jamais l’interruption de la formation. Lors des événements d’Al Hoceima, pour ne citer que cet exemple, les unités d’intervention ont bénéficié de 300 séances de formation sur place. Pas de répit. Et jamais de “day off” à la caserne, en dehors des jours de repos.

8ème accusation: un corps en “sureffectif”

Les Unités de maintien de l’ordre sont-elles trop fournies ? “Niet”, rétorque Monsieur formation continue de la DGSN, Mohammed Bouhallouch. “C’est tout à fait le contraire. On aurait bien aimé être dotés de plus de ressources humaines, justement pour pouvoir mener à bien notre mission”, dit-il. “Nos Unités ne cessent de parcourir le territoire national dans le cadre du système de glissement. Imaginez que des éléments soient appelés en renfort à Oujda pour surveiller un match de football. De retour, ils sont de sitôt affectés à une mission à Meknès, avant d’être envoyés sur les lieux d’une manifestation à Salé. Quel serait l’état de santé et d’esprit de cet agent à votre avis ? A bout de force, comment pourrait-il résister aux provocations d’une foule agressive et ne pas utiliser la force pour se défendre ? C’est là tout l’enjeu de notre job. La sensibilité de notre mission fait que nous avons constamment besoin de davantage de ressources”, poursuit-il. à cela s’ajoute un autre défi. D’après nos interlocuteurs, la grande majorité des agents de maintien de l’ordre ne restent pas longtemps au sein de ce corps. En réussissant les examens internes, ils sont promus au sein la DGSN et changent donc de “département”.
Nous l’avons constaté sur place et lors des simulations: les agents sont majoritairement de nouvelles recrues, des jeunes de 20 à 25 ans. Ainsi, les Unités de maintien de l’ordre ne sont jamais dans la logique de renforcement des troupes mais de remplacement des partants ! “On ne fait jamais de la rétention. Nous encourageons nos équipes à la promotion. En même temps, nous regrettons le départ des bons éléments formés par nos soins, mais l’intérêt de la nation prime”, confie M. Bouhallouch, citant des exemples d’éléments qui se sont illustrés dans les rangs des Unités.

9ème accusation: ces Unités “nuisent à l’image du Maroc”

Pour les responsables des Unités de maintien de l’ordre, une chose est sûre: toutes les interventions, quelles qu’en soient les circonstances et les raisons, donnent lieu systématiquement à la critique, à des images fallacieuses qui trouvent facilement preneur sur les réseaux sociaux.
“Les Unités de maintien de l’ordre sont pleinement conscientes que les temps ont changé. Tout est suivi, notamment par les médias nationaux et internationaux. Nuire à l’image du Maroc, notre pays que nous aimons et que nous avons juré de protéger, au péril de notre vie, est vraiment quelque chose d’inimaginable pour nous. L’institution sécuritaire s’est métamorphosée pour accompagner l’élan de démocratie et de liberté insufflé par la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste. Nous sommes également conscients que le moindre coup de matraque fait perdre au Maroc des points précieux dans des classements internationaux dans divers domaines. Nous sensibilisons nos agents à cet enjeu crucial. ”, note le commandant Abderrahim Samil.
Qu’en est-il des Fake news? Les exemples d’images montrant des sévices perpétrés à l’étranger et attribués à la police marocaine sont légion. Ces “intox”, c’est le pôle communication de la Direction générale de la Sûreté nationale qui s’en occupe. La suite vous la connaissez…
à noter que les Unités de maintien de l’ordre ont mis en place récemment un service chargé de filmer toutes les interventions, d’un côté pour mieux contrôler l’action des agents et les rappeler à l’ordre en cas de dépassement et, de l’autre, pour contrer les “fake news”. En d’autres termes, démentir l’image par l’image !

10ème accusation: ce dossier de BAB, “de la propagande” !

À l’issue de cette interview/interrogatoire de près de dix heures, les responsables des Unités de maintien de l’ordre ont discuté avec nous d’une autre accusation, dont la MAP ferait l’objet cette fois-ci. Oui, il faut en parler !
Dans une démarche de mise en doute poussée, certains diraient que la MAP, “agence officielle de l’État”, à travers l’un de ses supports, en l'occurrence BAB magazine, a fait tout ce travail rien que pour “embellir” l’image de la police ! Alors là, on n’est plus dans une attitude de méfiance ou d’allergie à l’égard de l’institution sécuritaire, mais dans le syndrome du “scepticisme absolu” envers toutes les institutions de l’État, envers l’État lui-même, ses écoles, ses hôpitaux, ses commissariats, ses tribunaux, ses routes, ses aéroports, envers l’eau de robinet, l’air, la végétation... Et là, c’est une autre histoire !

 

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