Récit poignant à bord d'une patera de la mort

Par Bouchra Fadel
Ecrivain et artiste marocain, Youssouf Amine Elalamy ©MAP/Omar Al Mourchid
Ecrivain et artiste marocain, Youssouf Amine Elalamy ©MAP/Omar Al Mourchid
Dans son roman “Les clandestins”, Amine Elalamy plonge dans le fin fond des malheurs de l'immigration clandestine à travers l'histoire de treize personnes à bord d'une patera. Un acte d'ultime espoir qui les conduira vers une mort dramatique...

“Les clandestins” de Youssouf Amine Elalamy raconte l’histoire de douze hommes et une femme. La femme est enceinte; douze plus un, quatorze. Quatorze personnages qui traversent le grand bleu dans le noir. Quinze, avec le petit bateau en bois. Seize, avec la lune qui les observe de son œil mort. Dix-sept avec la mer dans tous ses états. Dix-huit avec le panier à fruits. Dix-neuf même, en comptant le ver qui embarque à bord d’une pomme. Reprenons depuis le début ! C’est l’histoire d’un ver qui embarque à bord d’une pomme dans un panier à fruits sur un petit bateau en bois sur une mer agitée sous le regard aveugle de la lune en compagnie de douze hommes et une femme enceinte.
Se voulant éveilleur des consciences, l’auteur aborde, de manière désinvolte, l’épineuse question de l’immigration clandestine à l’aide de ces embarcations de fortune que sont les “pateras de la mort” et qui laissent au fond de l’océan des milliers de candidats à l’eldorado européen...
“Les clandestins” est le récit de douze hommes et une femme qui, dans leur quête d’une vie meilleure au-delà de leur terre natale marocaine, vont tenter la traversée du détroit bien que la mer ne soit pas toujours  clémente, mais qui finiront par échouer sur une petite plage du nord du pays nommée “Bnidar”.
Le vent se lève brusquement. La mer s'agite. Une vague se dresse, monumentale. Impuissante, la petite embarcation se retourne sur ses passagers. Sauf les deux passeurs, on les retrouvera tous trois jours plus tard sur la plage de Bnidar. “Les clandestions”, c’est l’histoire des souffrances, des angoisses, de la destruction puis de l’anéantissement d’individus dont le seul tort a été de rêver d’un lendemain meilleur dans un ailleurs qui ne le serait pas moins...

Un élan d'espoir mortel...

Douze hommes et une femme enceinte. Elle s’appelle Chama et dire qu’elle était belle c’est peu dire car,  “des mots pour elle, il n’y en avait pas”. Les autres s’appellent Omar, Zouhaïr, Abdou dit Minuit, Momo dit le Gros, Jaafar dit Houlioud et bien d’autres. Tous, enfants de l’exode rural et du bidonville. Autant dire de la misère et du désespoir. Mais chacun a son histoire propre, chacun est un univers que nous découvrons ou croyons découvrir au fil des pages. Et tous finissent sur un petit bateau “à destination de la mort”. Certains parlent d’eux-mêmes, les autres s'expriment par tacite procuration, prêtant leur voix à un tiers. Et c’est ce discours polyphonique, ce changement de tons qui restituent aux mots leur force intrinsèque et révèle, également, leur futilité.
La beauté du texte ne semble plus être une voie d’accès privilégiée à la vérité. A ce propos, Youssouf Amine Elalamy nous gratifie d'un récit simple et ordinaire, sans contention ni artifice, pour dénoncer le drame de l' immigration clandestine.
Son discours est calqué sur le ton solennel d'un conteur traditionnel qui sait l'art de conjurer la distraction commune, pour peu qu'il en ait le soupçon, adopte souvent dans ses écrits, et à bon escient, des reprises de formules mélodiques inhérentes aux lois canoniques du conte, telles “il était une fois, une petite fille avec des yeux, je vous dis pas, et un sourire, je vous dis quand même”.
Amine Elalamy se distingue de ses pairs par un style qu’il veut unique et particulier. à la façon dont il aborde ses thèmes, Amine Elalamy se présente à la fois comme un éveilleur de conscience et un faiseur d’histoires. A travers ses oeuvres, il essaie toujours de  “faire passer le message” dans un langage simple,  clair et direct dénué des ambiguïtés.
Certes, il ne se départ jamais d'une ironie foncière et savamment dosée, quoiqu'il conçoive pour ses personnages un élan de tendresse passionnée. L'oeuvre est le théâtre d'un corps souffrant...

Couverture du roman “Les clandestins” de Youssouf Amine Elamaly (2ème édition, 2019 - édition La croisée des chemins) ©MAP/Omar Al Mourchid
Couverture du roman “Les clandestins” de Youssouf Amine Elamaly (2ème édition, 2019 - édition La croisée des chemins) ©MAP/Omar Al Mourchid

 

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