Reconnaissance US de la marocanité du Sahara: le malaise espagnol !

Par Omar El Mrabet
Marocanité du Sahara ©MAP
Marocanité du Sahara ©MAP
Saluée à grande échelle, la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara, a été accueillie avec froideur et prudence par le voisin du nord. Présentant des intérêts stratégiques communs, la nouvelle donne semble pourtant bouleverser les calculs de l'Espagne.

La nouvelle réalité géopolitique induite par la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara n’a visiblement pas été du goût de l’Espagne. Fruit d’un long processus conduit avec patience et tact par une diplomatie faite de pragmatisme et de bon sens, la décision américaine semble avoir pris au dépourvu l’ancienne puissance coloniale aux provinces du Sud.

Le pays ibérique, très concerné par le conflit artificiel autour du Sahara marocain, a accueilli la nouvelle avec froideur, doublée d’une prudence certaine, la nouvelle donne n’arrangeant pas ses affaires.

Une position ambiguë

Si le gouvernement de coalition conduit par le socialiste Pedro Sanchez a donné des signes positifs sur notre question nationale, notamment son alignement sur la position onusienne qui a enterré le recours au référendum et consacré la prééminence de la solution d’autonomie, l’opinion publique espagnole reste en faveur de la thèse des séparatistes.

C’est également le cas de certains responsables politiques aujourd’hui au gouvernement. En témoigne, la position à l’égard de ce dossier de Pablo Iglesias, chef de file du parti de gauche et surtout deuxième vice-président du gouvernement de coalition de gauche qui a été à maintes reprises à l’origine de crises politiques avec le Maroc.

Madrid, connaissant le poids du Maroc dans le dossier migratoire et celui de la coopération sécuritaire, joue un jeu d’équilibriste dans cette affaire, sans pour autant aller plus loin.

Cette position ne diffère pas d’ailleurs de celle de l’Union européenne, qui préfère tirer bénéfice de ses accords avec le Maroc en matière de pêche qui, reconnaissons-le, profitent beaucoup à l’Espagne, plutôt qu’adopter une position politique qui va dans le sens de celle des Américains.

 

Les contradictions de la politique espagnole

A la lumière de cette situation, l’on se demande pourquoi un pays comme l’Espagne, qui s’oppose catégoriquement et utilise la matraque pour empêcher la “création d’un état catalan” dans une région de 7,5 millions d’habitants et condamne et emprisonne à tour de bras ceux qui ont été derrière l’organisation d’un “référendum d’indépendance” de cette région, continue à défendre dans les coulisses “le droit à l’autodétermination” des quelques milliers de personnes détenues contre leur gré dans des camps de concentration en territoire algérien, utilisées comme monnaie de change dans un conflit artificiel?

Pourquoi le gouvernement espagnol a-t-il sacrifié son ministre de la Santé, Salvador Illa, en pleine pandémie pour s’engager dans les élections régionales catalanes si ce n’est pour étouffer les velléités séparatistes des partis indépendantistes catalans?

La même levée de boucliers est soulevée en Espagne quand un responsable marocain évoque ne serait-ce qu’un cheveu de la question de nos présides occupés de Sebta, Melillia, les îles Jaffarines et les rochers de Vélez de la Gomera et d'Alhucemas.

 

Espagne et Maroc, un avenir commun

L’Espagne a donc un passé lourd avec le Maroc. Elle devrait, tout comme l’UE, sortir de sa zone de confort au regard des développements géopolitiques que connaît le monde, pour jeter les bases d’une nouvelle relation avec le Royaume faite de transparence, de franchise et résolument tournée vers l’avenir.

En appuyant l’intégrité territoriale du Maroc,  l’Espagne défendrait ses propres intérêts dans une région de plus en plus menacée par le terrorisme, le crime organisé, l’immigration et le trafic de drogue.