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Réseaux sociaux: la sensibilisation plutôt que la censure 

Par Soufya Hassiba Oufkir 
Réseaux sociaux ©DR
Réseaux sociaux ©DR
Éducation à l’environnement, à la sexualité, à la citoyenneté… Quid de l’éducation aux réseaux sociaux? La question est d’une grande urgence à l’heure où le taux de pénétration d’Internet est le plus élevé chez les jeunes et ados. En l’absence d'une supervision parentale, ils sont quotidiennement exposés à divers contenus inadaptés à leur âge.

De la “pédophilie 2.0” à la traite d’êtres humains via les réseaux sociaux... Autant de sujets brûlants à l’ordre du jour des départements gouvernementaux concernés qui travaillent depuis un moment sur des campagnes de sensibilisation et d’éducation autour des réseaux sociaux.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Insta story, Snap ou encore les stories sur WhatsApp sont des produits que les jeunes consomment sans modération, d’une part, attirés par le côté éphémère de la chose et d’autre part, par l’instantanéité du partage. Toutefois, ces stories ne tiennent pas toujours leurs promesses et peuvent être gardées par des personnes mal intentionnées qui n'hésitent pas à les utiliser pour nuire à la vie d’autrui.

Pendant des années, le contact avec le monde extérieur se faisait sous le regard bienveillant des parents, qui faisaient de leur mieux afin de protéger leurs enfants. Mais avec l’avènement des réseaux sociaux, la “génération N-1” se sent dépassée, voire submergée par le lot d’informations et de possibilités qui s’offrent à ses petits, lequel accroît, certainement, les dangers auxquels enfants et adolescents sont confrontés tous les jours.

Selon la consultante en communication Imane Jbilou, il est répertorié trois types de menaces en ligne. La première est liée aux contenus, la seconde aux contacts et la troisième est relative aux comportements mêmes de l’enfant utilisateur.

 

Nudité, violence… La jungle des réseaux sociaux

 

Alors qu’il existe des guides d’utilisation des réseaux sociaux dans d’autres pays, le Maroc s’est vu pris dans cette tempête lors de la période de confinement qui a été une première expérience assez rude tant sur le plan physique que moral. Ces enfants qui avaient l’habitude de se dépenser dans des parcs et des cafés se sont vus privés de leur liberté, obligés de se trouver de nouveaux centres d’intérêt afin de faire passer le temps et pouvoir occuper leurs journées.

Ils se rabattent donc sur un monde virtuel qui leur offre un espace d'expression sans restrictions ni contrôle. Sauf que cette dimension, considérée comme une “version Bêta” d'un monde sans confinement, n'est pas exempte de risques.

Certains contenus de violence, de nudité, d’extrême précarité ou prônant des comportements mettant en danger l’intégrité physique de l’enfant, peuvent susciter chez ce dernier des souffrances psychologiques sans qu’il soit capable de les exprimer ou de les digérer.

“Pour protéger les enfants, qu’ils soient destinataires, participants ou même acteurs, il est nécessaire d’ouvrir un dialogue autour de leurs centres d’intérêt sur les médias sociaux et autres forums de jeux ou sites visités fréquemment sur la toile. Ceci permet d’évaluer leur vulnérabilité et leur niveau de conscience quant aux risques inhérents à l’utilisation d’internet”, affirme Mme Jbilou.

Ce processus permet de sensibiliser les enfants et les adolescents et les mettre face à leur incapacité à gérer, seuls, les problèmes auxquels ils pourraient éventuellement faire face.

Cette démarche implique un travail sur soi et sur l’enfant afin d’éviter que ‘l’enfant victime’ ne se transforme à son tour en auteur du préjudice, puisqu’il peut contribuer à la diffusion de publications haineuses ou à connotation sexuelle.

 

Remplir le gap numérique entre séniors et juniors

 

“Le Canada et la Belgique, entre autres pays, proposent des contenus de sensibilisation pertinents adressés, sous un format ludique, aux enfants. Ils veillent aussi à utiliser un discours adapté au langage des adolescents. Et surtout assurent un trait d’union entre les univers parents/éducateurs et enfants/adolescents pour créer des canaux de communication entre les deux parties et faciliter le dialogue”, ajoute Imane Jbilou. Parmi ces sites de sensibilisation, elle cite “ParentsCyberAvertis.ca”, “AidezMoiSVP.ca”, “Clicksafe.be” ou “JeDecide.be”.

Finalement, on réalise que les “digital natives” et les “digital immigrants” sont en quelque sorte égaux devant les risques du virtuel. Ces jeunes nés à l’ère du numérique ignorent l’essentiel des aspects néfastes d’internet, et, les adultes, parents ou éducateurs, sous-estiment l'étendue de cet univers 2.0 et son impact sur le quotidien.

Si pour les adultes, les médias sociaux constituent un passe-temps, un espace pour garder le contact ou pour se tenir informés, pour les jeunes, les motivations sont d’un tout autre ordre. Il s’agit pour les enfants et surtout les adolescents, d’un espace qui permet une alternative de rattachement et qui satisfait un besoin de couper le cordon avec la famille pour explorer d’autres types de relations.

 

“Je suis connecté donc j’existe”

 

“Le sentiment d’appartenance à un groupe de pairs vient essentiellement du partage de codes, de langages et d’expériences approuvées. Ces jeunes connectés éprouvent le désir de dévoiler une partie de leur vie intime afin de recevoir la validation de leurs pairs et de continuer ainsi dans leur quête identitaire, en parfait accord avec leur communauté”, avance l’expert coach Imane Jbilou.

En effet, les médias sociaux ont un rôle important dans la socialisation des jeunes. Ils y apprennent à communiquer, à se conformer aux règles du groupe et surtout à développer un quotient relationnel très utile à leur avenir.

Explorer les possibilités et apprécier l’intérêt qu’offre le digital et l’instantané, pourrait à long terme pousser à asseoir une politique de sensibilisation adaptée aux jeunes, leur permettant une meilleure exploitation des médias sociaux et de la numérisation.