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Riz, le Maroc progresse vite

Par Nouâmane Labidi
La culture du riz se développe au Maroc ©MAP/EPA
La culture du riz se développe au Maroc ©MAP/EPA
La filière rizicole a connu des performances remarquables ces dernières années grâce à une série de mesures prises dans le cadre du Plan Maroc Vert et qui ont permis d’organiser le secteur. Ainsi, la production nationale de riz, dont 75% est issue de la région du Gharb, est en passe de couvrir 72% des besoins de la consommation nationale. Aussi, la filière contribue-t-elle au développement socio-économique du Royaume en générant des revenus stables au profit de 2.500 agriculteurs.

Décrit comme une céréale de légende, un des aliments les plus vendus et consommés dans le monde, le riz ce mystérieux grain qui naît et grandit dans l’eau se trouve partout.
15.200 kilos de riz sont produits chaque seconde à travers le monde pour plus de 50.000 variétés  et constitue ainsi et de loin le produit de base de l’alimentation pour plus de la moitié du globe.

L’Inde et la Chine fournissent tous les deux plus de la moitié du riz mondial dont la production est estimée à plus de 5000 millions de tonnes par an.
Réputé pour ses bienfaits pour la santé, le riz constitue une source incontestable de fibres, de vitamines (B1, B3 et B5) et minéraux. Il est pour certains pays de tradition rizicole le coupe-faim idéal et constitue pour les Asiatiques l’ingrédient incontournable de leur gastronomie.

Le Maroc couvre désormais 72% de ses besoins
Le Maroc se met également à la production du riz, plus précisément au niveau de la région de Rabat-Salé-Kénitra qui semble entamer son opération de séduction auprès des grands producteurs internationaux en quête de riz parfait.
Au Royaume, la culture du riz est pratiquée exclusivement dans la région du Gharb depuis la fin des années 40 et en partie dans le Loukkos depuis son réintroduction en 2002.
Mais cette culture a connu ces dernières années une dynamique remarquable permettant à la production nationale de couvrir plus de 72% des besoins de la consommation du pays. La région du Gharb contribue à hauteur de 75% dans la production nationale. La superficie totale aménagée dans le Gharb et le Loukkos pour cette culture est de l’ordre de 14.000 ha dont 12.000 ha au niveau du périmètre du Gharb en grande hydraulique. Elle est constituée de sols hydromorphes d’anciennes merjas où le drainage est très difficile à cause de son coût très élevé. La culture du riz est la seule culture permettant de valoriser au mieux ce type de sols tant considérés comme des terres marginales avant leur aménagement pour recevoir cette culture.
En 2017, la filière a généré une valeur ajoutée totale de l’ordre de 117 millions de dirhams (MDH), contre 83 MDH en 2008, soit une augmentation de 41%. La riziculture revêt ainsi une importance socio-économique indéniable dans la mesure où elle génère des revenus stables au profit de 2.500 agriculteurs et crée plus de 1,2 millions de journées de travail annuellement dont 87% en amont et 13% en aval.
Dans une interview accordée à “BAB”, le directeur régional de l’Agriculture de Rabat-Salé-Kénitra, Aziz Bellouti, rappelle que la culture du riz contribue grandement à la sécurité alimentaire et permet de sécuriser l’approvisionnement en matière première, notant l’existence de 6 rizeries dont 5 opérationnelles à l’échelle des deux périmètres du Gharb et du Loukkos.
Elle permet aussi une diversification des activités et des sources de revenus par la pratique en parallèle d’un élevage mixte ovin-bovin porté par la floraison du bersim immédiatement après la moisson du riz, ajoute M. Bellouti, précisant que le tissu productif est constitué de coopératives de la réforme agraire avec 75% de la superficie emblavée et de Melkistes (propriétaires) et collectivistes qui en détiennent 25%. Au niveau du périmètre de Loukkos, la production est assurée par une seule unité privée exploitant en moyenne une superficie de 1500 ha.
Concernant la production, M. Bellouti a fait savoir que les réalisations fluctuent d’une année à l’autre, en raison essentiellement des possibilités d’écoulement du riz par les rizeries, avec une tendance croissante, faisant remarquer que la superficie moyenne emblavée pour les 10 dernières années s’élève à environ 7000 Ha au niveau de la grande hydraulique avec des pics enregistrés en 2015 (8500 ha) et 2017 (8200 ha), ceci sans tenir compte d’une superficie de 1600 ha réservée annuellement pour le nivellement depuis 2016.
Les rendements sont passés de 60 qx/ha durant la période 2001-2005 à plus de 75 qx/ha à partir de 2006 pour dépasser 80 qx/ha durant les dernières années, sachant que des pics dépassant 90 qx/ha ont été enregistrés et atteignent des rendements records de 110 qx/ha chez des producteurs avertis. Ces niveaux de performance, qui dépassent ceux de certains pays rizicoles où les rendements varient de 40 à 60 qx/ha, dénotent du potentiel important offert par la région du Gharb pour cette culture. La production actuelle oscille autour de 66.000 T de riz paddy (non décortiqué) par an.

PMV, levier incontournable pour la mise à niveau de la filière rizicole
Le profil variétal utilisé est assez diversifié et concerne aussi bien les variétés de riz rond que du riz medium et des variétés de riz long. Il est caractérisé par l’utilisation de semences certifiées et performantes soutenue par des subventions de l’Etat dans cadre du FDA (Fonds de développement) et le contrat-programme de la filière à hauteur de 50% du coût des semences avec un plafond de 600 dh/q, sachant que ce poste est considéré comme un des postes les plus pesants sur les charges de production du riz.
Au sujet de la mise à niveau de la filière rizicole et l’amélioration des conditions cadres de la filière, un contrat programme, signé en avril 2014 dans le cadre du Plan Maroc Vert entre le gouvernement et la Fédération Nationale Interprofessionnelle du Riz, a été mis en œuvre pour la période 2014-2020, explique le directeur régional de l’Agriculture.
Ce contrat-programme, mis en œuvre dans le cadre du Plan Maroc Vert, a donné un nouveau souffle à la filière et a notablement contribué à sa relance et au changement de la gouvernance de la filière, après une tendance baissière et le recul constaté durant les années 2010 à 2014. Ces effets sont tangibles et concrétisés notamment par une amélioration de la production et la productivité et l’organisation de la filière qui est actuellement un des modèles les plus réussis, les plus organisés et les plus édifiants au niveau de la région et à l’échelle nationale. Ceci tout en améliorant l’efficience de l’utilisation de l’eau d’irrigation et des autres facteurs de production en contribuant à l’instauration d’un modèle de production à la fois productif et respectueux de l’environnement.
Le coût global d’investissement projeté est de 270 millions de dirhams (MDH) dont 182 MDH de l’Etat (67,4%) et 88 MDH (32,6%) comme participations de la profession.

Organisation professionnelle
Afin de fédérer l’ensemble des maillons de la chaîne de valeurs autour d’une vision unifiée et concertée, M. Bellouti, également directeur de l’ORMVAG (Office régional de mise en valeur agricole du Gharb), rappelle que l’ensemble des rizeries sont groupées autour de l’Association Nationale des Rizeries alors que les opérateurs de la filière le sont autour de la Fédération interprofessionnelle du riz.
La filière est également encadrée par un Comité Technique Régionale du riz qui se réunit en début de la campagne rizicole, en présence des représentants des différents départements de l’agriculture (ORMVAG, ONSSA, INRA, ONCA, Chambre d’Agriculture de la région Rabat Salé Kenitra, et des provinces de Kénitra et de Sidi Kacem), en vue de discuter des résultats du bilan rizicole de la campagne précédente, des réalisations de la filière rizicole dans le cadre du Contrat-programme liant l’État et la Fédération Nationale Interprofessionnelle du Riz (FNIR) visant sa mise à niveau ainsi que des prédispositions et des mesures à programmer pour le lancement et la bonne réussite de la campagne rizicole.

L’agrégation, l’innovation du PMV
El Mahdi Arrifi, directeur général de l’Agence pour le Développement agricole souligne que l’agrégation agricole qui représente une innovation introduite par le Plan Maroc Vert, consiste en un modèle d’organisation des petits agriculteurs autour d’acteurs privés ou d’organisations professionnelles qui disposent de capacités fédératrices et managériales, permettant notamment de dépasser les contraintes liées à la fragmentation des structures foncières tout en assurant aux exploitations agrégées la possibilité de bénéficier des techniques modernes de production et du financement et d’accéder aux marchés intérieur et extérieur.
Cette forme d’organisation repose sur un partenariat gagnant-gagnant entre l’amont productif et l’aval commercial et industriel et ce, sur la base de contrats définissant clairement les engagements des deux parties dans le cadre de projets d’agrégation agricole bien identifiés, affirme M. Arrifi, rappelant la mise en place par l’État d’un arsenal de mesures portant notamment sur la mise en place d’un cadre juridique adapté et la mise en place d’un soutien spécifique aux projets d’agrégation, et ce depuis le lancement du Plan Maroc Vert, et en vue de garantir le développement des projets d’agrégation.
En ce qui concerne le système incitatif, les projets d’agrégation agricole bénéficient de deux types de subvention dans le cadre du Fonds de Développement Agricole. Il s’agit, d’une part, de la subvention forfaitaire octroyée à l’agrégateur en contrepartie des efforts qu’il déploie pour aider et accompagner les agriculteurs agrégés, et d’autre part, il y a la subvention préférentielle octroyée aux agrégés pour l’équipement en irrigation localisée ou de complément et pour l’acquisition du matériel agricole.

Projets d’agrégation dans la filière rizicole
Conformément à la réglementation en vigueur, M. Arrifi souligne que les projets d’agrégation dans la filière rizicole doivent répondre aux seuils minima en matière de trois critères d’éligibilité, à savoir, le nombre minimal d’agriculteurs agrégés (80 agrégés), la superficie minimale à agréger (200) Ha, outre la productivité minimale qui devra atteindre 7 T/Ha. A ce jour, cinq projets d’agrégation dans la filière rizicole sont mis en œuvre, 4 dans la région de Rabat-Salé-Kénitra et 1 dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Ces projets concernent 1.110 agriculteurs agrégés sur une superficie de 6.156 Ha.
La subvention forfaitaire pour la filière rizicole est fixée à 800 Dh/ha agrégé. Elle est accordée une fois en trois tranches.
Et d’ajouter que les contrats d’agrégation conclus entre l’agrégateur et ses agrégés, régis par la loi 04-12 sur l’agrégation agricole, contiennent des clauses obligatoires en termes d’engagements des deux parties. Il s’agit notamment de la localisation des parcelles faisant l’objet du projet d’agrégation agricole, de la nature de l’assistance et de l’accompagnement technique de l’agrégateur au profit de l’agrégé, des prix convenus pour la livraison de la production ou les modalités de leur fixation ainsi que des normes de qualité minimales de la production exigées par l’agrégateur.
Dans ce sens M. Arrifi a mis en avant l’important apport de l’agrégation dans la filière rizicole, et qui a permis une meilleure organisation des riziculteurs et a contribué à une bonne structuration de la filière. En effet, chaque riziculteur est actuellement agrégé, pour une durée minimale de 5 ans, dans un des projets d’agrégation entrepris par 5 principaux opérateurs nationaux, qui sont eux-mêmes organisés au sein de la Fédération Nationale Interprofessionnelle du Riz.

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