RNI, la renaissance incertaine

Par Amine Harmach
Siège du parti du Rassemblement national des indépendants à Rabat ©MAP
Siège du parti du Rassemblement national des indépendants à Rabat ©MAP
Pour faire renaître le RNI, la nouvelle direction du parti table sur un bon score lors des Législatives de 2021, à même de redonner confiance à ses militants. Mais, pour ce faire, il devra composer avec deux adversaires de taille: le PAM et le PJD.

Faire renaître le RNI. C'est le pari affiché par Aziz Akhannouch depuis son arrivée à la tête du parti. Pour ce faire, une mobilisation tous azimuts a été enclenchée à travers une multiplication des rencontres organisationnelles, meetings politiques et tournées régionales, sans parler de la mise en place des instances professionnelles et sectoriels du parti. Un véritable foisonnement interne marqué par de grandes opérations de séduction à l’adresse des sympathisants du parti dans toutes les régions, mais qui, pour les adversaires du parti, ne laisse aucune place au doute: le RNI  met tout en oeuvre pour aiguiser ses armes en préparation aux élections législatives de 2021. Un constat tantôt confirmé par les responsables du parti, tantôt nuancés par d'autres.
Dans ce sens, Mohamed Aujjar, ministre de la Justice et membre du bureau politique du RNI avait en effet déclaré que “le RNI remportera certainement les prochaines législatives, et ce grâce à la dynamique que vient de créer Aziz Akhannouch, et à l’érosion de la popularité du PJD”. Cette déclaration tenue lors d’un Forum sur la participation politique des jeunes organisé par la Jeunesse des Indépendants le 12 janvier à Nador contraste toutefois avec des propos récents de Aziz Akhannouch qualifiant la dynamique que connaît le RNI de travail “ordinaire” que devrait assumer tout parti optant pour la proximité avec les citoyens.
Il s’agit ainsi selon lui d’une “méthodologie d’action”, reposant sur “le travail de terrain et la proximité, ce qui dérange certains partis qui réduisent l’action politique à la recherche de voix”, avait souligné le président à la sortie de la réunion du Bureau politique tenue à Fès le 12 juillet, assurant que les réunions des siens sont “loin du contexte de préparation aux élections législatives de 2021”.

A la reconquête des transhumants

Du côté des observateurs de la scène politique, la feuille de route de la renaissance du parti table sur diverses cordes dans l’arc du RNI. Le politologue Mustapha Sehimi estime que l’approche du parti de la Colombe “vise non seulement à conforter ses fiefs électoraux mais également à voir se rallier à lui des dizaines d’élus et de notables relevant d’autres partis, tels que ceux du MP ou de l’UC”.
Et d’ajouter: “Le RNI table encore sur la transhumance de ceux du PAM, démobilisés, pénalisés par la crise actuelle de leur formation et qui se morfondent dans l’opposition. Pour ceux-là, le RNI d’Akhannouch est une sorte de bouée de sauvetage; pour ceux-ci, c’est l’espoir d’être de nouveau dans un camp potentiellement vainqueur en 2021”. Et une récente polémique suscitée entre des membres du PAM et des recrues du RNI n’est pas pour démentir l’intérêt que porte le parti envers ses anciens élus.
“Nous sommes un parti qui disposait de beaucoup de parlementaires mais qui, malheureusement, ont subi des pressions pour émigrer vers un autre parti et présenter leur candidature en son nom. Aujourd’hui que ces pressions ont cessé, ils doivent revenir au bercail après l’avoir quitté malgré eux sous les menaces”, avait relevé Mustapha Baitas, membre du bureau politique du RNI. Et ce, en réaction aux propos de Mohamed Hamouti, le président du bureau fédéral du PAM, qui a affirmé: “Ce que je subis comme attaques est la résultante de mon refus de céder le PAM au RNI”.
Dans le même contexte, Mustapha Baitas a appelé le PAM à restituer les “biens volés” qu’il avait extorqués à son parti avant les précédentes élections.
Ce proche d’Aziz Akhannouch faisait allusion à de nombreux notables et cadres du RNI qui auraient subi de fortes pressions pour quitter le parti juste avant les dernières élections législatives. C’est dire que le RNI investit tous les champs pour renforcer ses rangs et attirer toutes les compétences susceptibles de redorer son blason, notamment de l’étranger.
Et ne sont pas en reste les Marocains du monde, un vivier électoral qui pèserait quelques centaines de milliers de voix et vis-à-vis duquel le parti dirigé par Akhannouch multiplie également les attentions. A ce propos, après avoir rencontré les Marocains résidant en Espagne lors d’un congrès à Madrid, puis les Marocains d’Allemagne lors d’un meeting à Dusseldorf, le parti de la colombe a annoncé le 1er juillet l’ouverture d’un bureau exécutif à Montréal. Une ouverture qui s’inscrit dans la continuité de la “politique d’écoute” du RNI, explique Anis Birou, membre du bureau politique du RNI et coordinateur de la “13e région”.
à deux ans des élections législatives de 2021, le RNI est donc le seul parti à avoir organisé des meetings politiques à l’étranger.
Et pour cause, le parti entend mettre toutes les chances de son côté pour être le premier. Sauf que les observateurs de la scène politique conditionnent le triomphe électoral du RNI à la perte de vitesse du PAM, parti en pleine crise interne, et surtout à la débâcle de son allié gouvernemental mais principal rival, le PJD. Une autre paire de manche.

Aziz Akhannouch, président du RNI, lors d'une rencontre avec les militants du parti ©MAP
Aziz Akhannouch, président du RNI, lors d'une rencontre avec les militants du parti ©MAP

 

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